Le vent de folie qui a soufflé sur le 116e tournoi de Wimbledon s’est apaisé au moment du dénouement, qui a vu la victoire de Serena Williams (n° 2) sur sa sœur Venus (n° 1) dans la finale du simple dames, 7-6 (7/4), 6-3, et celle de l’Australien Lleyton Hewitt (n° 1) sur l’inattendu Argentin David Nalbandian (n° 28), 6-1, 6-3, 6-2, dans celle du simple messieurs, ce week-end. Avant cela, pour la première fois dans l’histoire du tournoi, 5 des 8 premières têtes de série ont disparu avant le troisième tour. Au cours d’un mercredi noir, également marqué par l’élimination du Russe Marat Safin (n° 2), les Américains Pete Sampras (n° 6) et Andre Agassi (n° 3), gloires de la décennie écoulée, faisaient pour la première fois partie ensemble des têtes coupées aussi tôt. Sur les quatorze Américains engagés, il n’en restait plus un avant la fin de la première semaine. Alors que trois des huit Sud-Américains étaient encore présents en quarts de finale. Dont le très méritant Nalbandian, qui perdit une partie de ses moyens lors d’une finale faussée par la pluie. Une œuvre d’art À ce niveau, un match de tennis est une œuvre d’art qui a son propre rythme. Imagine-t-on un opéra interrompu deux fois parce que la pluie tombe du plafond, des bâches tendues un peu partout sur les sièges et les chanteurs renvoyés dans leur loge en attendant la reprise ? Sans compter que Nalbandian n’avait pas pu se familiariser avec le central lors des tours préliminaires, ce qui provoqua les protestations de l’Équatorien Nicolas Lapentti (n° 22), sa victime en quarts. Nalbandian élimina ensuite le Belge Xavier Malisse, affecté d’une crise de tachycardie en raison du stress. Si une demi-finale contre le 32e joueur mondial sur le court n° 1 le stressait à ce point, dans quel état aurait-il joué la finale contre Hewitt sur le central ? Reste qu’un Belge ne s’était pas aventuré aussi loin dans le tableau depuis... 1904 ! « L’herbe, c’est pour les vaches », aurait dit Guillermo Vilas, Argentin qui défraya la chronique avant Nalbandian en remportant quatre tournois du grand chelem en huit finales. Elle a pourtant fait le bonheur du Néerlandais Sjeng Schalken (n° 18), pour la première fois encore présent la deuxième semaine à l’occasion de son 29e tournoi du grand chelem. Elle a aussi mis du baume au cœur de deux anciens éclopés, le Néerlandais Richard Krajicek, si déprimé quatre semaines avant l’ouverture des hostilités qu’il ne voulait plus remettre les pieds dans un tournoi qu’il gagna en 1996, et l’Australien Mark Philippoussis. Le sort voulu que ces deux-là se rencontrent en huitième de finale. Ce qui fut bien dommage pour Philippoussis, car son genou gauche, dans lequel on injecte du cartilage synthétique tous les six mois, tenait bon. Hors de portée Dans les rangs féminins, c’est l’Américaine Monica Seles (n° 4) qui s’est alarmée des dégâts causés par un calendrier surchargé et un système de classement trop féroce. « Trop de grandes joueuses sont gravement blessées trop tôt dans leur carrière », a-t-elle affirmé. Qu’en sera-t-il des sœurs Williams, qui auraient tant progressé en s’entraînant ensemble qu’elles seraient désormais hors de portée des autres. Financièrement, en tout cas, l’entreprise familiale se porte bien, les deux sœurs, également gagnantes du double, ont ramassé 923 250 livres (1 443 000 euros) en deux semaines. Certains soutiennent qu’elles pourraient se détruire mutuellement à force de se rencontrer dans des finales. En attendant, Serena n’a perdu que quatre matchs au cours des douze derniers mois. À part ça, le Britannique Tim Henman a pour la quatrième fois échoué en demi-finale au cours de son combat pathétique et la Russe Anna Kournikova donne plus que jamais à penser qu’elle ne gagnera jamais un tournoi.
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