Les Turkmènes d’Irak, souvent oubliés par la communauté internationale, veulent participer à l’administration du Kurdistan irakien et réclament à cet effet un soutien plus «actif» de la Turquie. «Nous voulons avoir notre mot dans la direction de la région, c’est notre droit le plus naturel», a déclaré lundi Mustafa Kemal Yaycili, le président par intérim du Front national des Turkmènes (ITC) qui regroupe trois formations de la communauté. Il s’exprimait devant un groupe de journalistes autorisés pour la première fois depuis plusieurs années à se rendre à Erbil depuis la Turquie sous l’œil bienveillant du Parti démocratique du Kurdistan (PDK de Massoud Barzani), qui contrôle la ville, à l’occasion du 2e congrès du Front turkmène de lundi à mercredi. «Nos droits sont bafoués. Nous vivons en sorte comme des prisonniers», a précisé le leader turkmène, accusant le PDK de soumettre sa communauté à des «pressions et harcèlements permanents». Les Turkmènes sont au nombre de deux millions en Irak, dont quelque 250 000 vivant actuellement dans la zone d’exclusion aérienne établie au nord du 36e parallèle par les alliés après la guerre du Golfe en 1991. Les dirigeants de la communauté estiment leur nombre à 150 000 à Erbil, chef-lieu du Kurdistan irakien, qui compte quelque 900 000 habitants. La communauté avait boycotté en mai 1992 les premières élections libres au Kurdistan irakien, organisées pour résoudre la vieille rivalité entre MM. Barzani et Jalal Talabani, chef de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK). Mais le «Parlement kurde», non reconnu internationalement constitué à l’issue du scrutin, n’a jamais pu fonctionner. En juillet dernier, des peshmergas ont attaqué à l’arme automatique le siège de l’ITC à Erbil, faisant deux morts parmi les «Akinci», des gardes turkmènes armés, chargés d’assurer la sécurité des bâtiments appartenant à la minorité. Les photos des «martyrs» sont toujours fixées sur les murs du bâtiment. Mais Sami Abdurrahman, le «vice-Premier ministre» du PDK et homme fort d’Erbil, parle de combats «provoqués par l’ITC pour se présenter comme des victimes». «Nous ne permettrons à personne de brouiller les bonnes relations entre les différents groupes ethniques de la ville, entre Kurdes, Turkmènes ou Assyriens», a-t-il déclaré. Il rejette les accusations de pression formulées par les leaders turkmènes. M. Yaycili demande à la Turquie, qui appuie financièrement les Turkmènes à travers la fondation Turkmeneli, d’accroître son soutien afin que sa communauté puisse participer à «toutes les administrations» de la ville. «La Turquie doit agir comme un père et utiliser son influence pour que nous parvenions à un accord avec l’autre groupe ethnique (PDK)», dit-il. Le PDK, qui partage la souveraineté du nord de l’Irak avec l’UPK, lequel contrôle l’est de ce territoire, est depuis 1997 l’allié de la Turquie dans cette région. Cette alliance avait pour but de déloger de la zone les rebelles kurdes de Turquie qui s’infiltraient depuis les régions frontalières en territoire turc. Les Turkmènes, qui se disent «négligés» par la communauté internationale, estiment que l’avenir de leur communauté reste lié à celui de l’Irak. «Nous sommes pour un règlement des différends dans le cadre de l’intégrité territoriale de l’Irak», précise Hasan Ozmen, l’un de leurs responsables. Selon lui, «comme le PDK et l’UPK», les Turkmènes aussi pensent que leur avenir sera défini en collaboration avec les autorités de Bagdad, qu’il accuse cependant d’avoir mené depuis les années 60 une politique d’assimilation envers sa communauté dans les villes où ils étaient regroupés : Mossoul, Kirkouk, Erbil et Talaffar.
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