Plusieurs victimes des islamistes ou des militaires algériens ont témoigné et raconté leurs drames hier lors du procès en diffamation à Paris de l’ancien sous-officier Habib Souaïdia, auteur d’un livre accusant l’armée algérienne d’avoir commis des massacres. Avant le témoignage-surprise hier de Hocine Aït Ahmed, chef du plus ancien parti algérien d’opposition, la salle a été bouleversée par le récit d’un homme de 32 ans, Abdelrahmane Mosbah. Cet ancien étudiant à l’Institut d’études islamiques d’Alger, qui jure n’avoir « jamais été dans un groupe terroriste », a pourtant été arrêté et torturé par l’armée en 1992, sans procès. En larmes, il raconte les 40 jours passés dans des locaux de la gendarmerie d’Alger, dans un bâtiment « face à l’état-major des forces armées » où il était quotidiennement forcé à garder au fond de la gorge un chiffon constamment imbibé d’eau. « C’est comme si on coulait. L’eau vous rentre de partout dans les narines, dans la gorge, dans les poumons. Jusqu’à l’évanouissement (...) J’aurais jamais cru que j’allais vivre, avoir un jour une femme, des enfants », a crié le jeune homme, incapable de ralentir le flot de paroles qui le submerge. Fils d’un haut responsable de la magistrature algérienne, Abdelrahmane Mosbah dit avoir eu « de la chance » : il a finalement été libéré. Le fils de Nassera Dutourt, lui, n’a pas eu cette chance. Porté disparu depuis le 3 janvier 1997, il a, selon sa mère, été arrêté et tué par l’armée. Elle raconte son calvaire pour le retrouver : les va-et-vient entre les différentes autorités, l’ironie de certains responsables – « Votre fils, il s’est volatilisé Madame », « Il a dû aller suivre des minettes à Oran » –, l’insupportable absence. Elle s’adresse au général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense et instigateur de ce procès : « Savez-vous ce que c’est de ne pas savoir où est votre fils ? Rendez-nous nos enfants, c’est tout ce qu’on demande ! ». Hocine Aït Ahmed, 76 ans, chef du plus ancien parti algérien d’opposition, le Front des forces socialistes (FFS), a pour sa part reproché à Khaled Nezzar d’avoir effectué « un coup d’État » en interrompant le processus électoral algérien en 1992. « Monsieur Khaled Nezzar, vous avez fait le coup d’État ! La façon dont tout ça c’est déroulé c’était un vrai coup d’État. Et c’était une catastrophe », a dit le chef du FFS. M. Nezzar, ancien homme fort du régime algérien lors de l’interruption du processus électoral en 1992, a intenté un procès en diffamation à Habib Souaïdia, sous-officier de l’armée algérienne qui dans son ouvrage, La sale guerre, soutient la thèse selon laquelle l’armée algérienne a perpétré des massacres dans la guerre civile qui secoue le pays depuis la dernière décennie. Aux témoins cités par la défense de Habib Souaïdia, ont fait écho ceux venus parler pour le général Nezzar et qui ont raconté l’incroyable violence des islamistes. Haj Haci Atikan, née en 1981, a raconté mercredi comment son père a été « égorgé en plein jour » sur la place de son village par les membres d’un groupe armé, qui ensuite sont venus l’enlever avec sa sœur pour la conduire dans un maquis. « Ils nous ont emmenées dans la forêt et ils nous ont violées. Ensuite ils nous ont pris à leur service : on faisait le ménage, on faisait à manger », raconte la jeune femme, les yeux pleins de larmes. Parvenant finalement à prendre la fuite, les deux sœurs ont été prises en charge par des militaires. « C’est grâce aux militaires que nous avons été sauvées. Les autres, ils nous ont gâché notre vie », dit-elle.
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