La police pakistanaise essaie d’y voir plus clair dans la toile qu’ont tissée des groupes islamistes pour se venger du soutien d’Islamabad aux États-Unis dans leur lutte contre el-Qaëda, et qui auraient commis des attentats antioccidentaux, ont expliqué hier des enquêteurs. L’arrestation de trois militants du groupe Harkat-ul Mujahedin-al-Alaami, jusqu’à présent inconnu, a été annoncée en grande pompe lundi dans le cadre de l’intensification des opérations menées par les forces pakistanaises dans les milieux radicaux. Il semble que des mouvements islamistes travaillent ensemble sur des projets d’attentats, mais que les personnes qui commettent ces attaques ne se connaissent pas entre elles, selon des sources officielles. Elles brouillent ainsi les pistes. Selon la police, les militants du Harkat-ul Mujahedin al-Alaami ont reconnu avoir participé à l’attentat du 14 juin contre le consulat américain à Karachi, qui avait fait 12 morts. Certains ont aussi avoué avoir participé aux préparatifs de l’attaque du 8 mai à Karachi contre un autocar transportant des Français, qui avait tué 14 personnes. La police a aussi affirmé que le mouvement sunnite interdit Lashkar-i-Jhangvi et le réseau el-Qaëda d’Oussama Ben Laden étaient impliqués dans l’attentat du 14 juin. Les groupes qui organisent ces attaques disposent d’importantes ressources humaines, selon des sources officielles. Ils peuvent s’adresser à plusieurs milliers de combattants du jihad qui s’entraînent au Pakistan pour intervenir au Cachemire – territoire à majorité musulmane en grande partie sous contrôle indien – et à des dizaines de milliers de militants qui ont fui l’Afghanistan, après l’intervention américaine qui a débuté en octobre. « Leur profession, c’était de s’entraîner et de combattre, mais le changement de la politique pakistanaise après le 11 septembre les a privés de leur patronage. Ils se sont retrouvés sans emploi et ont essayé de se réorganiser », dit un officier qui a requis l’anonymat. « Il y a une véritable armée qui s’entraîne à une seule chose : tuer », ajoute-t-il. Après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, Islamabad a « lâché » les talibans, encore au pouvoir en Afghanistan, et a soutenu la campagne américaine contre le réseau el-Qaëda, soupçonné par Washington d’avoir organisé ces attaques. Rendus furieux par ce changement de politique, environ six groupes islamistes, dont le Harkat-ul Mujahedin al-Alaami, ont commencé à planifier des attentats, dit un autre officier des services de renseignements. Depuis janvier, quatre attaques meurtrières antioccidentales (trois attentats et l’assassinat du journaliste américain Daniel Pearl) ont ainsi été perpétrées au Pakistan, faisant au total 32 morts. Selon un officier des services de renseignements, ces groupes islamistes s’appuient sur le Lashkar-i-Jhangvi (LJ), qui achète des véhicules, mène des opérations de reconnaissance et sélectionne des cibles. « Les hommes du LJ sont déjà sur le terrain, tandis que la plupart des combattants du jihad luttaient en Afghanistan ou ailleurs », dit cet officier. Selon la police, le Harkat-ul Mujahedin al-Alaami est une ramification du Harkat-ul Mujahedin, qui a opéré au Cachemire et disposait de camps d’entraînement en Afghanistan. Il aurait établi des liens notamment avec le Harkat Jihad Islami, qui était essentiellement actif en Afghanistan, avec le Jaish-i-Mohammad et avec el-Qaëda, selon des sources du renseignement. Le président pakistanais Pervez Musharraf a lui-même été la cible du Harkat-ul Mujahedin-al-Alaami lors d’une tentative d’assassinat le 28 avril à Karachi, selon la police. « La tentative contre Musharraf, si elle avait réussi, aurait plongé le pays dans un chaos total », estime l’officier des services de renseignements. « Tout d’un coup, tout a changé. Du statut de héros, ces combattants du jihad sont devenus des terroristes », explique-t-il.
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