L’Algérie et l’Espagne ont signé hier à Madrid un traité d’amitié qui consacre l’établissement de « relations stratégiques » entre les deux pays méditerranéens, selon le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, et le président du gouvernement espagnol, José Maria Aznar. Au cours d’une conférence de presse commune, les deux dirigeants ont affirmé que leurs relations avaient « un caractère stratégique » et le président Bouteflika a particulièrement affirmé que sa première visite d’État en Espagne « témoigne de l’intensification du dialogue politique et de la coopération multiforme » entre Alger et Madrid. Face à la profonde crise que traversent, depuis un an, les relations entre l’Espagne et le Maroc, José Maria Aznar a souligné que son pays « désire entretenir les meilleures relations avec les pays qui forment le Maghreb, et donc aussi avec le Maroc ». « Il ne s’agit pas de remplacer quelqu’un par quelqu’un d’autre. Il ne faut pas que notre relation avec l’Algérie apparaisse négative pour qui que ce soit », a-t-il ajouté. L’Espagne a déjà conclu, au cours des dernières années, des traités d’amitié avec le Maroc et la Tunisie, semblables à celui qui a été signé avec l’Algérie. Le traité hispano-algérien prévoit le renforcement du dialogue politique entre les deux pays à tous les niveaux, et le développement de la coopération dans les domaines économique, financier, éducatif et de la défense. Un paragraphe souligne la volonté des deux pays de lutter contre le crime organisé et le terrorisme conformément aux résolutions des Nations unies. Le chef du gouvernement espagnol a indiqué que le premier sommet annuel, prévu par le traité, aurait lieu en 2003 en Algérie. La visite du président Bouteflika, qui prendra fin mercredi matin, a mis en évidence la concordance de vues entre Alger et Madrid sur plusieurs problèmes maghrébo-méditerranéens qui sont des points de désaccord avec Rabat. Ainsi, les deux dirigeants ont affiché leur bonne entente sur les problèmes de l’immigration illégale vers l’Europe et de la pêche, deux questions sur lesquelles l’Espagne et le Maroc s’affrontent. En ce qui concerne le Sahara occidental, le président Bouteflika a estimé que l’Espagne, ancienne puissance coloniale, a un rôle « déterminant » à jouer. Ce rôle sera d’autant plus apparent que l’Espagne entrera au Conseil de sécurité en janvier prochain, à quelques semaines d’une nouvelle échéance de l’Onu sur le Sahara. Le président Bouteflika a déclaré que l’Algérie et l’Espagne étaient pour « l’autodétermination » du peuple sahraoui. José Maria Aznar n’a pas voulu confirmer mais il a indiqué que la position de Madrid sur cette question repose, depuis 1976, sur le respect des décisions de l’Onu. Sur l’Irak, le président algérien a affirmé que « la diplomatie préventive a la priorité absolue sur la guerre préventive ». « À l’heure actuelle, nous devons nous contenter d’envoyer des inspecteurs de l’Onu faire leur travail » en Irak, a-t-il estimé. Au contraire, le chef du gouvernement espagnol a réclamé une nouvelle résolution du Conseil de sécurité définissant des « critères très stricts pour le régime de Saddam Hussein ». « Si les résolutions précédentes avaient été suffisantes, nous ne serions pas dans la situation actuelle », a-t-il souligné. La visite du président algérien a également été marquée par la signature de trois conventions portant sur l’assistance judiciaire et pénale, la coopération dans le domaine des transports terrestres internationaux de passagers et de marchandises, et la non-double imposition pour les ressortissants des deux pays. Les deux pays vont renforcer leur coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, « dans le strict respect des droits de l’homme », a déclaré le président Bouteflika qui a souligné que « sans sécurité et sans stabilité, on ne peut pas construire un pays ». Le président algérien avait incité lundi les chefs d’entreprises espagnols à investir davantage dans son pays dont il a vanté « l’option irréversible pour une économie de marché libre, ouverte et compétitive » où des opportunités sont à saisir. S’adressant à un parterre de chefs d’entreprise au siège du patronat à Madrid, Abdelaziz Bouteflika avait affirmé que « la situation sécuritaire n’est plus un obstacle à l’investissement puisque les Algériens ont surmonté les douloureuses épreuves de toute une décennie de terrorisme barbare ».
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