Le trou bouché par des gravats dans le jardin de Khaled al-Ajiz pourrait être un tunnel. Ce dernier jure ses grands dieux qu’il n’en est rien, mais Israël, inquiet d’une contrebande d’armes, a rasé sa maison. Personne ne parle ouvertement des tunnels dans ce no man’s land de maisons démolies, aux murs criblés de balles, sous lesquelles les contrebandiers ont creusé des tunnels vers l’Égypte au moyen desquels ils acheminent désormais armes et munitions aux organisations palestiniennes. Personne ne passe la nuit au milieu de ces ruines devenues ligne de front. Toutes les nuits, dit-on, le secteur est arrosé à la mitrailleuse et au canon de char. Les gens vont dormir chez des proches, en ville. Au matin, ils reviennent déambuler sur le champ de ruines et si on les interroge sur les tunnels, ils répondent évasivement. Israël soutient que le camp de réfugiés qui longe la frontière égyptienne est un haut lieu de la contrebande d’armes, de drogue, de cigarettes et même d’une traite des blanches. Chars et bulldozers labourent régulièrement le secteur, détruisant les maisons suspectes. Une lutte sourde se livre ici. Récemment, un officier israélien a été tué par un tireur embusqué palestinien lors d’une opération de recherches. Les résidents du camp, eux, disent ne plus compter leurs morts. La contrebande est un métier à haut risque. En novembre, un tunnel s’est effondré ensevelissant trois Palestiniens d’une même famille. Les tunnels découverts par l’armée israélienne sont dynamités. « J’ai entendu parler des tunnels, mais je ne sais pas où ils se trouvent », dit une vieille femme assise près des ruines de sa maison. « Les Israéliens viennent détruire nos maisons, alors nous devons les tuer », dit-elle sans sourciller montrant du doigt la maison, de l’autre côté de la rue, où a été tué le capitaine israélien Hagaï Lev, 23 ans. La plupart des tunnels servent au commerce de cigarettes et de vivres, selon M. Ajiz qui loue aujourd’hui une maison à Rafah. Il affirme que le trou dans son jardin était une bouche d’égout. Les accusations des voisins selon lesquelles il se livrait à la contrebande ont fait qu’il n’a reçu de l’Autorité palestinienne que 400 dollars d’aide au lieu des 1 000 dollars généralement versés, dit sa femme. En janvier, après la destruction de dizaines de maisons proches de la frontière, un officier israélien avait affirmé que les tunnels appartenaient à des clans qui les sous-louaient aux organisations palestiniennes les utilisant pour faire passer des armes. Selon lui, certains de ces tunnels sont équipés de moyens de communication et de rails avec des wagonnets. Des contrebandiers utiliseraient même des bouteilles d’oxygène dans leurs expéditions souterraines. Les tunnels permettent de passer du secteur palestinien au secteur égyptien de Rafah sous « la route Philadelphie », patrouillée par l’armée israélienne. Ils débouchent généralement dans une maison, un jardin ou un verger et leur entrée est juste assez large pour permettre à un homme de s’y glisser. Ces tunnels représentent une « menace stratégique pour Israël », affirme le colonel Shlomo Dagan, commandant des forces israéliennes dans la bande de Gaza. La position militaire israélienne proche de « la Philadelphie » est la plus attaquée. Toutes les nuits, elle est prise sous le feu nourri des Palestiniens qui permettent ainsi aux contrebandiers d’emprunter les tunnels sans se faire repérer. Le creusement d’un tunnel revient à environ 30 000 dollars, selon la presse israélienne. Au moins 40 de ces tunnels ont été creusés, certains par dix mètres de fond. Au cours des seuls trois derniers mois, 11 ont été découverts, selon des sources militaires citées par la presse. Pour M. Ajiz, les tunnels « ne sont qu’un prétexte » pour Israël pour détruire les maisons gênant la vue des sentinelles gardant le bloc de colonies juives du Goush Katif.
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