Des ouvriers finissent de remplacer les vitres du quartier. En une nuit, toutes les traces de l’attentat à la voiture piégée de la veille, qui a tué deux personnes, ont été effacées. La petite rue Shomron avait repris hier matin son aspect habituel, mais, les allées quasiment vides du marché voisin témoignaient de l’angoisse des attentats. «Ils font ça à chaque fois. Ils nettoient les traces de sang, de brûlé. Et en quelques heures, il n’y a plus rien, comme si rien ne s’était passé», constate Steve Benichaï, un guide touristique de 29 ans. Il y a trois ans, un triple attentat-suicide a eu lieu sous ses fenêtres dans la rue piétonne Ben Yehuda, en plein centre-ville. «Il y avait même des bouts de chair sur le toit de ma maison», raconte-t-il. Des soldats et gardes-frontières sont postés devant chaque lieu sensible : la gare routière, le marché, les rues commerçantes et piétonnes du centre. Le vendredi matin, le marché grouille habituellement de clients qui se pressent de terminer leurs courses avant le début du shabbat, le repos hebdomadaire des juifs. Mais cette fois, les petites allées sont presque désertes. Un marchand d’agrumes ne parvient pas à retenir un bâillement. «La situation est pourrie, il n’y a personne. Vous verrez, la semaine prochaine, ce sera pire». À l’autre bout de la ville, devant une des portes du grand centre commercial de Malkha, une file d’attente s’est formée, en raison de la fouille minutieuse d’un garde muni d’un détecteur de métaux à laquelle chacun doit se soumettre. Les magasins vides n’étonnent pas Degenit Elbaz, 29 ans. «Les gens ont peur. Moi aussi, mais je ne peux pas m’arrêter de vivre, sortir, m’amuser», dit-elle. «Et puis, je crois au destin. Si je dois mourir dans un attentat, qu’il en soit ainsi», poursuit-elle. Degenit se trouvait dans son bureau quand l’attentat a eu lieu dans la rue d’en face. À quelques mètres de là se promenait son ami, qui s’en est sorti indemne. Histoire similaire pour Steve, le guide touristique. Il y a un an, son colocataire de la rue Ben Yehuda est venu s’installer rue Shomron, à deux mètres de l’endroit où la voiture piégée a explosé. «J’ai l’impression que ces attentats le poursuivent, et moi aussi, indirectement», confie-t-il. «Mon frère est mort là, il y a trois ans. Je souffre trop, je ne veux plus parler», lâche un vendeur de poissons du marché, une main posée sur le cœur et l’autre montrant l’allée où un kamikaze palestinien a explosé avec sa bombe, en juillet 1997. Pour conjurer leur angoisse, les Israéliens se hasardent à des calculs de probabilité sur les risques d’attentats. Degenit se sent plus en sécurité dans le centre commercial, où toutes les entrées sont gardées, que dans le centre de Jérusalem. Sarah Attali, 16 ans, n’a, elle, pas peur de faire ses courses dans le marché. «Ils ne mettent jamais une bombe au même endroit», assure-t-elle. Steve pense le contraire. Il garde en mémoire les deux attentats de 1996 qui avaient eu lieu, à une semaine d’écart, dans un bus de la ligne 18 à Jérusalem. «En commettant deux attentats au même endroit, ils mènent une guerre psychologique contre nous», explique-t-il. Mais il ne veut pas céder à la peur. «Je crois au destin, et surtout, je ne veux pas faire ce plaisir aux terroristes», conclut-il.
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