Le réchauffement climatique compromet les efforts internationaux pour supprimer le «trou» dans la couche d’ozone dû aux émissions de CFC, selon les conclusions d’une conférence scientifique en Argentine. Trois cents scientifiques réunis du 6 au 16 novembre à Mar del Plata et Buenos Aires ont planché pendant dix jours sur les émissions de CFC (chlorofluorocarbones) dans l’atmosphère et leurs conséquences sur la couche d’ozone qui protège la Terre des rayons ultraviolets dangereux pour la santé. Les CFC, utilisés dans la fabrication des réfrigérateurs, climatiseurs et d’autres équipements, sont interdits depuis le protocole de Montréal (1987). Cette interdiction, combinée à l’arrivée sur le marché d’autres produits tout aussi performants et moins nocifs, a conduit à leur quasi-élimination des processus de production des pays développés. Même si certains pays ont accru leur utilisation (Chine, Iran, Corée du Sud, Philippines), globalement, l’utilisation des CFC décroît, et l’on pouvait donc tabler sur une disparition d’ici Cinquante ans environ du fameux «trou» situé au-dessus de l’Antarctique. Il s’agirait alors d’un des rares succès internationaux en termes d’environnement. Mais l’étude, publiée une semaine après l’échec cuisant de la Conférence de l’Onu sur le climat à La Haye, pointe l’effet néfaste du réchauffement climatique pour l’ozone. Les émissions par l’homme de gaz à effet de serre dans l’atmosphère pourraient entraîner une élévation de la température à la surface du globe de 1,5 à 6 degrés d’ici à 2100. Ce réchauffement de l’atmosphère s’accompagne paradoxalement d’un refroidissement des couches supérieures (stratosphère), qui favorise la constitution de trous dans la couche d’ozone. «Le refroidissement de la stratosphère dû au changement climatique pourrait prolonger notre estimation d’une résorption du trou dans la couche d’ozone dans cinquante ans», a indiqué le professeur Marvin Geller, de l’Université d’État de New York, à la conférence. Selon le professeur Pablo Canziani, du département de météorologie de l’Université de Buenos Aires, «les gaz à effet de serre pourraient retarder la reconstitution de la couche d’ozone de l’ordre de 20 ou 30 ans». Jonathan Shanklin, un des trois scientifiques britanniques qui avaient découvert le trou sur l’Antarctique en 1985, avait déjà estimé en octobre dans un entretien à la BBC qu’un autre «trou» pourrait se former au-dessus de l’Arctique d’ici à vingt ans, du fait du réchauffement climatique. Il expliquait que le rafraîchissement de la stratosphère contribue à la formation de nuages, qui activent les molécules de chlore des CFC responsables de la destruction de la couche d’ozone. Le trou sur l’Antarctique a atteint cette année une surface équivalente à la totalité de la surface des États-Unis. La formation d’un «trou» équivalent au-dessus de l’Arctique, plus peuplé, aurait des conséquences nettement plus importantes sur les zones peuplées d’Europe du Nord, d’Asie et d’Amérique du Nord.
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