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Actualités - Opinion

Le combat d’une vie

par Alexandre NAJJAR Négib Taleb, qui vient de nous quitter, était sans doute l’un de nos derniers érudits. Cancérologue de renom, respecté de tous et en particulier du professeur Jean Bernard qui, très tôt, avait remarqué ses grandes qualités de cœur et d’esprit, le professeur Taleb a toujours allié à un sens profond de l’humain une très vaste culture qui fit de lui, dès ses débuts chez les jésuites, l’un des plus brillants éléments de sa génération. Que de souffrances allégées grâce à ses conseils éclairés, que de soins patients et attentifs prodigués à celles et ceux qui faisaient appel à lui pour mener un combat difficile, inégal, contre ce mal dont beaucoup n’osent même pas prononcer le nom : le cancer… Le professeur Taleb a permis à des milliers de Libanais de le combattre, de le surmonter, de le vaincre ou, à tout le moins, de ne pas partir sans avoir tenté de lui résister. Grâce à son savoir, celui qui, dès 1954, avec un groupe de jeunes médecins, créa la Société libanaise du cancer et organisa nombre de colloques et de congrès d’oncologie, a contribué à faire progresser la lutte contre le cancer et formé des cohortes de médecins prêts à se battre, comme lui, pour éradiquer ce fléau. Cruauté du sort : il a été emporté par le mal qu’il a combattu toute sa vie. Comme si, poussée dans ses derniers retranchements, la leucémie avait pris une revanche illusoire sur celui qui lui avait déclaré une guerre sans merci et remporté contre elle des victoires éclatantes. Aujourd’hui, en pensant au professeur Taleb, je songe aux médecins de mon pays : il faut qu’ils prennent sa vie pour exemple. Il faut qu’ils sachent que ce grand homme a tout donné pour lutter contre un mal que beaucoup croyaient incurable, contre un mal qu’il a pourtant réussi, avec d’éminents confrères libanais et étrangers, à faire reculer. Il faut qu’ils prennent pour modèle sa rigueur scientifique, son abnégation, sa ténacité, sa droiture et, par-dessus tout, sa culture phénoménale qui faisait de lui un humaniste dans la pleine acception du terme. En pensant à lui, je songe aussi à la fameuse phrase de Malraux, tirée des Conquérants : « J’ai appris qu’une vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut une vie. » Et je me dis que la vie ne vaut rien, Négib, puisque la mort t’a pris. Mais que rien ne vaut la vie parce que ton combat lui a donné un sens
par Alexandre NAJJAR Négib Taleb, qui vient de nous quitter, était sans doute l’un de nos derniers érudits. Cancérologue de renom, respecté de tous et en particulier du professeur Jean Bernard qui, très tôt, avait remarqué ses grandes qualités de cœur et d’esprit, le professeur Taleb a toujours allié à un sens profond de l’humain une très vaste culture qui fit de lui, dès ses débuts chez les jésuites, l’un des plus brillants éléments de sa génération. Que de souffrances allégées grâce à ses conseils éclairés, que de soins patients et attentifs prodigués à celles et ceux qui faisaient appel à lui pour mener un combat difficile, inégal, contre ce mal dont beaucoup n’osent même pas prononcer le nom : le cancer… Le professeur Taleb a permis à des milliers de Libanais de le combattre, de le...