«Nous réalisons notre autonomie à la pire période qui soit», affirme Jean Makhoul, directeur du centre de réhabilitation d’enfants handicapés de Saïda, faisant référence à la crise économique qui rend ardue toute collecte de fonds dans le pays. Ce centre, à l’instar de la garderie sise dans la même ville, sont tous deux à l’origine des projets Terre des hommes. Aujourd’hui, en prévision de la fermeture du bureau de la fondation suisse au Liban, ces deux institutions prennent graduellement leur indépendance, non sans difficulté. Pour le centre des handicapés, c’est chose faite puisqu’une association a été fondée dans ce but, Lana al Mustakbal (L’avenir est à nous). Une autre devrait être créée bientôt pour la garderie, et aura pour nom Terre des enfants. Mais l’indépendance financière qui est le but de ces institutions s’avère difficile à vivre dans un contexte de sévère crise économique. Bien que la fondation internationale ne lâche pas ses poulains pour l’instant (ni matériellement, ni au niveau de sessions de formation et autres formes d’assistance), ceux-ci sont priés d’assurer chaque année une proportion plus grande de leur budget par leurs propres moyens… alors que les donations deviennent de jour en jour plus rares. «Ce n’est pas la volonté qui manque», estime Amani Shanaa, responsable de la garderie. «Certaines personnes nous avaient habitués à des aides régulières, mais se trouvent aujourd’hui dans l’impossibilité de les poursuivre». À la question de savoir si elle avait contacté des personnalités politiques ou religieuses, elle répond : «Nous tenons à la neutralité à laquelle Terre des hommes nous avait habitués. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons aider tous les enfants nécessiteux, qu’ils soient libanais au palestiniens, et de n’importe quelle confession. Et puis les personnalités politiques possèdent généralement leurs propres institutions. Nous n’avons pas perdu espoir de trouver des donateurs indépendants». La future Terre des enfants devrait, dès 2002, assurer son autofinancement, alors que pour Lana al Mustakbal, le délai se termine en principe cette année, bien qu’une prolongation ne soit pas hors de question, selon M. Makhoul. «Nous tenons tous tellement à ce projet dont la communauté a besoin, que les employés ont, d’un commun accord, décidé une baisse de salaire», raconte-t-il. Une mission, plus qu’un emploi, c’est ainsi que ces responsables de centres définissent leur vie professionnelle, teintée de découragement, mais jamais de désespoir. Le travail qu’ils abattent dans les milieux défavorisés, que ce soit dans les quartiers pauvres de Saïda ou dans le camp palestinien proche de Aïn el-Héloué, est admirable. Lana al Mustakbal, pour sa part, accepte surtout les handicapés légers, ceux dont la réinsertion dans les écoles et la société est possible. En 1992, un total de 18 enfants recevaient leur éducation au centre. L’association en a accepté 52 l’année dernière, et 45 cette année. L’une des causes principales de cette progression : les parents, moins méfiants et honteux de leur progéniture grâce à un changement heureux dans les mentalités, acceptent volontiers de les voir pris en charge par le centre. Les jeunes de 5 à 15 ans, atteints de handicaps divers (depuis deux ans, des handicapés mentaux légers sont admis) ne sont introduits au centre que si une perspective de réhabilitation est possible, sinon ils sont dirigés vers d’autres institutions. Ils sont soumis à un test et, à la lumière des résultats, sont admis dans l’une ou l’autre des classes. Ils suivent ensuite le programme officiel, à leur rythme. Quand le budget le permettait, des sessions de physiothérapie étaient assurées à même le centre, ce qui n’est plus possible aujourd’hui. Les enseignants, quant à eux, suivent des formations intensives et continues et possèdent une expérience de plusieurs années. La réinsertion dans les écoles se réalise avec plus ou moins de réussite, grâce à un permis spécial obtenu auprès du ministère de l’Éducation. Par ailleurs, la garderie, ayant actuellement un effectif de 70 enfants, possède une classe pour les plus jeunes, deux classes pour les enfants âgés de trois ans, une autre pour les quatre ans et une dernière pour les cinq ans. Ces deux dernières classes sont réservées aux Palestiniens qui ne sont admis dans les écoles de l’Unrwa qu’à partir de six ans, contrairement aux écoles gouvernementales. Dans cette institution, les enfants reçoivent de l’instruction, mangent un bon plat à midi et sont suivis médicalement (certains souffrent de maladies chroniques). Des aides médicales sont toujours assurées mais pourraient être rayées du budget si la récession continue. Des réunions de parents et des sessions portant sur la santé reproductive pour les mères sont régulièrement organisées. Sans compter les activités estivales en juillet. Ces services sont offerts aux parents moyennant des sommes symboliques : de 150 à 300 mille livres libanaises par an pour les classes primaires, 50 mille livres par mois pour la garderie (celle-ci n’est pas réservée aux seuls cas sociaux) et de 0 à 750 mille livres (au maximum) pour les handicapés. Le principe est le suivant : ceux capables de s’acquitter d’une somme plutôt élevée aident le centre à persévérer dans son action en faveur des plus démunis. Mais, insistent les responsables des centres, il est rare qu’un enfant soit renvoyé chez lui si ses parents sont incapables de payer. D’autre part, les deux budgets ont été réduits : de 107 millions de livres en 2000 pour la garderie à 77 millions en 2001, et environ 100 millions pour le centre des enfants handicapés. Des copies de ces budgets sont disponibles pour toute personne qui aimerait les consulter : d’éventuels donateurs peuvent couvrir une partie des frais, s’ils le désirent. «Nos centres ont une excellente réputation, et on nous a assurés, au ministère des Affaires sociales, que nous serons en tête de liste en cas de renouvellement des aides», explique M. Makhoul. «Mais les coupes budgétaires ont atteint les assistances sociales, si nécessaires pour le pays, ce qui est inadmissible !» Toute personne intéressée à rentrer en contact avec ces institutions peut appeler Takla Wakim, assistante sociale affiliée à Terre des hommes, au 03-640490.
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