La perspective d’élections anticipées dès le mois de mai et l’insolence d’un député antimonarchique ont bousculé hier le rituel discours du trône prononcé par la reine d’Angleterre devant le Parlement britannique. Jamais depuis son arrivée au pouvoir en 1997, le Premier ministre Tony Blair n’avait proposé un programme parlementaire aussi léger : 15 projets de loi seulement, contre 28 l’année dernière, ont été cette fois proposés au Parlement. Dès lors, le discours du trône prononcé par la reine mais rédigé par un gouvernement travailliste qui pourrait convoquer dès mai des élections législatives anticipées a été très court. Il a duré douze minutes essentiellement centrées sur la lutte contre la délinquance et la «culture loubard» («yob culture») fustigées par le gouvernement. Cinq projets de loi y sont consacrés, dont l’un propose d’imposer un couvre-feu nocturne aux enfants âgés de neuf à quinze ans dans les quartiers à risques. Le discours du trône a surtout été marqué cette année par l’insolence d’un député travailliste, Dennis Skinner, qui a remis en cause par une boutade la place dévolue à la famille royale dans la vie politique britannique. Comme le veut la tradition depuis 1660, un huissier baptisé «Black Rod» est solennellement venu frapper à la porte de la Chambre basse pour appeler les députés à se rendre dans la chambre voisine des Lords écouter le discours du trône. Pour éviter toute ingérence monarchique, l’accès à la chambre des Communes est en effet interdit à la reine, qui ne tient elle-même par ailleurs pas particulièrement à frayer avec les députés roturiers. «Monsieur le speaker, la reine ordonne à cette honorable Chambre de rejoindre immédiatement Sa Majesté dans la Chambre des Lords», a tonné l’huissier. «Dites-lui de lire le Guardian», a rétorqué le député insolent, provoquant un bref moment de silence gêné suivi des rires de ses collègues. Le quotidien de gauche a en effet lancé mercredi un tonitruant «défi à la couronne», en annonçant en une le lancement d’une grande campagne dénonçant le caractère obsolète de la monarchie. Le Guardian a apporté son soutien à l’avocat des droits de l’homme Geoffrey Robertson, qui compte poursuivre la monarchie en justice au motif que l’interdiction pour un non-protestant d’occuper le trône est discriminatoire et contraire à la convention européenne des droits de l’homme. Le journal The Guardian cite en outre un sondage selon lequel 60 % des Britanniques préféreraient avoir le statut de citoyens contre celui de sujets de Sa Majesté qu’ils ont actuellement. Le député persifleur, lui, n’en était pas à son premier coup d’essai : à l’instar d’un petit groupe de députés républicains, il boycotte allègrement tous les ans le discours de la reine et la cérémonie empesée qui l’accompagne. Si la BBC accordait une place très limitée à l’insolence de M. Skinner et à la campagne du Guardian dans son journal de 13h00, Sky News annonçait au contraire une consultation du public par téléphone et courrier électronique dans l’après-midi, sur le thème : «Monarchie: est-il temps de changer ?». Du côté du gouvernement, qui s’est toujours gardé de remettre en cause les pouvoirs, limités, de la famille royale, rien n’indiquait toutefois un changement de cap. La ministre Mo Mowlam, qui avait osé récemment suggérer que la famille royale devrait libérer le palais de Buckingham pour occuper un logement plus modeste, s’était aussitôt fait taper sur les doigts par Downing Street.
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