Le Bangladesh, grand pays musulman d’Asie du Sud, peine depuis quelques mois à défendre une image d’État islamique modéré face à la présence de fondamentalistes au sein du gouvernement et après des articles de presse accusant ce pays d’être un « sanctuaire » pour les islamistes. Depuis les élections législatives et présidentielle d’octobre 2001, deux partis fondamentalistes musulmans, le Jamaat-e-Islami et le Mouvement d’unité islamique (Islami Oikkya Jote), font partie de la coalition gouvernementale dirigée par le Premier ministre, Khaleda Zia. Cette année, deux magazines occidentaux influents, Far Eastern Economic Review et Time, ont affirmé que le Bangladesh pourrait servir de nouvelle base aux extrémistes musulmans alors que l’attention internationale se concentre sur l’Afghanistan, le Pakistan et, depuis l’attentat du 12 octobre, sur l’Indonésie. Mais les responsables bangladeshis martèlent que, si leur pays est la troisième nation à population majoritairement musulmane au monde (115 millions de musulmans sur 130 millions d’habitants), il n’est pas pour autant un nouveau havre pour les « jihadis » (combattants de la guerre sainte). « Nous avons toujours répété que le Bangladesh était un État modéré et démocratique », assure Haris Chowdhuri, un conseiller politique de Mme Zia. « Bien sûr, les partis Jamaat-e-Islami et Islami Oikkya Jote sont nos partenaires au sein du gouvernement formé depuis un an, mais aucun d’entre eux ne prône le fanatisme ou n’est aveuglément religieux », ajoute-t-il, soulignant que ces deux formations ont toutes deux participé à la campagne prodémocratique ayant mis fin au régime militaire en 1990. « Tous deux ont publiquement déclaré qu’ils n’avaient aucun lien avec une quelconque forme de fanatisme religieux ou d’extrémisme », dit M. Chowdhuri. Le parti Jamaat dispose de deux portefeuilles dans le gouvernement de 60 membres. Islami Oikkya Jote n’en a aucun. Time a affirmé en citant un haut responsable du Harkat-ul-Jihad-al-Islami (Huji), groupe bangladeshi lié selon le journal au réseau d’Oussama Ben Laden, que 150 talibans d’Afghanistan et combattants d’el-Qaëda étaient arrivés à Chittagong le 21 décembre dernier à bord d’un bateau, le MV Mecca, un fait « confirmé par trois sources militaires bangladeshies ». L’hebdomadaire américain a en outre assuré que le numéro deux d’el-Qaëda, l’Égyptien Ayman al-Zahawiri, serait venu au Bangladesh en mars où il aurait séjourné chez un dirigeant fondamentaliste local avant de quitter le pays « cet été » pour la Birmanie voisine. Ce magazine ajoute que le Sud du Bangladesh est devenu « un sanctuaire » pour des centaines de militants panislamistes hostiles à l’Inde voisine et aux États-Unis. Le gouvernement bangladeshi, qui avait déjà interdit en avril un numéro de la Far Eastern Economic Review consacré à l’extrémisme au Bangladesh, a qualifié l’article de Time de « totalement malveillant ». Mme Zia a également été attaquée par l’opposition et des groupes de défense des droits de l’homme en Inde pour une campagne supposée contre les hindous. « Il n’y a pas d’intolérance religieuse » au Bangladesh, assure pourtant le ministre de l’Information, Tariqal Islam. « Une partie des médias internationaux essaient de présenter une fausse image du Bangladesh. » Face à ces attaques, les responsables bangladeshis se réfèrent à un discours de la responsable régionale du département d’État américain Christina Rocca qui a qualifié le Bangladesh de « démocratie musulmane modérée » le 10 octobre. Le Jamaat-e-Islami, également critiqué par les libéraux bangladeshis pour l’opposition de certains de ses dirigeants à l’indépendance du Pakistan en 1971, se dit victime d’une campagne médiatique. « Nous sommes un parti religieux, mais nous travaillons dans le cadre démocratique, explique son secrétaire général, le ministre des Affaires sociales, Ali Ahsan Mohammad. Nous ne voyons là aucune contradiction ».
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