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Actualités - Reportage

Un an après les attentats, l’Amérique cultive un patriotisme de salon(PHOTO)

La brûlante fièvre patriotique qui a saisi l’Amérique après les attentats du 11 septembre 2001 est toujours perceptible, un an après la tragédie, sans toutefois atteindre le degré d’une mobilisation massive de la population contre le péril terroriste. Les signes extérieurs de ce patriotisme sont encore bien visibles. La « fierté d’être américain » s’étale toujours sur des affiches et des décalcomanies soigneusement collées sur les pare-chocs des voitures. Les statuettes en plâtre des pompiers du World Trade Center, les nouveaux héros de l’Amérique brandissant la bannière étoilée, continuent aussi de s’arracher pour quelques dollars. Les touristes américains, qui se rendent par milliers à New York et à Washington, les deux villes frappées par les attentats, arborent le drapeau national sur des t-shirts, des casquettes de base-ball, des chaussettes, des parapluies, des maillots de bains et des montres. Des fonctionnaires, plus élégants, épinglent au revers de leur veste de minuscules « pins » représentant le même symbole ou choisissent, chaque 11 du mois, une cravate aux couleurs du drapeau. Les Américains semblent aussi plus que jamais enclins à brandir ces symboles de leur unité lors de grands rassemblements populaires, comme ce fut le cas à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver et la finale du championnat de football américain (« Super Bowl »). « Ce qui était dans le passé considéré comme une cérémonie de routine ou une manifestation de pur chauvinisme est désormais perçu comme essentiel dans le processus de thérapie collective d’une nation qui a trop longtemps mis l’accent sur sa diversité sociale aux dépens de son unité », explique le professeur William Kashatus, un historien de la Société historique du comté de Chester, en Pennsylvanie. Mais, relèvent des observateurs de la société américaine, le sentiment patriotique qui étreint les Américains depuis la tragédie n’a pas dépassé le plus souvent le registre limité des symboles. Après le 11 septembre, référence a souvent été faite à une autre tragédie gravée dans l’inconscient collectif américain, le bombardement japonais de Pearl Harbour le 7 décembre 1941, qui avait engendré un regain de mobilisation des civils dans l’effort de guerre. « Après Pearl Harbour, le sentiment d’abnégation était beaucoup plus fort. Les Américains étaient prêts à sacrifier leur travail, être mobilisés, se soumettre au rationnement », explique le sociologue Todd Gitlin, de la New York University (NYU). Au contraire, aujourd’hui, note-t-il, le nombre d’étudiants qui souhaitent intégrer les rangs de l’armée est en baisse. « Le patriotisme d’aujourd’hui est plus ritualisé. Se vêtir d’un t-shirt ou brandir un drapeau, ce n’est pas être actif, travailler dans la communauté, être impliqué dans la vie civique », ajoute M. Gitlin, qui rappelle cependant l’élan des premiers jours à Manhattan pour aider les sauveteurs. « Je ne vois plus cela en ce moment », souligne-t-il. Près de 40 % des étudiants tenteraient d’échapper à une conscription s’ils devaient être appelés aujourd’hui, selon un sondage réalisé 9 mois après les attentats par un organisme républicain, Franck Lutz. Ce sentiment diffère de celui qui prévalait sur les campus dans les années 60 et 70, au moment de la guerre du Vietnam. Selon un sondage de l’Université de Houston, 90 % des étudiants soutiennent la guerre contre le terrorisme, mais 20 % seulement seraient prêts à être appelés sous les drapeaux. Pourtant, les dirigeants ne ménagent pas leurs efforts pour maintenir la flamme. Le président George W. Bush prononce lui-même fréquemment des discours aux lourds accents patriotiques, ponctués d’applaudissements. « Lorsqu’il s’agit de la défense de la liberté, nous savons être forts. Lorsqu’il s’agit de la défense de notre patrie, nous savons être encore plus forts », a-t-il lancé récemment devant des retraités en Floride. « Les répercussions, depuis le 11 septembre, sont minimes », relève, pour sa part, Douglas Smith, chargé de communication à la base militaire de Fort Knox (Kentucky). Selon lui, « la plupart des gens s’en tiennent à manifester leur soutien à l’armée ». Ce qui n’empêche pas les Américains d’avoir une haute idée de leur amour de la patrie, 85 % se jugeant « plus patriotiques » qu’avant le 11 septembre, selon une étude réalisée en juin par l’institut Opinion Dynamics et Fox News.
La brûlante fièvre patriotique qui a saisi l’Amérique après les attentats du 11 septembre 2001 est toujours perceptible, un an après la tragédie, sans toutefois atteindre le degré d’une mobilisation massive de la population contre le péril terroriste. Les signes extérieurs de ce patriotisme sont encore bien visibles. La « fierté d’être américain » s’étale toujours sur des affiches et des décalcomanies soigneusement collées sur les pare-chocs des voitures. Les statuettes en plâtre des pompiers du World Trade Center, les nouveaux héros de l’Amérique brandissant la bannière étoilée, continuent aussi de s’arracher pour quelques dollars. Les touristes américains, qui se rendent par milliers à New York et à Washington, les deux villes frappées par les attentats, arborent le drapeau national sur des...