Pour tous ceux qui s’étaient promis un moment de bonheur dans l’alliance des partitions de Schubert et Dvorak, le contretemps aura été compensé par de belles pages de Beethoven. En effet, changement de dernière minute au programme, qui annonçait un Nocturne de Frantz Schubert, et voilà les auditeurs confrontés, en ouverture du concert placé sous l’égide du Conservatoire national supérieur de musique, à un Adagio et variation du maître de Bonn. Sur scène trois musiciens, déjà familiers à notre public qui apprécie leur talent. Au piano Olga Bolun, au violon Ondin Brezeanu (au meilleur de sa forme) et Roman Storojenco au violoncelle pour conter les états d’âme de deux compositeurs dévoilant avec pudeur leur épanchement dans un élégant trio de musique de chambre. Premières mesures avec un violoncelle aux coups d’archet un peu mélancoliques, soutenus par les accords du clavier, vite rejoints par un violon aux tonalités à la fois sombres et chaudes. Narration beethovenienne un peu courte avec cet adagio à la tristesse voilée et à la tendresse exquise. Suivent ces variations aux nuances furtives empreintes d’une certaine vivacité, doublée d’une humeur enjouée. Toute la richesse sonore du compositeur de la Pastorale est là, dans son essence, sa rêverie à la fois cotonneuse et véhémente et sa voix parfois péremptoire et passionnée. Après un bref entracte, juste pour accorder violon et violoncelle, on écoute avec le même trio le Dumky d’ Anton Dvorak. Révélation d’une œuvre lyrique et pittoresque, dont les modulations et les développements sont conduits naturellement. Une fois de plus c’est le violoncelle qui ouvre les vannes d’un lyrisme marqué, accompagné par un clavier à la mélodie chantante pour fusionner rapidement avec le murmure et le lamento du violon. Sur un ton presque concertant, les trois instruments croisent le fer et les cordes comme pour une czardas endiablée. Et se succèdent, tout feu tout flamme, ces phrases empreintes d’une sève folklorique tchèque d’un art libéré des tutelles allemande et italienne, pour friser parfois les confins d’un brio qui n’excluerait pas la bravoure. Et revient lancinante, cette phrase déchirante comme ces départs qui chavirent, comme la chaleur indécise de ces aubes coruscantes, comme ces blessures qui ont du mal à se cicatriser. Superbe partition aux scintillements multiples, utilisant en toute finesse et subtilité les différentes ressources sonores de trois instruments aux possibilités savamment conjuguées. Plaisir absolu pour cette prestation toute en retenue si ce n’était le grotesque incident de cet auditeur qui, non content de dormir aux derniers rangs des gradins après avoir bruyamment papoté, très sans gêne avec ses voisins, s’offre le luxe de ronfler carrément en pleine performance ! Il est peut-être vrai que pour certains, la musique classique est soporifique mais d’ici à nous en donner une si éloquente et déplorable illustration, on espérait que l’adage « le ridicule ne tue plus » nous épargnerait une aussi grotesque situation. Enfin, retour à la scène pour le rideau final où les trois musiciens, aussi heureux que l’auditoire, tirent leur révérence sous une pluie d’applaudissements. Edgar DAVIDIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Pour tous ceux qui s’étaient promis un moment de bonheur dans l’alliance des partitions de Schubert et Dvorak, le contretemps aura été compensé par de belles pages de Beethoven. En effet, changement de dernière minute au programme, qui annonçait un Nocturne de Frantz Schubert, et voilà les auditeurs confrontés, en ouverture du concert placé sous l’égide du Conservatoire national supérieur de musique, à un Adagio et variation du maître de Bonn. Sur scène trois musiciens, déjà familiers à notre public qui apprécie leur talent. Au piano Olga Bolun, au violon Ondin Brezeanu (au meilleur de sa forme) et Roman Storojenco au violoncelle pour conter les états d’âme de deux compositeurs dévoilant avec pudeur leur épanchement dans un élégant trio de musique de chambre. Premières mesures avec un violoncelle aux...