«Non, je ne peux pas te parler. C’est très chaud. C’est la guerre», hurle un photographe dans son téléphone portable. Il court se réfugier derrière un arbre tandis que claquent sèchement les premières balles. C’était samedi après-midi dans la bande de Gaza. Un échange de tirs presque ordinaire entre soldats israéliens et Palestiniens. L’affrontement était presque inévitable. En fin de matinée, deux soldats israéliens avaient été blessés alors qu’ils circulaient à bord d’une jeep. Peu de temps après, deux civils palestiniens étaient abattus à bord de leur voiture, sans doute par un tir de roquette israélien, à peu près au même endroit, aux abords de la colonie juive de Gush Katif. Très vite, deux blindés et une jeep israéliens prennent position au travers de la route, empêchant les secours d’approcher de la voiture des Palestiniens. On ne sait pas encore si les occupants sont morts. «Ils veulent qu’ils meurent, alors ils nous empêchent de travailler. Peut-être qu’on aurait pu les sauver», regrette un ambulancier. Pendant ce temps, un engin de chantier dépose des blocs de béton au milieu de la chaussée, bloquant la principale route de la bande de Gaza. Un autre, muni de pinces en acier, extrait les corps des Palestiniens de leur voiture et les dépose par terre. Des soldats font ensuite exploser le véhicule. Une voiture bleue, du même bleu que celui des drapeaux qui flottent sur le cortège officiel accompagnant le haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Mary Robinson, qui achève une visite dans la bande de Gaza. Son convoi sera bloqué pendant plus d’une heure, à quelques centaines de mètres de l’incident. « Ça va tirer » Les journalistes qui l’accompagnent braquent aussitôt leurs caméras et appareils photo vers les soldats Israéliens. Quatre ambulances, dont deux des Nations unies, sont à leurs côtés, toujours interdites d’accès. Une responsable de la Croix-Rouge ordonne aux ambulances de se retirer «pour ne pas servir d’abri aux jeunes». Mais l’information a vite circulé et déjà la foule se presse pour faire face aux militaires israéliens. On y trouve des enfants, qui sortent tout juste de l’école, leurs «grands frères», des militants du Fateh, le parti de Yasser Arafat, Kalashnikov ou fusils Uzi en bandoulière, et des policiers palestiniens, armés eux aussi. L’atmosphère est lourde et étrangement calme. «Attention, ça va tirer», prévient un habitué. Par précaution, les gens reculent. Soudain, les premiers tirs de fusils, puis à l’arme lourde. Impossible de savoir exactement quel camp a commencé. Panique sur la route. Tout le monde court. Les troncs d’arbres ou les voitures sont pris d’assaut, servant d’abri de fortune. Quelques journalistes y passeront les trois interminables quarts d’heure que durera l’échange de tirs. «J’entendais les balles siffler au-dessus de ma tête et je voyais juste les feuilles tomber», raconte un photographe. Les autres journalistes se protègent du feu nourri dans les rues adjacentes du camp de réfugiés de Khan Younès, recouvertes de sable et jonchées de détritus. Mais même à plusieurs centaines de mètres, les balles sifflent encore dans l’air. De la mosquée voisine monte l’appel à la prière. Déboussolé, un coq pousse son cri. Un enfant fait des aller-retour sur son vélo. Des Palestiniens armés reviennent du front alors que crépitent les derniers tirs. Il y aura eu six blessés, dont un très grave.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Non, je ne peux pas te parler. C’est très chaud. C’est la guerre», hurle un photographe dans son téléphone portable. Il court se réfugier derrière un arbre tandis que claquent sèchement les premières balles. C’était samedi après-midi dans la bande de Gaza. Un échange de tirs presque ordinaire entre soldats israéliens et Palestiniens. L’affrontement était presque inévitable. En fin de matinée, deux soldats israéliens avaient été blessés alors qu’ils circulaient à bord d’une jeep. Peu de temps après, deux civils palestiniens étaient abattus à bord de leur voiture, sans doute par un tir de roquette israélien, à peu près au même endroit, aux abords de la colonie juive de Gush Katif. Très vite, deux blindés et une jeep israéliens prennent position au travers de la route, empêchant les secours...