Avec patience et méthode, l’Angleterre a sensiblement déplacé le centre de gravité du rugby moderne, le ramenant de l’hémisphère sud où il se trouvait depuis cinq ans vers l’Europe. Les Anglais sont entrés dans l’air du professionnalisme et ont démontré qu’ils n’avaient rien à envier à leurs anciens partenaires du Commonwealth. Le XV à la Rose a remporté ses trois derniers matchs contre les nations australes, battant deux fois les Springboks, à l’été et à l’automne, et dominant sur le fil les Australiens, champions du monde à Twickenham. Cette évolution, tant attendue en Europe, confirme une chose : le rugby de l’hémisphère sud n’était pas supérieur parce qu’il se pratiquait de l’autre côté de la planète. Il n’y avait pas de savoir-faire particulier, australien, néo-zélandais ou sud-africain. Il n’y avait que le professionnalisme et les règles qu’il impose. Première à se lancer avec fougue dans cette aventure, l’Angleterre compte désormais une longueur d’avance sur ses rivales européennes et elle fait figure de grandissime favorite pour le prochain Tournoi des six nations. D’autant qu’elle affrontera son principale rivale, la France, à Londres. Au total, et si les nations du sud restent malgré tout une référence, elles ne disposent plus d’une marge de manœuvre aussi évidente qu’après la Coupe du monde 1995. Les deux victoires des Springboks sur l’Irlande et sur le Pays-de-Galles, arrachées chaque fois dans les arrêts de jeu, ont confirmé la rébellion des petites nations. Europe à deux vitesses «Je reste convaincu que nous avons autant de talent qu’eux. Que nos joueurs sont aussi forts que les leurs mais que la différence est qu’ils sont totalement professionnels tandis que nous continuons à évoluer à vue». Les propos de Bernard Laporte résument à eux seuls toute l’envie du coach français de connaître les plus grands honneurs du rugby et toute la frustration d’avoir laissé s’accumuler trop de retard. Que le XV de France batte (42-33) les All Blacks en test-match à Marseille ne suffit pas à lui rendre le sourire. Bien sûr, les Tricolores ont pris l’habitude de l’emporter sur les hommes en noir et la demi-finale de Twickenham en 1999, si elle reste historique, n’est plus simplement un cas isolé. Mais Laporte regrette que ses protégés laissent encore trop souvent échapper des rencontres aussi importantes, par manque de rigueur, par «naïveté tactique» ou par insuffisance de «préparation physique». Pour autant, la France n’accuse pas un retard dramatique, il faut seulement que la Fédération et les clubs professionnels parviennent à trouver un terrain d’entente. Que le rugby français ne soit plus en conflit avec ses clubs et que ces derniers – à travers les compétitions européennes – soutiennent l’équipe nationale. De l’autre côté de la planète, disputer le Super-12 est indispensable pour faire partie d’une sélection nationale. C’est sur ce principe que Laporte, grand admirateur du Sud, s’est appuyé lors des test-matchs de cet automne où le Stade français a fourni le plus gros contingent de joueurs. Les derniers test-matchs ont offert une radiographie du rugby mondial assez proche de ceci : l’Angleterre a quasiment comblé son retard sur les nations du sud et la France la suit dans cette voie. Le prochain tournoi donnera une photographie plus précise de la carte de l’Europe. Angleterre et France ont-elles du coup creusé l’écart avec l’Irlande, l’Écosse et le Pays-de-Galles ? A priori la réponse est plutôt négative. Car comme le pensait l’ancien sélectionneur Jean-Claude Skrela, les Européens ont besoin de progresser ensemble pour rééquilibrer la balance, et une Europe à deux vitesses, comme celle de 1996 et 1997, serait la pire des choses.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Avec patience et méthode, l’Angleterre a sensiblement déplacé le centre de gravité du rugby moderne, le ramenant de l’hémisphère sud où il se trouvait depuis cinq ans vers l’Europe. Les Anglais sont entrés dans l’air du professionnalisme et ont démontré qu’ils n’avaient rien à envier à leurs anciens partenaires du Commonwealth. Le XV à la Rose a remporté ses trois derniers matchs contre les nations australes, battant deux fois les Springboks, à l’été et à l’automne, et dominant sur le fil les Australiens, champions du monde à Twickenham. Cette évolution, tant attendue en Europe, confirme une chose : le rugby de l’hémisphère sud n’était pas supérieur parce qu’il se pratiquait de l’autre côté de la planète. Il n’y avait pas de savoir-faire particulier, australien, néo-zélandais ou...