La Chine enferme des dissidents politiques dans des hôpitaux psychiatriques sur un mode qui rappelle les pratiques de l’Union soviétique, a déclaré hier une organisation de défense des droits de l’homme. Malgré les réformes, les autorités communistes ont placé des centaines, voire des milliers d’opposants et autres déviants de la norme officielle dans des institutions pour malades mentaux, selon un rapport de Human Rights Watch (HRW), une organisation dont le siège est à New York. La pratique inclut « des membres (de la secte interdite) Falungong, des dirigeants syndicalistes indépendants, des gêneurs et des particuliers qui dénoncent des persécutions politiques ou des fautes de responsables », dit HRW. L’utilisation de la psychiatrie à des fins politiques n’est pas aussi répandue qu’à l’époque de Mao Tsé-toung, mais elle reste un outil de répression, selon le rapport corédigé avec une organisation spécialisée, la Geneva Initiative on Psychiatry, l’Initiative de Genève en psychiatrie. « Les psychiatres légistes continuent de diagnostiquer certaines catégories d’individus de type dissident comme “de dangereux malades mentaux” et de les envoyer pour des séjours de longue durée dans des asiles psychiatriques », ajoute le document. Il cite l’exemple de Wang Wanxing, un militant politique arrêté pour la première fois au milieu des années 1970 et qui a passé le plus clair de son temps depuis en institution psychiatrique. La psychiatrie sert aussi contre la secte Falungong interdite en 1999, dont certains adeptes placés en détention sont soumis à des traitements douloureux dont les électrochocs et l’acuponcture électrique, affirme HRW. Il est quasi impossible de donner un chiffre pour le nombre de détenus, mais on peut estimer que plus de 3 000 « cas politiques » sont passés entre les mains de psychiatres légistes au cours des vingt dernières années, selon l’organisation. « Il est raisonnable de penser que la grande majorité a été soumise en conséquence à une forme d’internement psychiatrique forcé et de traitement », ajoute HRW. Par comparaison, le nombre de dissidents envoyés dans les hôpitaux soviétiques dans les années 1970 et 1980 va de quelques centaines à plusieurs milliers, dit le rapport qui va dans le même sens qu’un article publié l’an dernier par un chercheur britannique qui estimait que le recours aux hôpitaux psychiatriques à des fins politiques en Chine était plus répandu qu’on ne le pensait. Cette pratique pourrait dépasser ce qui se passait en URSS, déclarait Robin Munro dans le Columbia Journal of Asian Law. Le rapport de Human Rights Watch, un document de 298 pages, est publié avant un congrès de l’Association psychiatrique mondiale (APM) à la fin du mois à Yokohama, au Japon. Le secrétaire général de l’Initiative de Genève en psychiatrie, Robert Van Voren, invite les délégués à protester et à appeler Pékin à cesser ces abus et à coopérer à une enquête de l’Association. « Une délégation dirigée par l’APM doit visiter les asiles, procéder à des examens médicaux indépendants et surveiller les conditions et traitements, en particulier dans les asiles gérés par la police », dit-il.
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