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Actualités - Reportage

Au Liban, les réfugiés irakiens tentent d’oublier la peur

La présence de réfugiés irakiens au Liban n’est pas un phénomène récent. La nouveauté tient toutefois en l’accroissement du flux depuis quelques mois. Menaces américaines obligent. Le Liban n’ayant pas ratifié la Convention de Genève sur les réfugiés, ces derniers n’y disposent d’aucun droit. Leur seule planche de salut est le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) qui peut leur accorder, après une série d’entretiens, le statut officiel de réfugiés et une réinstallation dans un pays, les destinations les plus fréquentes étant l’Allemagne, l’Australie et les États-Unis. Pour ceux d’entre eux qui sont refusés par le HCR, Caritas a ouvert en 1994 un centre pour migrants et réfugiés. Dans ce centre, les travailleurs sociaux tentent d’améliorer le quotidien de ces hommes et de ces femmes en leur apportant, par exemple, une aide légale et une assistance médicale ou encore en plaçant les enfants dans des écoles. Au centre de Zalka, on croise des Soudanais, des Nigériens, des Éthiopiens mais aussi et surtout des Irakiens. Parmi eux, Fayza. Elle a trente ans et vient de Bagdad. Un jour, il y a cinq ans de cela, son mari lui a demandé de préparer les valises pour toute la famille. Quelques jours plus tard, le couple et une de leur fille avaient passé la frontière irakienne vers la Syrie. À Bagdad, le mari de Fayza, chrétien chaldéen comme elle, était garagiste et s’occupait entre autres des voitures du gouvernement. Un soir, il est rentré à la maison, paniqué. Ce qui s’est passé ce jour-là, Fayza ne le sait toujours pas précisément ou ne veut pas le dire. Elle se contente d’expliquer que, selon elle, son mari aurait eu un différent avec un client à qui il aurait refusé de rendre un service ou de travailler gratuitement. Or, ce client appartiendrait au cercle proche de Saddam Hussein. Quelques jours après cet incident, un homme dont Fayza assure qu’il travaille au palais présidentiel est venu rôder autour de la maison familiale. À l’une de ses filles qui jouait dans la rue, il a raconté qu’il allait l’acheter. Terrifiée, la petite fille s’est enfuie et l’homme l’a suivie jusqu’à un lieu public où il a disparu au milieu de la foule. Mis au courant de cette histoire, le mari de Fayza décidait qu’il fallait quitter Bagdad au plus vite. Treize jours plus tard, la famille passait la frontière libanaise sans même avoir eu le temps de vendre la maison ou quelques biens. Aujourd’hui, le HCR leur ayant reconnu le statut de réfugié, Fayza et sa famille attendent d’être réinstallés aux États-Unis. Livré par des concurrents jaloux Nous l’appellerons Ali. Il a longuement hésité avant de venir raconter son histoire, car il avoue avoir peur. Même si le HCR lui a octroyé le statut de réfugié, et qu’il devrait partir bientôt avec ses deux fils et sa fille en Australie, la peur est toujours là. L’anonymat rassure toutefois un peu ce chiite de Bagdad que sa maigreur fait paraître plus vieux que ses 43 ans. Après des études de comptabilité, Ali avait ouvert en 1991 une petite boutique de photocopieuses dans la capitale irakienne. Un an seulement après l’ouverture de son magasin, Ali est accusé de distribuer des tracts contre le régime. Présumé coupable, il est jeté dans la prison de Radwaniyé, à l’ouest de Bagdad. Derrière les murs de cette prison, il est battu jusqu’à ce qu’il avoue le « crime » qu’il se défend encore aujourd’hui d’avoir commis. Les interrogateurs ne font pas leur travail à moitié, puisqu’Ali est envoyé à l’hôpital une dizaine de jours avant de retrouver sa cellule pour finir ses deux mois d’emprisonnement. Deux mois d’emprisonnement dus, selon lui, à la simple jalousie des autres commerçants qui, en l’accusant d’un crime qu’il n’avait pas commis, ont pu se débarrasser d’un concurrent gênant. Ses excuses régulières et répétées pour éviter de participer aux réunions de quartier du Baas ont, en outre, apporté de l’eau au moulin de ses concurrents. À sa sortie de prison, le cauchemar continue puisqu’il découvre que sa femme est décédée en accouchant de leur petite dernière. Traumatisé par son incarcération, Ali ne peut se résoudre à rouvrir son commerce de peur de voir son cauchemar recommencer. Il vend tout, et emmène sa fille et ses deux fils à Dialesh, au nord du pays où il trouve refuge chez des amis qui le cachent et lui assurent de quoi survivre en contrepartie de conseils en comptabilité et d’autres menus services. Il attend sept ans à Dialesh, afin que sa fille soit assez grande et forte pour prendre le chemin de l’exil. Durant ces sept années, Ali n’a jamais refoulé le sol de Bagdad. La peur était trop forte. En août 2000, il quitte enfin Dialesh, traverse la Syrie et se retrouve au Liban. Un voyage qui lui a coûté 1 500 dollars. 1 500 dollars pour fuir la peur. Cette peur érigée par le régime en véritable ciment du peuple irakien. Émilie SUEUR
La présence de réfugiés irakiens au Liban n’est pas un phénomène récent. La nouveauté tient toutefois en l’accroissement du flux depuis quelques mois. Menaces américaines obligent. Le Liban n’ayant pas ratifié la Convention de Genève sur les réfugiés, ces derniers n’y disposent d’aucun droit. Leur seule planche de salut est le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) qui peut leur accorder, après une série d’entretiens, le statut officiel de réfugiés et une réinstallation dans un pays, les destinations les plus fréquentes étant l’Allemagne, l’Australie et les États-Unis. Pour ceux d’entre eux qui sont refusés par le HCR, Caritas a ouvert en 1994 un centre pour migrants et réfugiés. Dans ce centre, les travailleurs sociaux tentent d’améliorer le quotidien de ces hommes et de ces femmes en leur...