Longtemps ignorée ou cantonnée à la science-fiction, la menace d’une attaque bioterroriste a refait surface brutalement avec la mystérieuse vague d’attentats au bacille du charbon qui a fait cinq morts l’an dernier aux États-Unis et la crise irakienne. Deux journalistes et un scientifique français, dans trois ouvrages qui sortent ce mois-ci en librairie, se penchent sur l’arme biologique, la « bombe atomique du pauvre », avec des démarches différentes mais un même constat: la menace est réelle, la parade quasiment impossible. L’arme biologique – association d’un agent infectieux et d’un vecteur pour le transporter – n’est pourtant pas née d’hier: dans l’Antiquité, « les archers scythes rendaient leurs flèches non seulement toxiques, mais de surcroît infectieuses en en trempant la pointe dans des cadavres en décomposition ou dans du sang putréfié incubé à la température du fumier en décomposition... », rappelle le microbiologiste et épidémiologiste Henri Hubert Mollaret dans son livre L’arme biologique. Aujourd’hui, le processus est beaucoup plus sophistiqué, mais « même des terroristes disposant de ressources limitées sont en mesure de fabriquer des armes biologiques à bon compte », explique le journaliste scientifique Pierre Kohler dans L’ennemi invisible. Beaucoup de pays qui ne pouvaient disposer de l’arme nucléaire se sont rabattus sur l’arme biologique, beaucoup moins chère, beaucoup plus discrète à développer. Selon le Pr Mollaret, « une centaine de pays aurait les compétences scientifiques nécessaires pour développer un programme biologique, mais une douzaine seulement pourrait le réaliser »: Irak, Égypte, Iran, Israël, Libye, Syrie, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, Taïwan, Myanmar et Vietnam. C’est surtout le développement fulgurant des biotechnologies qui alimente les inquiétudes et retient l’attention des experts, avec « l’apparition de nouvelles sciences et de champs encore inconnus il y a dix ans », note la journaliste scientifique Dominique Leglu dans La Menace - Bioterrorisme: la guerre à venir. Le plus inquiétant est le caractère « dual » de ces recherches. « Ce qui est analysé, décortiqué, fouillé pour nous renseigner sur notre santé (...) peut tout aussi bien se retourner contre nous », souligne l’ancienne responsable de la rubrique Sciences du journal Libération. Et rien ne ressemble plus à un programme et des recherches destinés à servir la cause de la paix qu’un « des programmes occultes de guerre biologique ».
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