Le Japon ne laissera pas tomber Alberto Fujimori dans l’adversité, après avoir été aux petits soins du lointain Pérou depuis que ce fils d’émigrés japonais en avait conquis la présidence en 1990. M. Fujimori, destitué de sa fonction présidentielle après avoir annoncé sa démission depuis le Japon, a indiqué mardi lors d’une brève apparition devant la presse qu’il prolongeait son séjour dans l’archipel, sans toutefois demander l’asile politique. «S’il demande à rester, le gouvernement examinera cette demande», a indiqué le secrétaire général du gouvernement Yasuo Fukada. En dépit des soupçons qui pèsent sur lui dans son pays, M. Fujimori n’aura pas à subir les rigueurs de la politique japonaise d’immigration, qui fait de l’archipel un pays particulièrement étanche aux flux migratoires. Et cela n’est pas forcément du goût de tout le monde. «Le Japon sera sans doute critiqué s’il protège Fujimori en lui permettant de s’installer», estime Kazuro Umezu, professeur de politique internationale à l’université Nagoya Gakuin. «Mais en dépit de ces inconvénients, dans la mesure où le Japon a toujours soutenu Fujimori, il sera probablement autorisé à rester en invoquant le respect de ce choix personnel au nom des droits de l’homme», a indiqué cet universitaire. Le « koseki » En fonction du droit du sang inscrit dans la loi japonaise, Alberto Fujimori, dont les parents ont émigré au Pérou depuis Kumamoto, au sud du pays, n’a d’ailleurs pas besoin de réclamer l’asile politique. Même si son nom n’a pas été inscrit par ses parents trois mois après sa naissance dans le registre de ses ancêtres, le «koseki», il lui suffira de faire une demande de naturalisation. En outre, fait remarquer le professeur Umezu, le Japon a une dette à l’égard de M. Fujimori depuis le dénouement de la spectaculaire prise d’otages à la résidence de l’ambassadeur du Japon à Lima, en 1996. Le 22 avril 1996, après quatre mois de siège de la résidence prise d’assaut par le groupe rebelle Tupac Amaru, M. Fujimori avait pris la responsabilité de faire donner l’assaut par des troupes d’élites, qui libéraient sains et saufs 71 otages, dont de nombreux Japonais. Les 14 rebelles périrent dans l’opération, ainsi qu’un otage et deux soldats. «Le gouvernement japonais à une dette à son égard. Il ne peut pas lui tourner le dos et lui dire : rentrez au Pérou», estime M. Umezu. Tokyo, rappelle-t-on, alors que l’essentiel de son aide publique au développement est traditionnellement dirigé vers l’Asie, avait fait preuve à l’égard du pays andin d’une générosité inhabituelle, davantage motivée par les liens avec M. Fujimori que par le strict intérêt économique. En huit ans depuis 1991, le Japon a fourni au Pérou 302 milliards de yens en prêts, 17 fois plus que les pauvres 17,1 mds avancés pendant la décennie précédente, selon le livre blanc 1999 du ministère des Affaires étrangères.
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