Israéliens et Palestiniens s’interrogeaient hier sur la manière de poursuivre un dialogue sur les questions humanitaires et sécuritaires, tout juste amorcé il y a quelques jours et déjà menacé par le raid aérien sanglant de l’armée israélienne sur Gaza. Très vite, Israël a affirmé sa volonté de poursuivre les pourparlers, mais les Palestiniens poursuivaient leurs consultations sur le sujet. Dès hier matin, le Premier ministre Ariel Sharon a réuni son ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, des Finances Silvan Shalom et de la Défense Binyamin Ben Eliezer, pour discuter de la suite des contacts et des mesures d’allègement économique et sécuritaire en faveur des Palestiniens. « Israël est favorable à la poursuite des contacts », a indiqué le bureau d’un Premier ministre pressé depuis plusieurs semaines par les Américains de montrer des gestes d’apaisement envers les Palestiniens et sous le feu des critiques internationales depuis le raid sur Gaza lundi. Dans l’entourage de M. Sharon, on évoquait mercredi un allègement des sanctions dans chaque zone où la situation sécuritaire le permettrait. Du côté palestinien, la question de la reprise du dialogue était entre les mains de Yasser Arafat. « Aucune décision n’a encore été prise », a indiqué Samir Rantissi, conseiller auprès du ministre de l’Information Yasser Abed Rabbo. « Nous sommes très sceptiques face à ce qui a filtré de cette réunion (autour de M. Sharon), que nous considérons d’abord comme un moyen (pour Israël) de calmer la critique internationale qui a suivi le bombardement sur Gaza, a dit M. Rantissi. Nous ne voyons aucune intention israélienne sérieuse de reprendre le processus politique. » « En même temps, les Palestiniens n’ont rien contre le retour » à des discussions, qui avaient permis de soulever la question du versement par Israël d’une partie des avoirs fiscaux palestiniens gelés après l’intifada ainsi que celle de la gestion des affaires sécuritaires dans les territoires, a-t-il ajouté. Shimon Peres et une délégation de ministres palestiniens emmenée par Saëb Erakat s’étaient rencontrés samedi. Des représentants des deux parties devaient se retrouver cette semaine. Selon diverses sources palestiniennes, plusieurs mouvements palestiniens discutaient même de renoncer aux attaques anti-israéliennes avant le raid. Mais mardi le ton s’est durci, et le Fateh, le mouvement de M. Arafat, a appelé à une suspension des contacts. « Après cette dangereuse escalade, nous demandons à l’Autorité palestinienne de stopper toute communication politique avec le gouvernement israélien. Un contact pourra reprendre si Israël se retire des villes et camps palestiniens, met fin au siège du bureau de M. Arafat (à Ramallah) et libère tous les détenus des prisons israéliennes », a dit le Fateh. Du côté israélien, on admettait mercredi que la reprise n’était pas assurée. « Nous espérons qu’en dépit de la tension, les discussions pourront continuer, c’est dans l’intérêt des deux parties », a dit un responsable sous le couvert de l’anonymat. « Deux sanglantes attaques anti-israéliennes la semaine dernière n’avaient pas empêché la poursuite du dialogue », a-t-il ajouté, à propos d’une embuscade contre un bus de colons et d’un double attentat-suicide à Tel-Aviv qui avaient fait 12 victimes. Reste que les discussions elles-mêmes n’ont pour l’instant montré aucune avancée concrète. « Les questions sont discutées, pas finalisées », dit Noam Katz, porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères. Selon lui, les Israéliens ont encore évoqué mercredi « la possibilité de faire avancer la question sécuritaire pour permettre aux Palestiniens de reprendre le contrôle de leurs territoires ». Israël se dit aussi disposé à débloquer dans un premier temps 10 % des sommes dues à l’Autorité palestinienne, à condition que l’État hébreu puisse en vérifier l’usage. Dans le même temps, les Palestiniens refusent, selon M. Rantissi, de se voir imposer des conditions considérées seulement comme un moyen de chantage.
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