Vladimir Poutine, qui a toujours refusé de négocier avec les indépendantistes, durs ou modérés, et qui mène depuis 3 ans en Tchétchénie une guerre qui s’enfonce dans l’impasse, voit pour la première fois sa stratégie ouvertement remise en cause, suite à la prise d’otages de Moscou. Sur les chaînes de télévision russes, les débats entre citoyens, hommes politiques, politologues ont duré toute la nuit de jeudi à vendredi, tournant autour d’un thème central : quelque chose cloche dans la politique du président Poutine au Caucase, puisque les rebelles tchétchènes parviennent encore à se faire entendre et à venir narguer la puissance russe jusqu’aux portes du Kremlin. La prise d’otages de quelque 700 personnes dans un théâtre moscovite prouve que le « nouveau pouvoir », qui se prétend « celui de l’ordre » et de « l’État fort », se révèle en fait bien fragile : « Le temps des illusions est terminé », a estimé Anatoli Kostioukov, commentateur du quotidien d’opposition Nezavissimaïa Gazeta. Il ne s’agit certes pas de céder aux terroristes, mais de trouver une solution à un conflit qui a entraîné la mort de milliers de civils en Tchétchénie et officiellement de quelque 4 500 soldats russes, sans régler aucun problème majeur. « Les objectifs déclarés au début du lancement de l’opération (dite) antiterroriste n’ont pas été atteints. Cette voie s’est révélée fausse », relève Nikolaï Petrov, politologue du centre Carnegie. Poutine va devoir « réorienter toute sa stratégie » vis-à-vis du Caucase, ajoute M. Kostioukov, regrettant que la république indépendantiste « ait été activement exploitée pour régler les problèmes du pouvoir » russe, sociaux ou électoraux. Les pourfendeurs de la guerre ne se limitent plus aux seuls vieux défenseurs des droits de l’homme, dont les voix parvenaient rarement jusqu’aux micros et aux caméras depuis le lancement de la seconde opération militaire russe, en octobre 1999. « Les gens ne soutiennent pas la guerre en Tchétchénie. Ils ne veulent pas payer pour elle », a lancé Maria Chkolnikova, une cardiologue retenue plusieurs heures en otage avant d’être relâchée, sur la radio Echo de Moscou. Pour nombre de Russes, même si cette crise aiguë prend fin, une autre du même genre peut naître à tout moment. Certes, la vaste prise d’otages peut dans l’immédiat surtout servir les « faucons » du Kremlin, radicalisant la position de nombre de citoyens face à une Tchétchénie souvent présentée comme ne sachant engendrer que mafieux ou terroristes. « L’impact (de la prise d’otages) sera négatif. Face à de tels actes, la réaction immédiate est souvent l’acharnement », déclare le sociologue Iouri Levada. « Il faut tous les éliminer. C’est un peuple qui a décidé de mourir, il faut les tuer tous », commentait d’ailleurs, lors d’une discussion familiale agitée au cours d’un dîner jeudi soir, Konstantin, un mathématicien de 60 ans. Si la prise d’otages se conclut dans un bain de sang, il est fort possible que les rangs du parti d’une guerre totale grossissent. « Le président va devoir choisir : soit devenir le général de Gaulle, qui a laissé l’Algérie pour sauver la France, soit devenir Staline, qui a résolu le problème national par la déportation, notamment du peuple tchétchène, déléguant ainsi le problème à ses successeurs », a commenté le journal centriste Izvestia. Aucune de ces deux solutions ne semble aujourd’hui possible. Il faudra une troisième voie. « Cette prise d’otages est la réponse terroriste à un terrorisme d’État contre toute une ethnie », a regretté l’orientaliste Leonid Medvedko. Les autorités ne peuvent, selon lui, pas reculer, et le risque est « de voir se répéter en Russie l’histoire que connaît la Palestine depuis 55 ans ».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Vladimir Poutine, qui a toujours refusé de négocier avec les indépendantistes, durs ou modérés, et qui mène depuis 3 ans en Tchétchénie une guerre qui s’enfonce dans l’impasse, voit pour la première fois sa stratégie ouvertement remise en cause, suite à la prise d’otages de Moscou. Sur les chaînes de télévision russes, les débats entre citoyens, hommes politiques, politologues ont duré toute la nuit de jeudi à vendredi, tournant autour d’un thème central : quelque chose cloche dans la politique du président Poutine au Caucase, puisque les rebelles tchétchènes parviennent encore à se faire entendre et à venir narguer la puissance russe jusqu’aux portes du Kremlin. La prise d’otages de quelque 700 personnes dans un théâtre moscovite prouve que le « nouveau pouvoir », qui se prétend « celui de...