L’activité touristique en Asie du Sud-Est est mise en péril par l’attentat de Bali, alors qu’elle a déjà souffert des attentats du 11 septembre 2001 ainsi que de plusieurs actes de terrorisme et enlèvements, estimaient lundi des spécialistes. En ce qui concerne l’Indonésie, la voiture piégée de samedi soir va entièrement ruiner le secteur du tourisme, affirment les professionnels. « Cette bombe a anéanti une grosse fable, le mythe accrédité par des professionnels du tourisme ces dernières années selon lequel certaines destinations, par l’effet de leurs traditions culturelles ou d’hospitalité, seraient à l’abri de ce genre de drame », explique Imtiaz Muqbil, de la compagnie Travel Impact Newswire basée à Bangkok. Toutefois, la Thaïlande, pays bouddhiste, croise les doigts pour sauvegarder sa réputation de refuge qui devrait lui épargner une vague massive d’annulations, ruineuse pour son secteur touristique à l’entrée de la fructueuse saison de fin d’année. « Évidemment, sur le court terme, cela va avoir un impact négatif sur la fréquentation touristique dans tout le sud-est de l’Asie », reconnaît Sriyan Pietersz, responsable d’études chez SG Securities. « Mais au-delà, nous pouvons voir que la Thaïlande pourrait en bénéficier dans la mesure où ce pays présente le plus faible potentiel de violence, contrairement à ce qui se produit pour le sud des Philippines ou l’Indonésie. Même la Malaisie pourrait inquiéter un peu les touristes », affirme-t-il. Cet attentat survient au moment où les opérateurs du tourisme dans la région et les hôteliers venaient juste de surmonter les effets des attentats de New York et de Washington, qui avaient déclenché une marée d’annulations de séjour. Le climat de peur a été aggravé par des enlèvements, principalement de touristes étrangers, dans le sud des Philippines par les rebelles musulmans extrémistes d’Abu Sayyaf. Pour les experts, tout nouvel événement violent ou des preuves indubitables que l’attentat de Bali a été perpétré par le réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden dans le cadre d’une campagne terroriste pourraient définitivement faire paniquer les gens. Les marchés financiers en Asie ont dès lundi réagi négativement face aux menaces qui planent sur le tourisme. L’action de Singapore Airlines était ainsi en repli. « Il est évident qu’il va y avoir une chute du tourisme à Bali d’abord, mais également dans toute la région Asie », souligne l’analyste John Casey de DBS Vickers Securities. « Au moment où la reprise dans le trafic passager est très fragile, cela pourrait déprimer à nouveau l’intérêt des investisseurs dans les valeurs des compagnies aériennes », ajoute-t-il. Pour le ministre philippin du Tourisme, Richard Gordon, l’activité touristique dans tous les pays de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) va souffrir de l’attentat de Bali. Toutefois, selon lui, l’activité touristique à Bali pourrait retrouver son niveau d’ici à six mois, à la condition que les autorités parviennent à arrêter les auteurs de l’attentat et qu’elles montrent au monde qu’elles sont capables de faire face aux menaces sur la sécurité. Le ministre malaisien du Tourisme, Abdul Kadir Sheikh Fadzir, déplore également la chute prévisible de la fréquentation touristique dans la région alors que cette dernière se remet à peine des conséquences de la crise financière de 1997. « Nous sommes tristes que cela se soit produit dans la région de l’ASEAN et nous sommes déçus car cela va toucher la fréquentation touristique dans notre région », a-t-il dit devant les journalistes. L’ASEAN est formée de Bruneï, du Cambodge, de l’Indonésie, du Laos, de la Malaisie, de la Birmanie, des Philippines, de Singapour, de la Thaïlande et du Vietnam.
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