PARIS – De Mirèse AKAR Les babouches sont à la mode à Paris, et les caftans, et les baklavas – qu’on trouve dans toutes les épiceries fines – et le narguilé – qu’on peut fumer à deux pas des Champs Élysées – oui, tout cela est furieusement à la mode mais, hélas, pas ce qui va avec de la mollesse de l’Orient. Courir ici après le kief, c’est caresser une chimère, rêver les yeux ouverts d’une utopie. On est constamment en retard de dix jours sur le programme qu’on s’est fixé, mais le moyen de faire autrement ? Ainsi se lève-t-on tous les matins en se disant : le kief, ce sera pour une autre fois. Les « mauvaises » habitudes sont si vite prises ! Un rêve d’exotisme Reste que toute sorte de détails tentateurs viennent alimenter en permanence un rêve fallacieux d’exotisme, conduisant à une appropriation un rien perverse de l’Orient par les Français si bien que nous, les vrais Orientaux, pourrions-nous nous retrouver un jour prochain dans le plus incommode des porte-à-faux. « East is East and West is West », assurait Kipling à une époque où la ligne de partage avait le mérite d’être claire entre les deux espaces. Aujourd’hui, le commerce brouille à plaisir les pistes avec d’innombrables pense-bêtes comme faits pour aiguiller plein sud, ou plein est le chaland. Les noms accolés aux objets qu’il propose n’étant d’ailleurs pas nécessairement des leurres. Voici, entre autres, Médina, une théière à pompon, Riad, de confortables chaussons d’intérieur, Marrakech, une lampe à suspension inspirée de la forme d’un tarbouche, Tanger, un pouf en cuir vendu par correspondance, Koutoubia, des gants de plastique pour dessiner des motifs au henné, ou Essaouira, un parfum à base de fleurs d’orangers de Serge Lutens. Une guirlande parfumée Cet amoureux du Maroc, qui n’en est d’ailleurs pas à son premier jus inspiré par l’Orient, vient d’en créer un nouveau qui, sous les espèces du musc, de la myrrhe, du benjoin, du patchouli et du vétiver, finit par tenir de l’insaisissable autant qu’indéfinissable nébuleuse. Quant au décorateur Ramdane Touhani, il prend ses marques et définit son territoire de façon plus précise, « Territoire » étant justement sa marque de fabrique. Ses fragrances sont dénommées fleurs d’orangers et fleurs de henné, la seconde étant présentée dans un flacon marocain en verre soufflé. Six ouvertures de boutiques à l’enseigne de « Territoire » sont prévues dans les mois qui viennent à la fois en Europe, aux États-Unis et au Proche-Orient. De quoi entourer la planète d’une guirlande parfumée !
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats PARIS – De Mirèse AKAR Les babouches sont à la mode à Paris, et les caftans, et les baklavas – qu’on trouve dans toutes les épiceries fines – et le narguilé – qu’on peut fumer à deux pas des Champs Élysées – oui, tout cela est furieusement à la mode mais, hélas, pas ce qui va avec de la mollesse de l’Orient. Courir ici après le kief, c’est caresser une chimère, rêver les yeux ouverts d’une utopie. On est constamment en retard de dix jours sur le programme qu’on s’est fixé, mais le moyen de faire autrement ? Ainsi se lève-t-on tous les matins en se disant : le kief, ce sera pour une autre fois. Les « mauvaises » habitudes sont si vite prises ! Un rêve d’exotisme Reste que toute sorte de détails tentateurs viennent alimenter en permanence un rêve fallacieux d’exotisme, conduisant à une...