La question cruciale de la levée des sanctions contre l’Irak, au cœur des exigences de Bagdad, longtemps défendue par Paris mais totalement rejetée par Washington, a été escamotée au cours du débat des dernières semaines. La perspective d’une guerre et les efforts pour éviter un nouveau conflit dans la région ont mobilisé toute l’attention et tous les efforts, notamment aux Nations unies, expliquent les diplomates à Paris, au point de donner l’impression que la finalité des résolutions de l’Onu sur l’Irak est passée aux oubliettes. Ainsi lors du premier débat public au Conseil de sécurité consacré à l’Irak, près de 70 orateurs se sont succédé pour souhaiter le renforcement du régime des inspections de l’arsenal présumé d’armes de destruction massive de l’Irak. Ils ont également dans leur ensemble rejeté le recours à la force préconisée par les États-Unis. Mais personne n’est venu évoquer ce qui a été longtemps considéré, notamment à Paris, comme le meilleur encouragement pour les Irakiens à être coopératifs : la suspension, ou même la levée, des sanctions qui frappent ce pays depuis 12 ans. En principe, et si l’on s’en tient aux textes de l’Onu, le retour des inspecteurs de l’Onu en Irak, après quatre années d’absence, doit non seulement conduire à s’assurer que ce pays ne dispose plus d’armements de destruction massive, mais aussi à permettre une levée des sanctions. Les administrations américaines successives n’ont jamais fait mystère de leur refus d’envisager de respecter ce parallélisme, et donc à terme de lever l’embargo, tant que le régime de Saddam Hussein serait en place. Et il apparaît aujourd’hui, à travers les propos publics tenus par les responsables d’autres pays, que ce découplage se soit propagé à des acteurs comme la France, qui dans le passé ne manquait pas une occasion de rappeler la nécessité d’offrir aux Irakiens une perspective positive. Dans son discours sur l’Irak le 9 octobre devant les députés, le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a en premier mis l’accent sur le fait que ce pays « représente actuellement une menace pour la sécurité de la région ». Oubliant alors la Corée du Nord – à l’instar des États-Unis – il avait déclaré que l’Irak était « le seul pays où se pose la question de la prolifération des armes de destruction massive, nucléaire, chimique ou biologique ». M. Raffarin avait simplement mentionné la résolution 1284, votée en décembre 1999, et qui fixe les dispositions devant conduire à « l’allègement des sanctions ». À l’époque, la France s’était abstenue de voter cette résolution, estimant que le mécanisme devant mener à la fin du régime des sanctions était « flou ». Convaincue que Bagdad ne constituait plus une menace pour ses voisins, elle pensait que les sanctions avaient fait leur temps, et plaidait avec force pour une suspension suivie d’une levée de l’embargo.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La question cruciale de la levée des sanctions contre l’Irak, au cœur des exigences de Bagdad, longtemps défendue par Paris mais totalement rejetée par Washington, a été escamotée au cours du débat des dernières semaines. La perspective d’une guerre et les efforts pour éviter un nouveau conflit dans la région ont mobilisé toute l’attention et tous les efforts, notamment aux Nations unies, expliquent les diplomates à Paris, au point de donner l’impression que la finalité des résolutions de l’Onu sur l’Irak est passée aux oubliettes. Ainsi lors du premier débat public au Conseil de sécurité consacré à l’Irak, près de 70 orateurs se sont succédé pour souhaiter le renforcement du régime des inspections de l’arsenal présumé d’armes de destruction massive de l’Irak. Ils ont également dans leur...