Les attentats de 1995 n’ont pas été commandités par des islamistes fanatiques décidés à convertir la France, mais par un GIA (Groupe islamique armé) instrumentalisé par les services algériens : telle est la thèse défendue dans une enquête diffusée sur Canal+. Juste après le verdict de la cour d’assises spéciales de Paris, qui a condamné Bensaïd et Belkacem à la perpétuité pour trois de ces attentats. Qu’est-ce que le GIA en 1994 ? Qui est Djamel Zitouni, sous l’autorité duquel le groupe multipliera les actions sanglantes ? Quelle est la nature de ses relations avec le pouvoir algérien ? Alger, qui a interrompu le processus électoral en 1992 après le raz-de-marée du Front islamique du salut, veut à tout prix le réduire à néant. Le régime est en disgrâce sur la scène internationale. Selon le reportage, les généraux s’intéressent au GIA pour un coup à trois bandes : terroriser la population algérienne et faire apparaître le régime comme l’ultime rempart, abattre les dirigeants influents du FIS et faire taire les critiques de la France. Zitouni est un vendeur de poulets analphabète. Rien d’un chef de guerre, juste un islamiste convaincu qui, coincé par un chantage sulfureux, doit collaborer avec l’armée algérienne et devient sa marionnette. En quelques mois, il prend la tête du GIA et fait le ménage dans la hiérarchie. « Prudents » fin 1994, des membres de l’opposition algérienne, FIS compris, se rencontrent à Rome. Le régime d’Alger prend peur, la violence va aller croissante. Un Airbus est détourné à Alger dans des conditions plus que troubles, et un certain Ali Touchent est envoyé en Europe pour commettre des attentats. Au procès de Paris, Touchent s’est mué en un obsédant fantôme. L’homme autour duquel les groupes européens du GIA s’organisaient en étoile n’a jamais été arrêté. « C’est un agent des services », affirme un ex-colonel algérien. Juillet 1995. La vague d’attentats commence en France. Alain Marsaud, ex-patron du service central de la lutte antiterroriste, confirme : « Plus on avance sur le réseau Kelkal (basé à Lyon, ndlr), plus on trouve des Algériens des services officiels. (...) À un moment ou à un autre, le GIA a été une organisation écran utilisée pour porter le feu en France. » Dès août 1995, la DST a des doutes. Peu à peu, la vérité se fait jour. « La France sait », affirme Abdelhamid Brahimi, ex-Premier ministre algérien (1984 à 1988).
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