L’Afghanistan de l’après-guerre s’est doté hier d’une nouvelle monnaie destinée à apporter une plus grande stabilité sur le marché des changes, un an jour pour jour après le lancement de la campagne militaire américaine qui a mis en déroute le régime fondamentaliste taliban. Les autorités misent sur le nouvel afghani (1 nouveau pour 1 000 anciens) pour stabiliser l’économie du pays, ravagée par plus de deux décennies de guerre, en créant un environnement macroéconomique favorable. Les nouveaux billets seront d’abord distribués dans les bureaux de change privés afghans, avant d’être mis en circulation d’ici deux à trois semaines pour remplacer les anciens afghanis. Cette nouvelle monnaie doit également permettre, selon les autorités, d’attirer les investissements étrangers essentiels à la reconstruction de l’Afghanistan, où la grande majorité des infrastructures a été détruite. Le président afghan Hamid Karzaï a déclaré à la veille du lancement du nouvel afghani que la « nouvelle monnaie contribuera à apporter l’unité nationale ». « Elle aura également une autorité internationale et une crédibilité », a-t-il déclaré lors d’un discours à la Banque centrale de Kaboul, en présence de nombreux responsables gouvernementaux ainsi que de représentants d’organisations et d’institutions internationales comme la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI). Il a exprimé l’espoir que cette monnaie sera « également utilisée sur les marchés étrangers » et qu’elle « permettra la création de nouvelles conditions pour nos compatriotes dans leurs activités quotidiennes ». Elle est également destinée à réduire la masse vertigineuse de billets d’afghanis en circulation dans un pays où les commerçants ont exprimé jusqu’à présent une préférence nette pour le dollar américain et la roupie pakistanaise. L’opération d’échange des anciens afghanis contre de nouveaux afghanis doit s’étaler sur deux mois dans au moins 75 centres d’échange répartis dans le pays. À l’issue de cette opération, les vieux billets seront brûlés par la Banque centrale. Les nouvelles coupures d’afghanis, imprimées en Allemagne, sont de 1 000, 500, 100, 50, 20, 10, 5, 2 et 1 afghanis. Un billet de 1 000 afghanis équivaudra à environ 20 dollars. Sur fond beige, ornés de couleurs bleue, verte, rose pâle et marron, ils sont principalement décorés avec des dessins représentant des mosquées célèbres de Kaboul, de Mazar-i-Sharif (Nord), de Kandahar (ancien fief des talibans dans le Sud-Est), des sites historiques et de l’aéroport de Kandahar. Le conseiller économique auprès du ministère afghan des Affaires étrangères, Farhad Ahad, a déclaré que le changement de monnaie « est une étape très importante pour la stabilisation de l’économie afghane ». « Mais ce n’est pas l’unique facteur qui permettra à la monnaie afghane de retrouver sa valeur », a-t-il estimé. « Il faut soutenir ce mouvement en l’accompagnant par une politique fiscale efficace », a-t-il ajouté. L’adoption du nouvel afghani est également destinée à supprimer des masses d’anciens afghanis de versions différentes en circulation jusqu’à présent. Outre l’afghani « légal », deux autres modèles d’afghanis étaient utilisés, dont celui qui a été imprimé par le puissant chef de guerre ouzbek, le général Abdul Rashid Dostum. Le second « modèle » d’afghani, qui était également en circulation dans le nord-est de l’Afghanistan, avait été imprimé en Russie pour l’Alliance du Nord, qui a combattu les talibans.
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