Le cycle de violence, qui frappe la région depuis une dizaine de jours, est venu cette semaine mettre en péril la situation précaire au Liban au lendemain de l’enlèvement par le Hezbollah de trois soldats israéliens. Ce développement n’a pas tardé à nourrir de profondes appréhensions au niveau des investisseurs et des détenteurs de capitaux libanais. En effet, on a relevé dès le début de la semaine et au fil des jours un regain d’intérêt pour les placements en dollar, dont l’offre est devenue excessivement rare sur le marché des changes de Beyrouth. En même temps, on a relevé aussi une nette diminution du potentiel d’offre en livre libanaise après l’absorption d’une bonne partie des liquidités en cette monnaie dans des bons du Trésor libanais sous le rapport du niveau relativement élevé de leur rentabilité réelle. Dans ce contexte, l’action de la Banque du Liban (BDL) est restée la plus déterminante de la tendance du marché encore cette semaine. En procédant de manière à satisfaire toutes les demandes en dollar, dans le cadre de sa politique traditionnelle d’intervention, celle-ci est parvenue à sauvegarder la stabilité monétaire et à éviter à la livre libanaise de subir des pressions spéculatives à la baisse. Le maintien par la BDL de sa fourchette d’intervention en l’état, entre 1 501,00 LL à l’achat et 1 514,00 LL à la vente du billet vert, de lundi à vendredi, a donc servi, comme auparavant, à le faire fixer au même taux moyen indicatif de 1 507,50 LL et à le faire négocier pratiquement au haut de cette fourchette à 1 514,00 LL, pendant la même période. Pourtant, en raison de la situation actuelle du mouvement de l’offre et de la demande, notamment en ce qui concerne le niveau des liquidités en livre libanaise destinées à se placer en devises étrangères par précaution, l’activité du marché cette semaine ne devait donc guère prendre beaucoup d’ampleur. Selon les cambistes de la place, le volume d’affaires hebdomadaire n’aurait pas dépassé quelque 100 millions de dollars, entièrement vendus par la BDL à 1 514,00 LL. L’euro sur la sellette À l’étranger, l’euro, de nouveau très affaibli cette semaine, n’a pas réussi à profiter du repli du billet vert après la dégringolade de Wall Street et de la Bourse Nasdaq, ni à attirer la confiance des investisseurs en quête de valeur refuge, alors que la crise s’aggrave au Proche-Orient. La monnaie européenne est repassée en fin de semaine sous la barre psychologique de 0,86 dollar, se rapprochant de son plus bas historique contre le billet vert, tandis que ce dernier reprenait des couleurs dans le sillage d’une reprise des Bourses américaines. L’euro avait brièvement rebondi au-dessus du seuil de 0,87 dollar en milieu de semaine, profitant de la chute des marchés boursiers américains. Hier l’euro est retombé jusqu’à 0,8557 dollar pour la première fois depuis l’intervention des banques centrales du Groupe des sept (pays occidentaux les plus industrialisés) le 22 septembre dernier. Son record historique de baisse face au billet vert avait été atteint le 20 septembre à 0,8443 dollar. Le repli de Wall Street n’a pas suffi à inverser les flux de capitaux en provenance de l’Europe vers les États-Unis, principal facteur de la faiblesse récurrente de la monnaie unique européenne. De son côté, le billet vert a également connu une semaine agitée. Sous le double effet de la chute continue des Bourses américaines et des troubles au Proche Orient, les opérateurs ont préféré transférer leurs avoirs en dollars dans d’autres devises, notamment en francs suisses et en sterling. Les troubles au Proche Orient se sont en effet conjugués à de nouveaux résultats de sociétés décevants aux États-Unis, infligeant aux marchés américains leur plus mauvaise performance depuis plusieurs mois. S’y est ajoutée une flambée des cours du pétrole après les frappes israéliennes contre des installations de l’Autorité palestinienne et l’explosion à bord d’un navire de guerre américain à Aden qui a fait sept morts parmi les militaires américains, ainsi que l’attentat contre l’ambassade britannique à Sanaa (Yémen). Le franc suisse a su tirer parti de cette situation, retrouvant son rôle de monnaie refuge pour revenir en force sur les marchés des changes. La devise helvétique s’est échangée jusqu’à 1,5038 FS pour un euro, soit un record historique de hausse depuis la création de la monnaie unique européenne en janvier 1999. Selon les cambistes, «tant que l’incertitude persistera, que ce soit au niveau du marché des actions ou au niveau politique, le franc suisse en profitera» ont indiqué les cambistes. Il en est de même du sterling et du yen qui ont globalement bien résisté le premier aux signes de ralentissement de l’économie