L’aide massive du Fonds monétaire international à la Turquie est un soulagement pour les marchés, mais les syndicats y voient surtout l’annonce d’une dose supplémentaire de potion amère pour les salariés qui se serrent déjà la ceinture au nom de la lutte contre l’inflation. Le Fonds monétaire international (FMI) a accordé mercredi une aide d’urgence de 10 milliards de dollars à la Turquie pour l’aider à lutter contre une crise de liquidités liée à la faiblesse de son secteur bancaire et aux doutes sur sa capacité à appliquer jusqu’au bout un programme de réformes structurelles conclu avec le Fonds. Ankara, en échange, a annoncé l’accélération de la réforme du secteur bancaire, des privatisations et de la lutte contre l’inflation. «Les nouvelles mesures ne serviront pas à améliorer l’économie ou à amener le bien-être en Turquie», a indiqué Huseyin Tanriverdi, vice-président de la confédération syndicale Hak-Is. «Elles ne feront qu’ajouter aux aspects négatifs de l’accord stand-by» conclu en décembre 1999 avec le FMI, qui avait alors débloqué un crédit de 3,7 milliards de dollars sur trois ans et qui prévoit la lutte contre l’inflation chronique, a-t-il souligné. Déjà la semaine dernière, des dizaines de milliers de fonctionnaires turcs ont manifesté pour protester contre les hausses de salaires prévues l’an prochain, de 10 % sur les six premiers mois, alors que la hausse des prix à la consommation atteignait encore 44 % en glissement annuel en novembre. Le gouvernement turc a assuré qu’il protégerait les travailleurs et les fonctionnaires contre les effets de l’inflation, tout en maintenant les augmentations de salaires et le salaire minimum au niveau de son objectif. «D’après nos calculs, un fonctionnaire gagne en moyenne 201 millions de livres turques (295 USD) par mois alors qu’une famille de quatre personnes a besoin d’au moins 560 millions de livres turques (822 USD) pour vivre décemment», a souligné Zengin Uzuner, responsable de la confédération des fonctionnaires (KESK). Les syndicalistes affirment que le problème est aggravé par le fait qu’Ankara n’atteindra pas à la fin de l’année son objectif d’une hausse de 25 % des prix à la consommation. D’après Tanriverdi, la baisse de l’inflation ne signifie pas grand-chose pour les employés du secteur public car «ils ne voient pas d’argent rentrer dans leurs poches». Le gouvernement, qui a accordé cette année une augmentation de salaires de 10 % au 1er semestre et de 15 % au 2e, affirme qu’il n’abandonnera pas ses employés et débloquera un fonds supplémentaire si l’inflation dépasse son objectif dans la deuxième moitié de 2001. Mais cela ne satisfait pas les syndicalistes. «Si le gouvernement ne comprend pas nos manifestations et ne change rien, nous allons intensifier la protestation», a souligné M. Uzuner. Autre danger pour les salariés, selon les syndicats : l’accélération des privatisations. «Les privatisations ont toujours entraîné du chômage parce que les gouvernements ne prennent jamais en compte le facteur humain. Comme notre économie ne dépend pas de la production, la force de travail ne s’accroît jamais, elle se réduit», a souligné M. Tanriverdi. Le gouvernement a annoncé mercredi l’accélération de la privatisation de Türk Telekom et des Turkish Airlines (THY). Le secrétaire général du syndicat des employés de l’aviation Hava Is s’oppose à la privatisation car il craint des licenciements massifs lors de la restructuration. «Nous n’avons pas encore les détails de l’appel d’offre mais nous nous sommes préparés à des manifestations, des grèves, et à une bataille légale contre la privatisation de THY», a souligné Mustafa Yagci.
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