Le dramaturge algérien Mohammed Kacimi orchestre avec la Comédie-Française une série de manifestations destinées à fêter à Paris son compatriote, l’écrivain Kateb Yacine, mort en 1989, qui est, selon lui, « pour tous les enfants de l’indépendance de l’Algérie un idéal politique. » L’implication de la première troupe de France s’inscrit dans le cadre de « Djazaïr, une année de l’Algérie en France », qui s’ouvre au soir du 31 décembre 2002 par un grand concert au palais omnisports de Paris-Bercy. Elle consistera en deux soirées, « Présences de Kateb Yacine » : un parcours littéraire et biographique conçu par Mohammed Kacimi, avec la participation des Comédiens-Français, en tête le doyen Mme Catherine Samie, Salle Richelieu les 6 et 7 janvier 2003. S’y joindra la chanteuse algérienne Houria Aïchi, dont le chant orné à la manière des Aurès, pays d’origine de Kateb Yacine, apportera la couleur musicale à ce programme. Pour l’occasion, un peintre également des Aurès, Rachid Koraïchi, au travail marqué par la calligraphie, « habillera » la façade du théâtre avec de grandes toiles en soie. Mohammed Kacimi a signé une adaptation théâtrale du roman de Kateb Yacine Nedjma qui sera jouée par la troupe du Français dans sa salle du Vieux-Colombier, avec une mise en scène de l’Algérien Ziani Cherif Ayad, du 25 au 29 juin. « Kateb Yacine représente pour ma génération et pour tous les enfants de l’indépendance de l’Algérie un idéal politique, un symbole de révolte contre le socialisme dirigiste qui s’est imposé après l’indépendance », commente Mohammed Kacimi qui est né en 1955. « Cette période est marquée par un manque de liberté d’expression, et Kateb Yacine a incarné, jusqu’à la fin de sa vie, une parole dissidente marginale et engagée qui s’accomplit autant dans sa vie que dans son parcours littéraire », poursuit-il. Les soirées des 6 et 7 janvier éviteront toutefois l’hommage ou l’anthologie. Si Mohammed Kacimi a adapté pour la scène Nedjma, « c’est parce que cette œuvre n’est pas seulement un roman sur l’Algérie des années 50, c’est avant tout une œuvre hallucinée, moderne et poétique qui s’apparente à Joyce et à Faulkner », dit-il. « On réduit trop souvent Yacine à son engagement politique et à son appartenance au parti communiste, alors qu’il reste, selon moi, essentiellement un poète qui a connu les tragédies de ce siècle et qui les a traduites avec émerveillement et violence », insiste-t-il.
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