Le nouveau siège de Yasser Arafat dans les ruines de son QG de Ramallah et la décision de l’isoler totalement constituent une étape de plus dans une stratégie israélienne qui vise à son élimination politique et a déjà commencé à porter ses fruits. « Il est de nouveau coupé (du monde) et il ne peut pas fonctionner dans ces conditions », résume le politologue palestinien Ali al-Jerbawi, qui s’empresse toutefois d’ajouter que le président de l’Autorité palestinienne est, selon lui, loin d’être fini politiquement. Ce nouveau siège militaire israélien survient alors que l’autorité de M. Arafat est aujourd’hui ouvertement bafouée dans les territoires palestiniens, au point que le gouvernement qu’il avait nommé a dû démissionner le 11 septembre pour éviter un vote de défiance au Parlement palestinien, pourtant contrôlé par son propre mouvement, le Fateh. Mais « la pression extérieure » exercée par Israël est « plus importante » et débilitante que cette contestation interne, estime M. Jerbawi. Ce nouveau siège, décidé par le gouvernement d’Ariel Sharon quelques heures après un attentat-suicide à Tel-Aviv qui a coûté la vie à six personnes, n’est pas le premier. M. Arafat avait déjà été assiégé par l’armée israélienne dans la Moukataa de Ramallah (Cisjordanie) du 29 mars au 1er mai, à la suite d’un attentat-suicide. Mais Israël a décidé de resserrer encore plus l’étau, dans l’espoir d’asphyxier complètement le leader palestinien. Cette fois-ci, son isolement « sera pour une plus longue période et plus complète », estime le politologue israélien Gerald Steinberg. De fait, le gouvernement israélien a laissé entendre que le siège serait long, exigeant qu’une vingtaine de Palestiniens recherchés pour « activités terroristes » et qui seraient dans le bâtiment se rendent à l’armée israélienne ou lui soient livrés. Ce nouvel épisode est la « continuation (...) d’une approche stratégique », explique M. Steinberg. « La dernière fois, Arafat a été humilié lorsqu’il a dû lâcher certains de ses proches qui sont aujourd’hui en prison à Jéricho », en Cisjordanie, rappelle-t-il, dans une allusion à l’accord qui avait permis le 1er mai la levée du précédent siège de la Moukataa. Dans le cadre de cet accord, six hommes recherchés par Israël et retranchés avec M. Arafat dans la Moukataa avaient été livrés à des policiers américains et britanniques, ce qui avait valu au président palestinien des critiques acerbes de sa propre base. « Cette fois-ci, Arafat sera contraint de livrer plus de gens et cela constituera une plus grande humiliation », poursuit M. Steinberg dans une référence aux quelque 20 hommes dont Israël exige la reddition. L’application de cette stratégie de démolition graduelle de M. Arafat a commencé début décembre, il y a donc près de dix mois, là encore après une série d’attentats-suicide sanglants qui avaient ébranlé Israël. Hormis quelques brèves périodes de répit, les blindés israéliens campent depuis lors sous les fenêtres de M. Arafat, qui n’a pas quitté son QG, à l’exception d’une tournée de quelques heures en Cisjordanie le 13 mai. Car même lorsqu’il a la « permission » des Israéliens de sortir de son QG et de Ramallah, il n’ose pas le faire de peur que l’armée l’empêche d’y revenir. Jusqu’à maintenant, Israël n’a pas voulu s’en prendre directement à M. Arafat. Mais la tentation est là. M. Sharon a d’ailleurs lui-même préconisé jeudi la déportation de son vieil ennemi, avant de se ranger à l’avis des chefs des services de sécurité et d’y renoncer, selon la presse israélienne. Il s’agit « d’essayer d’isoler Arafat, mais aussi de ne pas en faire un héros ou un martyr », explique M. Steinberg, l’objectif de la stratégie israélienne étant non pas de le renverser directement, mais d’inciter les Palestiniens à le mettre eux-mêmes sur la touche. « Le sentiment est qu’il va devenir à chaque fois de plus en plus faible », résume M. Steinberg. Il ne fait toutefois aucun doute que cette stratégie méthodique pourrait être bouleversée en cas d’un attentat palestinien majeur, la fameuse « méga-attaque » que craignent tant les Israéliens. « S’il y a un énorme attentat en Israël, (M. Sharon) pourrait s’en servir comme d’un prétexte pour faire ce qu’il a toujours voulu faire, à savoir expulser Arafat », commente ainsi M. Jerbawi.
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