Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Serge Brunst : « Je suis un conseiller en goût »

Son nom est étrange, comme sorti d’un roman, policier peut-être – il y serait un espion – ou d’un livre d’histoire jauni par un noble passé, il y serait pacha, tsar. Serge Brunst – ça ne s’écrit pas comme ça se prononce – n’a plus besoin d’épeler son nom pour se faire connaître ou reconnaître. Sa signature parle pour lui, depuis plus de trente-cinq ans... Son nom venu d’ailleurs lui va comme un gant. Vêtu de beige, de la tête aux pieds, il évoque un paysage désertique, silencieux et secret, éclairé par un ciel bleu, ses yeux, purs, et heureusement plus bavards. Car M. Brunst ne parle pas beaucoup. «Je suis timide». Il semble surtout mystérieux. Une qualité qu’il cultive bien avec des phrases courtes et précises. D’origine levantine, les Brunst appartiennent «à une espèce disparue avec toutes les révolutions, un vrai mélange de races, de nationalités», leur histoire liée «à des familles qui habitaient l’Orient depuis plus de cent ans». Né à Alep, Serge s’installe très jeune au Liban et y effectue toutes ses études scolaires et universitaires. Huit années de médecine, «à l’époque, la décoration n’était pas un métier», et plus particulièrement la dermatologie, «la spécialisation la plus simple». «Du jour au lendemain, poursuit-il, j’ai laissé tomber la médecine comme j’ai cessé de fumer. Sans explications réelles», pour rejoindre la décoration. «Évoluer dans ce métier, c’est vivre dans du beau. Un hôpital, c’est plutôt moche». Il épanouira son violon d’Ingres, cultivé dès son adolescence, «depuis l’âge de seize ans», grâce à des rencontres et surtout celle de Sami el-Khazen qui le présentera à Michel Harmouch, avec qui il va collaborer pendant plus de dix ans. «Lorsque j’ai changé de métier, ma mère craignait que je devienne un fournisseur ! Je ne suis pas un designer et je n’ai pas la prétention de l’être. Je suis un décorateur au vrai sens du terme. Je fais partie de ces gens qui, autrefois, étaient conseillers auprès des femmes de pachas. Un conseiller en matière de goût qui intervient dans tous les détails». Une passion totale En 1976, Serge Brunst s’installe à Sodeco, «j’y suis arrivé par hasard ; depuis, c’est devenu une bonne adresse». Il reçoit dans ses bureaux, également très élégants – un mélange de styles avec une faiblesse pour les années 50 – «ici, je suis partout, dans chaque objet et chaque pièce» une clientèle choisie, «j’aime beaucoup la clientèle classique libanaise, celle du “vieux Beyrouth”, encore une race qui s’éteint, comme les Levantins». Pour elle, il imagine, conçoit, exécute des intérieurs, «bien qu’on me connaisse plus pour mes projets publics, je préfère décorer des maisons, le travail y est moins impersonnel, le contact avec les gens plus intense», des hôtels, tels Le Balzac et le Vigny à Paris, le Palm Beach à Beyrouth et de nombreux restaurants, le Al Dente, le Mijana, le Rabelais, le Capital Grill. «J’oublie, j’oublie !», rajoute-t-il, plus léger. Il travaille 7 jours sur 7, «même le samedi et le dimanche ; J’éprouve une passion totale pour ce que je fais. Je déteste les vacances, et d’ailleurs je ne fais jamais de voyages pour le plaisir». Il définit les ingrédients de sa réussite professionnelle comme suit, de la psychologie, «mes études de médecine m’auront aidé dans un sens», pas de style particulier, «je m’adapte» mais une rigueur, «j’ai le sens du ridicule poussé. Je ne ferais jamais de choses exagérées». Les démarches à suivre, «que le client vous trouve sympathique, savoir ce qu’il aime, pondre une idée et la lui vendre». «Le plus souvent, précise M. Brunst, le client ne sait pas ce qu’il veut. Il s’agit de le comprendre et de le convaincre. Je finis toujours par faire ce que je veux et je m’en sort avec une pirouette !». Ses pirouettes fort appréciées sont applaudies par des clients – fidèles – qui en redemandent. «Je suis également fidèle et puis je trouve que le service après vente est très important». Pour le reste, cet homme qui fuit la solitude et déteste les changements «même changer de draps ou d’oreillers m’ennuie !» s’amuse à concocter des plats à des amis ravis, «de la bonne cuisine, qui n’est pas forcément belle». Des amis qu’il reçoit dans sa maison, que l’on devine très belle. «J’ai pris le choix de la liberté, à tous les points de vue, dans ma vie et dans mon métier. Et je suis très heureux...». Après cette dernière pirouette, le sieur Brunst tire sa révérence, fait trois petits tours et puis s’en va. Carla HENOUD
Son nom est étrange, comme sorti d’un roman, policier peut-être – il y serait un espion – ou d’un livre d’histoire jauni par un noble passé, il y serait pacha, tsar. Serge Brunst – ça ne s’écrit pas comme ça se prononce – n’a plus besoin d’épeler son nom pour se faire connaître ou reconnaître. Sa signature parle pour lui, depuis plus de trente-cinq ans... Son nom venu d’ailleurs lui va comme un gant. Vêtu de beige, de la tête aux pieds, il évoque un paysage désertique, silencieux et secret, éclairé par un ciel bleu, ses yeux, purs, et heureusement plus bavards. Car M. Brunst ne parle pas beaucoup. «Je suis timide». Il semble surtout mystérieux. Une qualité qu’il cultive bien avec des phrases courtes et précises. D’origine levantine, les Brunst appartiennent «à une espèce disparue avec...