Même si l’idée qu’on s’en fait reste celle de la vacuité, du néant géographique, le désert, ce n’est pas rien! Tintin et subsidiairement Milou en firent l’expérience dans Le crabe aux pinces d’or, et une vignette tirée de l’album d’Hergé figure dans la très belle exposition sur ce thème du «Désert» organisée par la fondation Cartier. Un rôle de mécène Celle-ci a, pour l’occasion, joué pleinement son rôle de mécène en dépêchant dans tous les déserts du globe dix artistes aux tempéraments et aux styles les plus divers, de Titouan Lamazou qui parcourut un Sahara classique parmi les classiques à Raymond Depardon qui eut en partage le désert du Ténéré (au Niger), en passant par Balthasar Burkhard, parti en Namibie, ou William Eggleston qui transforma en chasse gardée les déserts de Californie, de l’Arizona et de l’Utah. Parmi ces «envoyés spéciaux», la Libanaise d’origine Lara Baladi qui explora à sa façon Oum el-Duniah, belle métaphore désignant l’Égypte, mais aussi le Désert Blanc que partage ce pays avec le Soudan et la Libye. Elle eut l’honneur d’illustrer à la fois le carton d’invitation et la couverture cartonnée du magnifique catalogue (coédité par la Fondation et Actes Sud) qui accompagne l’exposition. Ce que l’extrême originalité de son travail méritait bien. Détournant avec humour l’esthétique traditionnelle de la photographie orientaliste, elle construit sa mythologie personnelle en une mosaïque d’images aux couleurs vives, quelquefois même criardes, et tant pis pour cette idée reçue que le désert est désespérément monochrome ! Féerie, rêve et réalité se mêlent dans un assemblage de séquences visuelles dont chaque fragment est une petite merveille. Une révélation Le contraste est grand avec les dessins minimalistes du père Charles de Foucauld, choisis parmi les 131 esquisses à la mine de plomb dont il couvrit 3 carnets en 1885, dans les sables d’un Sahara qui fut pour lui un lieu de méditation et de recueillement. Comme avec ces images princeps du désert que sont les clichés de Maxime Du Camp, de son contemporain Félix Teynard, d’un autre Félix, le célèbre Bonfils qui s’éloignait quelquefois de son atelier de Beyrouth, d’Émile Fréchan dans l’Algérie des années 1890 ou de Wilfred Thesiger qui, en 1948, «inventait» en quelque sorte les grandes dunes du Rub’ al-Khali, son fameux «désert des déserts». Mais la véritable révélation, l’artiste le plus surprenant de cette exposition, c’est sans doute Gaëtan Gatian de Clérambault qui, entre 1918 et 1934, mena de front ses deux carrières de psychiatre et de photographe. Auteur de textes curieux sur «La passion des étoffes chez la femme», il avait entrepris de classifier les différents types de drapés et de costumes au Maroc, et ses clichés – dont le Musée de l’homme détient quelque 4 000 – ont une valeur esthétique autant qu’ethnologique. Entièrement enveloppées dans leur djellaba blanche, ses silhouettes féminines fantomatiques n’évoquent-elles pas de façon troublante les œuvres de Christo, avec plusieurs décennies d’avance ?
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