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Actualités - Chronologie

Pour les Bagdadis, l’angoisse de l’attente est pire que la guerre

« Qu’ils attaquent et qu’on en finisse. Le ciel nous est déjà tombé sur la tête et 12 ans plus tard, cela ne peut pas être pire. » Cette phrase d’un Irakien résume l’angoisse de l’attente des Bagdadis, qui vivent au rythme des préparatifs de guerre américains. Bien qu’un grand nombre soient convaincus qu’une frappe américaine contre l’Irak est inéluctable, aucun mouvement de panique n’est visible dans la capitale irakienne. Par contre, le spectre de la guerre a fait voler en éclats l’amélioration économique que commençait à connaître la population. Abou Yasser, vendeur de véhicules d’occasion, peste contre le président américain George W. Bush, la politique, les menaces. « En trois jours, je n’ai pas vendu une seule voiture et mon chiffre d’affaires est tombé de 50 % en septembre », affirme-t-il devant son stand bien achalandé. Il y a six ans, avant l’entrée en vigueur du programme des Nations unies Pétrole contre nourriture, qui autorise l’Irak à vendre une partie de son pétrole pour acheter des produits de première necessité, c’était difficile de trouver à Bagdad des pneus ou des pare-brise de voiture, alors seulement disponibles au marché noir. Aujourd’hui, Bagdad regorge de Mercedes, de BMW, de Peugeot, de véhicules 4X4 neufs et d’occasion qui sont vendus aux deux tiers des prix pratiqués au Liban d’où ils sont importés en transit, les droits de douane et d’enregistrement étant bas en Irak pour encourager la consommation. Même son de cloche dans les magasins d’électroménagers, où les marques de presque toutes les origines sont disponibles. Les stocks des magasins sont si remplis que les vendeurs offrent leurs marchandises à même le trottoir pour attirer le client. L’embargo international a créé une classe de nouveaux riches irakiens, dont beaucoup sont des agriculteurs locaux qui fournissaient le marché alors que l’Irak manquait de tout, et qui maintenant dépensent sans compter. D’autre part, l’ouverture du marché irakien aux « pays du voisinage », selon l’expression utilisée ici, a encouragé hommes d’affaires et industriels arabes à s’associer à des Irakiens pour créer des entreprises. Cela a considérablement développé le secteur privé, ce qui a créé des emplois à des salaires alléchants pour les Irakiens. Un salaire de base dans le secteur privé va jusqu’à 100 USD alors qu’il est de 20 USD tout au plus dans le secteur public, où les fonctionnaires percevaient ces dernières années quelque 3 à 5 dollars. Cette manne risque aujourd’hui d’être remise en question. Des hommes d’affaires libanais et syriens rencontrés à Bagdad sont désormais dans l’expectative, comme Aref, un Libanais qui envisage de monter une petite usine de papier hygiénique avec un capital de départ de 10 000 USD. « Je continue à assurer la distribution de produits de consommation courante, mais pour les investissements à long terme, il faut attendre », affirme-t-il. L’attente risque d’être longue, les Bagdadis étant convaincus que les frappes n’interviendront pas avant janvier. En attendant, c’est le pourrissement. « C’est exactement ce que recherchent les Américains qui ont pris ombrage des liens économiques que l’Irak a réussi à tisser avec ses voisins arabes », a affirmé un diplomate arabe en poste à Bagdad, qui a requis l’anonymat. « Aujourd’hui, nombre d’entreprises arabes sont tributaires du marché irakien, et cela, les États-Unis ne peuvent pas l’accepter », a-t-il ajouté. L’Irak a déjà signé des accords de libre-échange avec une dizaine de pays arabes, dont l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Qatar, Oman, la Syrie et le Liban. Selon une récente étude libanaise, quelque 2 000 entreprises libanaises fournissent le marché irakien et la rupture de ces relations ferait perdre au Liban quelque 500 millions USD par an.
« Qu’ils attaquent et qu’on en finisse. Le ciel nous est déjà tombé sur la tête et 12 ans plus tard, cela ne peut pas être pire. » Cette phrase d’un Irakien résume l’angoisse de l’attente des Bagdadis, qui vivent au rythme des préparatifs de guerre américains. Bien qu’un grand nombre soient convaincus qu’une frappe américaine contre l’Irak est inéluctable, aucun mouvement de panique n’est visible dans la capitale irakienne. Par contre, le spectre de la guerre a fait voler en éclats l’amélioration économique que commençait à connaître la population. Abou Yasser, vendeur de véhicules d’occasion, peste contre le président américain George W. Bush, la politique, les menaces. « En trois jours, je n’ai pas vendu une seule voiture et mon chiffre d’affaires est tombé de 50 % en septembre »,...