WASHINGTON-Irène MOSALLI «L’art appartient au noyau et non à la périphérie de la vie. Ce n’est pas un passe-temps de prince, mais un langage indispensable à l’esprit humain.» Ce langage était si nécessaire à Henry Francis du Pont, s’exprimant ainsi, qu’il l’avait amené à créer son propre musée, le Winterthur, qui compte parmi les plus importants des États-Unis. Entre 1928 et 1969, il avait amassé plus de 85 000 objets d’art (meubles, tissus, porcelaines, argenterie, tableaux, bibelots, etc.) dont 300 sont actuellement exposés à la National Gallery of Art à Washington. Cette exposition célèbre le 50e anniversaire du musée de Winterthur (État du Delaware), qui est le fait d’un seul homme et qui raconte l’histoire d’un esthète doublé d’un collectionneur forcené. De même que ce musée reflète le goût américain pour les arts décoratifs produits entre 1640 et 1860. Toutes les pièces qu’il contient, locales ou importées, ont ceci de particulier : elles ont appartenu à des familles américaines. Conseiller en art de Jaqueline Kennedy Henry Francis du Pont, issu d’une célèbre famille d’industriels, est né en 1880 avec un œil sélectif, de l’argent et un talent d’ordonnateur. Après des études à Harvard (agriculture et horticulture), il effectue en 1903 son premier voyage à l’étranger. Il en fera d’autres plus tard pour étudier les jardins d’Europe. Il s’est d’abord occupé du domaine paternel s’étendant sur 2600 acres : une ferme immense, une scierie, une gare, un bureau de poste et 200 résidents. Aujourd’hui, la propriété occupe 1000 acres. Ses jardins sont aussi impressionnants que sa bibliothèque (72000 ouvrages et 500000 manuscrits, dessins, gravures et photos). Après son mariage à l’âge de 43 ans, du Pont commence à monter sa collection qu’il complète en dix ans. Même la Grande Dépression ne l’arrête pas. En 1929, il remporte une enchère de taille sur le richissime William Randolph Hearst (qui a servi de modèle à Citizen Kane) s’offrant un secrétaire Chippendale qu’il paie 44000 dollars. Un prix record pour l’époque. Il débourse également 48000 dollars pour une collection d’objets en étain et des meubles comprenant des tables exécutées au XVIIIe siècle par un fabricant de meubles de renom, l’émigré français Charles Honoré Lannuier. Désireux de partager ses trésors avec les autres, il transforme en 1951 sa demeure en musée et ouvre aussi ses jardins et sa bibliothèque au public. Les 300 œuvres d’art exposées en ce moment à la National Gallery of Art reflètent la réalisation magistrale d’une vie. Elles relèvent de diverses tendances et factures et ont été regroupées sous les thèmes suivants : «L’Ère des pionniers et la sophistication», «Passion du Rococo», «L’Est rencontre l’Ouest», «Les Arts des Allemands de la Pennsylvanie», «Le Classicisme américain». Par ailleurs, Henry Francis du Pont (décédé en 1969) compte parmi les personnalités emblématiques de Washington. Lorsque Jaqueline Kennedy avait décidé de faire de la Maison-Blanche la vitrine de la présidence, elle avait fait appel à lui. Il avait certes 80 ans, mais aucun autre Américain n’était plus apte à effectuer ces travaux d’embellissement. Nommé à la tête du comité des Beaux-Arts de la Maison-Blanche, il avait supervisé l’acquisition de meubles importants. Et côté restauration, beaucoup de soieries et de dorures ont été employées. Toujours est-il, qu’après les décorateurs qui se sont succédé à la présidence, les «State Rooms» (Salons officiels) ont été maintenus dans la tradition de l’excellence propre à du Pont.
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