« Yervant Jidéjian, le chirurgien et l’homme », par Nina Jidéjian Le 8 avril 1989, au moment où des centaines d’obus meurtriers s’abattent autour de sa maison, le Pr Yervant Jidéjian gît impuissant, sur son lit, victime d’une attaque. Personne n’était en mesure de lui venir en aide, médecins et infirmières ne pouvaient même pas rejoindre leurs hôpitaux. Répondant à l’appel désespéré de son épouse, Nina Jidéjian, Josette Blanc, épouse de l’ambassadeur de France, arrive aussitôt chez les Jidéjian accompagnée du médecin de l’ambassade, le Dr André Arzel. Yervant Jidéjian, chevalier de la Légion d’honneur – distinction qui lui a été décernée par le général Charles de Gaulle – pour avoir, en 1958, sauvé la vie du consul de France, J. Gaspard - est réconforté par la présence, à son chevet, d’un médecin français. Trente ans après, une dette venait d’être payée. Toutefois, Yervant Jidéjian, un des premiers pionniers de la chirurgie au Liban et au Moyen-Orient, n’a droit ni à un service religieux ni à une oraison funèbre. Il fera en solitaire son voyage vers le cimetière. Le 16 décembre, au catholicossat arménien d’Antélias, Nina Jidéjian, sa compagne durant 40 ans, la personne qui l’a le mieux connu, signera son ouvrage intitulé Yervant Jidéjian M.D, the Surgeon and the Man. Tout d’abord, le chirurgien qui a consacré sa vie au diagnostic et à la thérapie de l’hydatide, terrible maladie dont il devient un des spécialistes les plus éminents dans le monde. Membre fondateur de l’Association américaine de chirurgie dont il a été trois fois gouverneur, il est surnommé le « chirurgien des pauvres », car plus que la moitié de ses patients étaient des démunis et il les soignait sans rémunération. Guidé toute sa vie professionnelle par les règles éthiques du serment d’Hippocrate qu’il a prononcé à l’âge de 22 ans, le Pr Jidéjian a laissé derrière lui un mémorial vivant, une école de chirurgiens qu’il a formés avec amour et compétence au fil des ans : Afif Nsouli, Fouad Haddad, Ibrahim Dagher, Bahige Azouri, Maurice Saba, Kamal Bekhazi, pour ne citer que quelques-uns. Le sens de l’honneur, se plaisait-il à dire, est la seule chose qui ne vieillit pas. Jouir du respect de ses cadets est le dernier plaisir qui reste une fois que l’on est usé par les ans. Yervant Jidéjian respectait tout particulièrement l’homme de religion, le soldat et l’instituteur. Des hommes qui servent leur patrie et leur communauté, chacun à sa manière. D’Alep à Beyrouth, Nina Jidéjian brosse le portrait de Yervant Jidéjian. L’ouvrage est gorgé de souvenirs, d’anecdotes et d’histoires. L’auteur relate un évènement qui a marqué l’adolescent : au cours de la Première Guerre mondiale, alors que le Liban souffrait de la famine, Mme Jidéjian mère glisse dans la main de Yervant une pièce de monnaie et lui dit d’aller choisir un gâteau chez le pâtissier. Il file à toute vitesse place des Canons et passe un bon moment devant la vitrine à s’empiffrer les yeux de douceurs. Faisant enfin son choix, il achète son « baklawa » et sort sur le trottoir pour le consommer. Soudain un jeune graçon fonce sur lui, lui arrache la douceur et disparaît en courant. Quand Yervant le rattrape, le garçon a déjà avalé le gâteau. Il avait très faim. Il avait volé par besoin. M.M.
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