Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

CONCERT À l’Assembly Hall-AUB Nicoleta Dinu : fragrances belcantistes

 Le bel canto a le vent en poupe parmi les mélomanes libanais. Après le très beau récital de Rima Makdici Tawil donné à l’auditorium de l’Usek, voilà un nouveau somptueux programme fleurant bon l’art lyrique et placé sous les auspices du Conservatoire national supérieur de musique donné par Nicoleta Dinu à l’Assembly Hall (AUB) accompagnée au piano par Olga Bolun. Au menu des pages de Gounod, Tchaïkovsky, Puccini, Wolf, Mahler, Satie, Verdi, Britten, Mozart, Debussy et Poulenc. Répertoire étendu accessible au grand public sans pour autant être facile ou dénué de virtuosité vocale où le bel canto est abordé dans ses multiples et très séduisantes facettes. Cheveux noirs relevés, robe longue noire moulante et fendue jusqu’au haut de la cuisse, décolletté avec minces bretelles, sans bijoux excessifs, Nicoleta Dinu a entamé son récital avec la très belle aria de Marguerite de Faust de Gounod. Caressante, brillante aria et qui est un authentique bijou d’air, l’un des plus éclatants du répertoire de soprano colorature. Changement d’atmosphère (et de raffinement !) avec un lied intitulé Folles nuits de Tchaïkovsky. Mélodie suave et chant d’une pureté de cristal, teinté d’une certaine mélancolie du plus cosmopolite des compositeurs russes. On enchaîne avec une aria célèbre, celle de Musette tirée de La Bohême de Puccini. Une valse enrobée d’une mélodie ondoyante, débordante de tendresse contant avec finesse les espoirs et un peu (les désespoirs!) de l’amour. Cap vers l’Autriche avec Nein, Junger Herr de Hugo Wolf, auteur de plus de trois cents lieds, joyaux ciselés de main d’orfèvre de l’écriture vocale qu’on découvre ici à travers une narration courte où poésie et accompagnement du piano fusionnent admirablement. Toujours en domaine incontesté du lied, voilà les accents heurtés et d’un modernisme naissant de Gustav Mahler (justement condisciple de Wolf au Conservatoire de Vienne) avec L’Erinnerung. Sans s’attacher à aucune forme classique, cette musique dominée par une écriture serrée, contrapuntique, révèle dans ses modulations mêmes des recherches originales et répartit les dissonnances avec un art accompli de l’harmonie finale. Retour à la douceur puccinienne avec l’aria de Mimi toujours tirée de «La bohême» mettant ainsi en bon contraste les personnalités des deux héroïnes de l’auteur de La Tosca. Autant Musette est agressive et chicanière autant Mimi est douce et mélancolique. Des adieux d’une douce déchirure... Pour terminer cette première partie, on découvre un Erik Satie non virtuose du piano mais auteur d’un chant intitulé (cocasserie de ses titres incroyablement fantaisistes!) La diva de l’empire. Lui qui prétend que «la musique est l’art sublime d’abîmer la poésie», on le retrouve ici prouvant – avec originalité et pas mal de panache – que la musique peut fort bien s’accommoder de l’humour à condition qu’il soit servi par le talent. Et la portée musicale et bien entendu vocale de cette narration dépasse le simple «comique» que son auteur veut bien lui donner. D’ailleurs Satie lui-même a toujours recommandé de ne pas attacher trop d’importance aux titres et aux textes «bouffons» qui accompagnent la plupart de ses partitions. Une valse métissée d’un certain air jazzy, voilà une pincée de music-hall au service des étourdissantes vocalises... Après l’entracte, place à la générosité des airs verdiens avec celui d’Elena des Vêpres siciliennes d’une puissance théâtrale considérable. Les phrases d’ouverture, amples et souplesse, transforment en longue ligne chantante pour finir en un soudain et flamboyant allego giusto dégageant énergie et force sur un air de boléro habillé dans une «cantilena». Passage à la blonde Albion avec Benjamin Britten et Le départ qui chavire... Entre Prokofiev et Stravinsky, ce lied a des sonorités qui appellent constamment à la sensibilité de l’auditeur beaucoup plus qu’à son intellectualisme. Charme, grâce, espiègle spontanéité et fraîcheur avec l’aria de Despina tirée de Cosi fan tutte de Mozart. Eh oui, ainsi font toutes... tout à notre plaisir et désespoir, nous les hommes ! Laissons-nous faire puisque la nature l’a voulue ainsi. Surtout sur un air du divin Mozart ! Retour au monde de Hugo Wolf ce continuateur des compositeurs des lieds du XIXe siècle, dans la lignée d’un Schumann mais avec un style bien personnel. On l’écoute ici dans un subtil et tendre «Verborgenheit» pliant la mélodie et son accompagnement instrumental aux nuances du texte en usant de tous les artifices pour éclairer le sens des mots... D’où ces dissonnances recherchées, ces cadences qui se refusent à toute conclusion, ces modulations brusques, ces lignes qui fuient et se croisent dans un savant dosage de contrepoint. Digne continuateur de cette narration Le pierrot de Claude Achille Debussy dans un morceau d’une finesse incomparable et qui se termine presque sur un cri. Retour au soleil d’Italie avec Lauretta de Giacomo Puccini qui renoue avec un chant plein de vie, si proche de l’opéra vériste par la séduction du discours mélodique, l’habileté et la richesse de l’harmonie. Pour terminer cette «ronde» vocale où les intermittences du cœur avaient le devant de la scène, on prend Les chemins de l’amour avec Francis Poulenc. Chemins aux détours multiples pavés d’attentes et d’imprévus. Applaudissements nourris d’un public nombreux agréablement conquis par cette charmante soirée aux douces fragrances belcantistes. Edgar DAVIDIAN
 Le bel canto a le vent en poupe parmi les mélomanes libanais. Après le très beau récital de Rima Makdici Tawil donné à l’auditorium de l’Usek, voilà un nouveau somptueux programme fleurant bon l’art lyrique et placé sous les auspices du Conservatoire national supérieur de musique donné par Nicoleta Dinu à l’Assembly Hall (AUB) accompagnée au piano par Olga Bolun. Au menu des pages de Gounod, Tchaïkovsky, Puccini, Wolf, Mahler, Satie, Verdi, Britten, Mozart, Debussy et Poulenc. Répertoire étendu accessible au grand public sans pour autant être facile ou dénué de virtuosité vocale où le bel canto est abordé dans ses multiples et très séduisantes facettes. Cheveux noirs relevés, robe longue noire moulante et fendue jusqu’au haut de la cuisse, décolletté avec minces bretelles, sans bijoux excessifs,...