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Actualités - Chronologie

Le Kurdistan irakien, un État dans l’État à la survie précaire(photo)

C’est censé être l’Irak, mais plus personne ici ne prononce ce mot. Ici, on utilise des téléphones portables KurdTel, on regarde KurdTV, et le réseau routier, la police, l’armée et le Parlement sont kurdes. Dans les bureaux des responsables locaux, les cartes murales font apparaître un « K U R D I S T A N » aux lettres et aux frontières tellement étendues que leur seule vue donnerait une attaque à n’importe quel général turc. Hors de portée de Saddam Hussein depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991 car protégé par les avions américains et britanniques qui assurent la surveillance de la zone d’interdiction aérienne imposée au nord du 43e parallèle, le Kurdistan irakien a apporté la liberté à quelque 3,6 millions de personnes qui, depuis des dizaines d’années, se mourraient de ne pouvoir vivre selon leurs coutumes. Dix-huit pour cent des recettes pétrolières de l’Irak gérées par l’Onu en vertu de l’accord Pétrole contre nourriture sont consacrées au développement de cette région qui, profitant à plein des exportations illégales de pétrole vers la Turquie et de ses échanges commerciaux avec l’Iran, est devenue une sorte de plaque tournante régionale. Au Kurdistan, on trouve des cafés en ligne, une trentaine de partis politiques enregistrés et les autochtones se vantent de jouir d’une liberté qu’aucun des peuples voisins ne connaît. « Ici, les changements ont été incroyables », dit Moustafa Khaouar, ingénieur cadre dans une entreprise de télécommunications à Erbil, principal centre administratif du Kurdistan irakien. « Figurez-vous que la plupart des enfants nés après 1991 ne parlent même plus arabe. Mais ça sera encore mieux dès qu’on sera venu à bout de Saddam », ajoute-t-il. Car malgré sa liberté nouvelle, le Kurdistan d’Irak est toujours pris en tenaille entre la Syrie, la Turquie et l’Iran, qui ne veulent pas le voir servir d’exemple à leurs propres minorités, et est cerné au Sud par les troupes de Bagdad, qui n’ont pas hésité, par le passé, à gazer les civils kurdes. Depuis que, le 6 octobre, la Turquie a laissé entendre qu’elle pourrait intervenir militairement dans le nord de l’Irak, le mot « indépendance » est devenu tabou pour de nombreux responsables locaux. « Nous voulons un Irak démocratique, pluraliste et fédéral », telle est la ligne officielle annoncée par Ibrahim Hassan, responsable des relations publiques pour le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani. En privé, les officiels répètent à l’envi que l’indépendance « n’est pas dans (leur) intérêt », même s’ils rappellent qu’avec 23 millions d’âmes, les Kurdes sont la plus grosse communauté du Moyen-Orient sans État. Oubliés des traités de paix qui ont redessiné la carte de cette partie du monde autour de 1920, les Kurdes ont aujourd’hui de bonnes raisons de se montrer encore plus prudents qu’à l’habitude. Car si les États-Unis attaquent l’Irak, l’ordre régional sera bouleversé, alors que les Kurdes commencent tout juste à tirer profit du statu quo en vigueur depuis une dizaine d’années. Pour se préparer à cette échéance martiale, le PDK et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, les deux factions qui se partagent le contrôle de la région, se sont réconciliés pour enterrer leurs combats fratricides qui ont fait des milliers de morts dans le milieu des années 1990 et, le 4 octobre, le «Parlement unifié» d’Erbil a tenu sa première séance depuis 1996. Prudemment, les Kurdes d’Irak soutiennent les États-Unis contre Saddam, tout en gardant un œil intéressé sur Kirkouk et Mossoul, villes à majorité kurde restées sous le contrôle de Bagdad et d’où est produit un tiers du pétrole irakien. Membre du KDP, Salah Dalou résume bien l’exercice d’équilibrisme auquel les siens sont contraints, entre rêves d’indépendance et nécessité d’assurer simplement leur survie. « Nous sommes à la merci des États-Unis », dit-il, ajoutant : « Nous avons déjà été trahis par les Américains (après la guerre du Golfe, ndlr), espérons cette fois-ci que Saddam partira rapidement ».
C’est censé être l’Irak, mais plus personne ici ne prononce ce mot. Ici, on utilise des téléphones portables KurdTel, on regarde KurdTV, et le réseau routier, la police, l’armée et le Parlement sont kurdes. Dans les bureaux des responsables locaux, les cartes murales font apparaître un « K U R D I S T A N » aux lettres et aux frontières tellement étendues que leur seule vue donnerait une attaque à n’importe quel général turc. Hors de portée de Saddam Hussein depuis la fin de la guerre du Golfe en 1991 car protégé par les avions américains et britanniques qui assurent la surveillance de la zone d’interdiction aérienne imposée au nord du 43e parallèle, le Kurdistan irakien a apporté la liberté à quelque 3,6 millions de personnes qui, depuis des dizaines d’années, se mourraient de ne pouvoir vivre selon...