Étant de «simples citoyens», nous nous sommes résignés à comprendre qu’il existe dans notre pays des sujets qu’il ne faut pas aborder : le confessionnalisme et les rapports avec le voisin syrien. Le sport, lui, est pour l’instant un sujet libre de droits, et c’est bien de sport qu’il s’agit ici. Le Liban a eu la chance d’organiser cette année la Coupe d’Asie de football, et en «simple citoyen», j’en étais fier. J’ai alors décidé d’inviter famille et amis à cette fête du sport. Malheureusement, l’équipe nationale a été éliminée dès le premier tour, mais nous avons tenu quand même à assister à la finale opposant le Japon à l’Arabie séoudite sur le terrain de la Cité sportive. Je m’étais pris à l’avance et j’avais acheté les billets dès le premier jour de la mise en vente. J’avais été impressionné par le système mis en place et remarqué que les billets étaient mêmes numérotés. Nous avions pris les plus chers (100 000 LL) afin d’éviter les bousculades et d’assister au match «tranquillement». Au Liban, se disait-on, on ne sait jamais... Nous nous étions tous préparés donc à cet évènement avec impatience. Le dimanche 29 octobre, jour de la finale, nous arrivons au stade une demi-heure avant le début de la rencontre. On nous indique l’entrée des VIP, mais à notre grande surprise, une fois arrivés à notre section, il n’y avait pas un seul siège vide ! Pas de numéros non plus sur les sièges, et encore moins de responsable à qui s’adresser. Si quand même, il y en avait un, mais il nous invitait, en hurlant, à nous asseoir. Les gens de la presse, parquésw à l’arrière, ne pouvaient pas voir. Quant à nous, nous n’avions même pas de sièges... Nous avons été obligés de nous asseoir par terre, aux pieds des autres spectateurs, un peu comme des chiens... Des chiens payants. Je n’ai aucun problème à m’asseoir par terre pour voir un match de foot, mais j’aurai préféré ne pas avoir à payer 100 000 LL pour le faire. En revanche, je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec un autre match de foot, il y a deux mois, mais cette fois au Stade de France, à Paris. En «simple citoyen», avec des billets qui ressemblaient beaucoup à ceux d’ici (un peu moins chers quand même), nous sommes arrivés une demi-heure avant le début du match France-Angleterre. Une charmante hôtesse nous a indiqué nos places numérotées et disponibles. Jusqu’à quand un «simple citoyen» au Liban devra-t-il être traité comme un moins que rien ? On a bien compris que certains problèmes sont trop complexes pour nous. Mais emmener sa famille pour assister à une finale de football ne devrait-il pas être accessible à un simple mortel ? Verrons-nous un jour un comité organisateur tenir la gageure de donner, dans un stade, son siège à un «simple citoyen» qui en a payé le prix ? Pour les autres sièges, en dehors des stades, on n’y pense même plus... Ramzi SHUMAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Étant de «simples citoyens», nous nous sommes résignés à comprendre qu’il existe dans notre pays des sujets qu’il ne faut pas aborder : le confessionnalisme et les rapports avec le voisin syrien. Le sport, lui, est pour l’instant un sujet libre de droits, et c’est bien de sport qu’il s’agit ici. Le Liban a eu la chance d’organiser cette année la Coupe d’Asie de football, et en «simple citoyen», j’en étais fier. J’ai alors décidé d’inviter famille et amis à cette fête du sport. Malheureusement, l’équipe nationale a été éliminée dès le premier tour, mais nous avons tenu quand même à assister à la finale opposant le Japon à l’Arabie séoudite sur le terrain de la Cité sportive. Je m’étais pris à l’avance et j’avais acheté les billets dès le premier jour de la mise en vente....