Les dirigeants du régime de Hanoi ont ignoré les appels de Bill Clinton à faire du Vietnam une société plus libre et ont réaffirmé leur foi dans le communisme, mais ils n’avaient pas prévu l’accueil favorable que la population a réservé au premier président américain à se rendre en visite officielle au Vietnam. Le numéro un vietnamien, Le Kha Phieu, secrétaire général du tout puissant Parti communiste vietnamien a rappelé avec force à Bill Clinton que le Vietnam n’entend pas renoncer à son contrôle étroit sur l’économie et n’a pas répondu aux appels du président américain à faire du pays une société plus ouverte. «Nous respectons les choix de style de vie et les systèmes politiques des autres nations et demandons en retour aux autres nations de respecter les choix de notre peuple, de respecter l’indépendance nationale et la souveraineté mutuelles et de ne pas intervenir dans les affaires intérieures des autres», a insisté Le Kha Phieu devant Bill Clinton. «Le message de Le Kha Phieu est avant tout destiné au parti qui prépare son 9e congrès», a cependant estimé un diplomate européen sous le couvert de l’anonymat. Le secrétaire général «veut rassurer la vieille garde, mais il ne préjuge en rien de l’évolution réelle du Vietnam vers l’ouverture qui apparaît irréversible», a-t-il dit. M. Phieu, considéré comme le chef des clans conservateurs au sein du régime, a également rejeté les appels du président américain à tirer un trait sur ce passé. Il a au contraire estimé que cette lutte, qui a fait trois millions de morts au Vietnam, «a permis d’avancer vers le socialisme». «Malgré plus de 30 ans de guerre et 19 ans d’embargo américain, le socialisme a persisté et s’est développé au Vietnam et il continuera sans aucun doute à se développer», a dit M. Phieu. Ce discours a sans doute rassuré les anciens combattants qui s’inquiétaient de voir Bill Clinton accueilli à bras ouverts par Hanoi. «Le chef du PCV a insisté sur le socialisme parce qu’après l’effondrement de l’ex-URSS, les pays capitalistes pensaient qu’il allait disparaître dans le monde, mais le peuple vietnamien pense différemment», a ainsi dit à l’AFP le général Nguyen Don, responsable de l’Association des anciens combattants du Vietnam. Mais la population a, elle, montré sans hésitation qu’elle avait été séduite par la venue du président américain au Vietnam. Les autorités ne souhaitaient pas donner de relief particulier à la visite de Clinton, présentée comme historique par Washington. Mais malgré le silence quasi total observé par la presse, des dizaines de milliers de Hanoïens et de Saïgonais se sont massés sur le passage du président américain. Bill Clinton «a raison d’évoquer les questions des droits de l’homme et des libertés individuelles car la société ne peut pas se développer sans régler ces problèmes», a affirmé Hoang Tuan Viet, 34 ans, patron d’une boutique d’électroménager de Hanoi. «Les violations des droits de l’homme tuent les capacités de création et les potentialités intellectuelles. Personnellement, je n’aime pas les ingérences extérieures dans ce domaine, mais il faut que le parti procède à des réformes plus sérieuses et plus courageuses», estimait de son côté Do Dong Thao, 47 ans, membre du parti et ancien combattant de la guerre du Vietnam. L’accueil favorable que la population a réservé à Bill Clinton est «un avertissement» pour les dirigeants de Hanoi, a estimé pour sa part un autre diplomate occidental en remarquant que les autorités «ont tenté de présenter sa visite comme une visite ordinaire de chef d’État». La réaction de leurs citoyens «les aidera à réaliser que la population vietnamienne est plus intéressée qu’ils ne le pensaient et dispose d’autres sources d’informations» que les médias officiels, a-t-il ajouté. «Il sera utile pour le gouvernement de comprendre qu’ils avaient fait une erreur de calcul», a-t-il conclu.
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