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Actualités - Chronologie

Le Canada, hostile au bouclier antimissile, est condamné à s’y rallier

Le Canada a immédiatement marqué son hostilité à la volonté américaine de déployer à ses portes un bouclier antimissile, mais Ottawa n’aura guère le choix face à son puissant voisin et devra mettre son orgueil dans sa poche pour rallier le projet, estimaient des experts. « La grande limite que nous avons tous est la militarisation de l’espace, ce qui, je crois, serait immoral, illégal et une grave erreur », affirmait dans le Globe and Mail le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham. Et de souligner que les États-Unis « ne peuvent pas garantir qu’ils auront encore la supériorité technologique dans 25 ans et que ce sera un problème pour tout le monde ». « Le Canada a toujours été un ardent défenseur des différentes initiatives de contrôle des armements et, pour lui, ce projet met en péril tout l’édifice », explique Jean-Philippe Racicot, chercheur en études stratégiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ottawa réagit « par idéologie pacifiste, mais aussi parce que beaucoup d’experts jugent que ce programme n’est pas au point et qu’il ouvre des perspectives dangereuses », souligne son collègue Louis Balthazar, titulaire par intérim de la chaire d’études stratégiques. « Au niveau politique, on s’y oppose. Au niveau militaire, c’est autre chose », nuance M. Racicot. « Le Canada est tellement lié aux États-Unis, il lui sera difficile de passer à côté de ce projet », renchérit M. Balthazar, notant que ce système de bouclier va être installé pour partie en Alaska, « pas très loin de chez nous ». De plus, dit-il, si le projet est concluant, il est possible à moyen terme que radars et missiles antimissiles doivent être déployés en Arctique, une zone immense sur laquelle le Canada a le plus grand mal à faire respecter sa souveraineté, faute de moyens militaires suffisants. À deux reprises, dans les années 70 puis 80, un bateau américain a emprunté l’été les eaux de l’Arctique sans autorisation. « Dans les deux cas, on s’en est sortis en sauvant la face, en disant que dorénavant les États-Unis consulteraient et informeraient le Canada sur leur présence en Arctique. J’imagine qu’aujourd’hui ce serait la même chose », pense M. Balthazar. Pour Jean-Philippe Racicot, cependant, les progrès technologiques pourraient épargner cette humiliation au Canada. « Le facteur Arctique est moins essentiel qu’auparavant car les radars d’aujourd’hui sont plus puissants et tout peut se faire depuis l’Alaska et le reste du territoire américain », dit-il. Pour autant, Ottawa va devoir rapidement se décider. « Dans 12 à 24 mois, les Américains vont dire : vous participez ou pas ? Et là, si le Canada dit non, il est marginalisé. Malgré les protestations officielles, on n’aura pas le choix d’y aller », ajoute-t-il. « À moyen terme, il va falloir entrer là-dedans », juge aussi son collègue. D’autant, soulignent les deux experts, que si le bouclier antimissile marche, il rendra obsolète le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), au sein duquel Ottawa est allié à Washington. « Le Canada devra choisir entre un NORAD sans signification et la participation au projet américain », dit M. Balthazar. Tout au plus resterait-il à Ottawa la possibilité d’une « collaboration au niveau de la défense aérienne », estime M. Racicot. « Tout ce que le Canada peut espérer, c’est que le programme (américain) ne réussisse pas, ou coûte trop cher, et soit abandonné, ou encore que les relations avec la Corée du Nord s’améliorent », résume M. Balthazar.
Le Canada a immédiatement marqué son hostilité à la volonté américaine de déployer à ses portes un bouclier antimissile, mais Ottawa n’aura guère le choix face à son puissant voisin et devra mettre son orgueil dans sa poche pour rallier le projet, estimaient des experts. « La grande limite que nous avons tous est la militarisation de l’espace, ce qui, je crois, serait immoral, illégal et une grave erreur », affirmait dans le Globe and Mail le ministre canadien des Affaires étrangères, Bill Graham. Et de souligner que les États-Unis « ne peuvent pas garantir qu’ils auront encore la supériorité technologique dans 25 ans et que ce sera un problème pour tout le monde ». « Le Canada a toujours été un ardent défenseur des différentes initiatives de contrôle des armements et, pour lui, ce projet met en péril...