Passage éclair de Paris à Beyrouth pour Zad Moultaka. Passage placé sous les feux de l’actualité et des spots de scène puisqu’il est celui qui a ouvert le Sommet de la francophonie au Biel, dans notre capitale, en musique. Éblouissant pianiste et compositeur inspiré, Zad Moultaka a offert à un aéropage de présidents, de ministres et de personnalités politiques et culturelles (plus de deux mille personnes), venus des quatre coins de la planète, un véritable dialogue des cultures sans avoir recours à la langue française ou arabe. Car la musique est bien un langage universel, perceptible et compris par tous. D’autant plus qu’au programme figurait « les mouachahates », revisitées par ses soins, dont le public a pu apprécier et mesurer l’originalité, l’audace et la nouveauté cet été au Festival de Beiteddine, en deux concerts uniques. Patrimoine musical arabe et prosodie occidentale où Bartok et Schoenberg, sans nul doute, auraient été ravis de pareilles sonorités. Surtout au clavier, quand Zad Moultaka est aux commandes des touches d’ivoire dont il est un champion. Et c’était l’idée (bien judicieuse) du ministre de la Culture, Ghassan Salamé, d’offrir ce bouquet de notes bien de chez nous à nos hôtes étrangers. Lumière donc sur un évènement important et sur les projets d’un musicien pris toujours entre deux avions. A-t-il eu le trac devant un parterre aussi exceptionnel ? Telle est la première question qui vient à l’esprit. Et Moultaka d’expliquer, avec son calme habituel : « J’avoue que c’était impressionnant. Le trac, devant une telle audience, bien sûr on l’a. Mais c’est une autre forme de trac. Un trac froid (éclat de rires). J’avais brusquement la sensation d’un « surmoi » multiplié…. Mais une fois les premières mesures bien parties, il ne reste que la musique ! Et je crois que tout cela a été bien reçu et bien perçu. » En effet, et Moultaka ne pouvait si bien le dire, puisque la ministre de la Culture du Luxembourg, Mme Erna Hennicot (elle-même élève du Conservatoire de Paris), présente sur les lieux, l’a contacté personnellement, non seulement pour le féliciter mais pour lui proposer une collaboration future avec son pays. D’autres impressions ? « Oui, absolument heureux de jouer en ce lieu (je remercie M. Salamé de m’avoir donné cette opportunité) et convaincu de plus en plus qu’il faut toujours une remise en question de tout patrimoine culturel pour un meilleur départ. Mais j’ai été frappé de voir sur les murs de la salle où on a joué uniquement des photos rappelant l’ancien Beyrouth et pas de trace du présent. Un présent qui doit pourtant toujours nous entretenir de l’avenir… » À peine remis de ses émotions et refaisant ses valises, Zad Moultaka a toutefois le temps de glisser ces quelques confidences concernant ses projets dans l’immédiat : « Je viens de terminer la bande musicale du film de Bahij Hojeij La ceinture de feu qui sort en début de saison prochaine sur les écrans de Beyrouth. Par ailleurs, une maison d’édition internationale veut graver sur disque le concert donné cet été à Beiteddine. Et j’ai une commande pour la Belgique, pour un concert réservé à Selva Morale, une œuvre monumentale de Monteverdi qu’il écrivit à la fin de sa vie. C’est après avoir écouté Anachid que les organisateurs du concert m’ont demandé de travailler avec dix autres compositeurs flamands sur Monteverdi. Dans le même registre je compose un Stabat Mater dans la lignée des œuvres de Pergolèse et Dvorak mais sur un texte arabe signé par May Menassa. Mais en ce moment je peaufine surtout la musique illustrant un long poème en anglais d’Etel Adnan, Five Senses For One Death (Cinq sens pour une mort). Je voudrais aussi dire l’immense succès rencontré par la semaine libanaise à Cahors, où les mouachahates ont clôturé le festival. Personne ne pensait qu’au Liban il y avait un tel niveau de richesse et de diversité culturelles. Mais mon projet favori est celui du « zajal » que je vais revisiter. C’est bien sûr de la poésie, du « polirythme» et du rap avant l’heure. » Avec Zad Moultaka, la surprise est toujours de rigueur. À revoir donc probablement l’été prochain dans une joute oratoire où la musique aurait aussi son mot à dire. Edgar DAVIDIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Passage éclair de Paris à Beyrouth pour Zad Moultaka. Passage placé sous les feux de l’actualité et des spots de scène puisqu’il est celui qui a ouvert le Sommet de la francophonie au Biel, dans notre capitale, en musique. Éblouissant pianiste et compositeur inspiré, Zad Moultaka a offert à un aéropage de présidents, de ministres et de personnalités politiques et culturelles (plus de deux mille personnes), venus des quatre coins de la planète, un véritable dialogue des cultures sans avoir recours à la langue française ou arabe. Car la musique est bien un langage universel, perceptible et compris par tous. D’autant plus qu’au programme figurait « les mouachahates », revisitées par ses soins, dont le public a pu apprécier et mesurer l’originalité, l’audace et la nouveauté cet été au Festival de...