britannique et le second à l’annonce en début de semaine de la faillite de la cinquième compagnie d’assurances-vie Chiyoda Mutual Life Insurance Co. Compte tenu de toutes ces considérations, le dollar s’est finalement négocié, hier à New York, sur un ton soutenu face à l’euro et les monnaies qui lui sont attachées, comme suit : – 0,8540 pour un euro contre 0,8680 vendredi dernier – 1,4525 pour un sterling contre 1,4450 – 2,2905 DM contre 2,2535 – 7,6810 FF contre 7,5585 – 1,7700 FS contre 1,7495 – 2 267,30 lires contre 2 231,25 – 107,80 yens contre 108,80. Les grandes Bourses en pleine tourmente cette semaine Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont été ébranlés cette semaine par les violences israélo-palestiniennes au Proche-Orient et par les inquiétudes des investisseurs sur la capacité des entreprises à maintenir leurs bénéfices. De fait, tout s’est ligué cette semaine pour déprimer les boursiers. Ces derniers n’attendaient déjà rien de bon de l’annonce de plusieurs sociétés, dont Motorola, Yahoo, Lucent Technologies, Home Depot…, que leurs résultats financiers pour le troisième trimestre seront inférieurs aux attentes du marché, en raison du ralentissement de la croissance américaine, de la chute de l’euro et de la récente envolée des coûts de l’énergie. Pourtant, à la fin de la fin de la semaine, la cote américaine s’est reprise grâce à une chasse aux bonnes affaires après la dégringolade des jours précédents. Les marchés de Wall Street et du Nasdaq se sont en effet engagés hier dans un mouvement de hausse robuste. Les boursiers ont mis de côté la poursuite des violences au Proche-Orient et se sont accommodés du léger déclin du cours du pétrole après leur flambée de jeudi. De fait, rien ne semblait pouvoir altérer le regain d’optimisme des investisseurs hier avec les bons résultats du groupe informatique Gateway, même après l’annonce d’une hausse plus forte que prévu d’un indicateur de l’inflation américaine. Les prix à la production américaine ont augmenté le mois dernier de 0,9 % contre une baisse de 0,2 % en août ainsi que les ventes de détail de 0,9 % contre 0,1 % pendant la même période. À la suite de ces statistiques, excluant un atterrissage brutal de l’économie, le tout semblait indiquer à la veille du week-end que les avertissements de résultats sont plutôt un rappel à la réalité que le signe de problèmes conjonctuels sérieux. Mais il n’en demeure pas moins que les fortes chutes de revenus d’actions dans le mois écoulé et la hausse des prix de l’énergie vont restreindre les dépenses des consommateurs dans les mois à venir. Compte tenu de ces considérations, les gains d’hier des Bourses américaines ne leur ont pas permis de recouvrer l’essentiel du terrain qu’elles avaient perdu au courant de la semaine. C’est ainsi que l’indice Nasdaq est parvenu à réduire ses pertes à 2,95 % en affichant hier en préclôture, à 23 h heure de Beyrouth, 3 262,04 points contre 3 361,04 points vendredi dernier, de même que l’indice Dow Jones des industrielles à 3,82 % à 10 191,52 points contre 10 596,54 points pendant la même période. Pour ce qui est des Bourses européennes, elles ont été soumises aux évolutions des marchés américains, baissant fortement cette semaine malgré la réduction de leurs pertes hier. Elles devront rester instables selon les professionnels, en raison notamment des tensions au Proche-Orient et la flambée des prix du pétrole et des matières premières. De l’avis unanime des analystes financiers, toutes les Bourses occidentales sont «otages du Nasdaq». Quand les actions américaines tombent, les titres européens font de même et inversement. Cela étant, la reprise des places européennes vendredi leur a permis de réduire leurs pertes à l’instar de Wall Street et de la Bourse Nasdaq. En effet, l’indice Footsie de Londres a achevé la semaine en baisse de 2,84 % à 6 209,60 points contre 6 391,20 points à la fin de la semaine dernière et l’indice CAC 40 de Paris a cédé 3,10 % à 6 064,21 points contre 6 258,41 points ainsi que l’indice Dax de Francfort, qui a abandonné 1,70 % à 6 661,30 points contre 6 776,39 points pendant la même période. La Bourse de Tokyo a connu aussi une semaine tourmentée sur des inquiétudes concernant les tensions au Proche-Orient et la vigueur des prix du pétrole. Le marché des valeurs nippones a été également assombri par la faillite de la compagnie d’assurances Chiyoda Mutual Life Insurance Co, la cinquième société japonaise d’assurances à faire faillite ces dernières années. C’est ainsi que l’indice Nikkei a perdu d’une huitaine à l’autre 4,15 % à 15 330,31 points hier contre 15 994,24 points à la fin de la semaine dernière.
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