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Mondial 2002 Allemagne-Brésil : la finale de toutes les finales(photos)

Trois titres mondiaux contre quatre, les héritiers de Beckenbauer contre ceux de Pelé, la discipline contre l’inspiration : c’est tout un pan de l’histoire du football qui tient dans l’affiche Allemagne-Brésil, finale du Mondial 2002, demain à Yokohama (14h heure de Beyrouth). Pour sa dix-septième édition, la première du XXIe siècle, la Coupe du monde s’est offert en clôture un affrontement de titans, entre les deux équipes les plus titrées du siècle précédent, et alternativement présentes à 12 des 13 finales depuis 1950. Pourtant, ultime pirouette d’un Mondial qui n’en a pas manqué, la Seleçao et la Mannschaft ne s’étaient jamais rencontrées en phase finale, malgré respectivement seize et quatorze participations jusqu’alors et six finales chacune. Le poids de la tradition est donc énorme, et les sélectionneurs eux-mêmes n’hésitent pas à recourir à des arguments déjà mille fois entendus. « L’Allemagne est une sélection froide et calculatrice, et nous avons pour elle un très grand respect », estime ainsi le Brésilien Luiz Felipe Scolari, tandis que pour son homologue Rudi Voeller, « le Brésil, en ce qui concerne les qualités individuelles, a des joueurs de renommée mondiale. » En juge de paix, le défenseur Lucio, qui évolue en club au Bayer Leverkusen, est le mieux placé pour commenter le jeu allemand : « Ce sont des joueurs rapides, difficiles à marquer, et c’est pour ça qu’il faut faire très attention. » Un retour, une absence Sur le plan individuel, cette finale est marquée par un retour côté brésilien et une absence côté allemand. Le milieu offensif auriverde Ronaldinho revient en effet de suspension, après son exclusion contre l’Angleterre en quarts. De son côté, le milieu allemand Michael Ballack est suspendu pour une faute de trop contre la Corée du Sud. « Ballack est un grand joueur », admet ainsi Scolari, qui ne pense pas pour autant que son absence sera forcément un avantage pour le Brésil : « Parfois, les remplaçants font des entrées remarquées. Par exemple, nous avons perdu Emerson avant le Mondial, mais Gilberto Silva a été l’auteur d’une très belle compétition. » Enjeu supplémentaire pour les Auriverde, outre la perspective de décrocher une cinquième couronne mondiale : oublier la calamiteuse finale de 1998. « Ce match a été le plus important de nos vies, mais maintenant nous voulons sortir vainqueurs », affirme l’attaquant Ronaldo, victime d’un malaise avant le match contre la France de 1998, et qui peut décrocher à l’issue de la finale le titre de meilleur buteur du tournoi (6 buts jusqu’alors). Kahn-Ronaldo Il y aura également un match dans le match, entre la meilleure attaque du tournoi (16 buts en 6 matches et autant de victoires) et la meilleure défense (1 but encaissé). Bref, Allemagne-Brésil, c’est aussi Oliver Kahn contre Ronaldo. Ces deux équipes au style totalement différent ont toutefois un point commun : malgré leur palmarès, elles ont peiné jusqu’au bout pour décrocher un billet pour l’Asie. L’Allemagne, humiliée 5-1 chez elle par l’Angleterre en septembre 2001, a dû passer par des barrages contre l’Ukraine, tandis que le Brésil, notamment battu par l’Équateur en éliminatoires Amsud (0-1), n’a obtenu sa qualification que lors de la dernière journée contre le Venezuela. De quoi expliquer le profil bas adopté des deux côtés. « Au début, on ne pouvait même pas s’attendre à être qualifiés pour les huitièmes de finale », affirme ainsi le sélectionneur allemand Rudi Voeller, tandis que Scolari répond en écho : « J’ai dit à mes joueurs que, à mes yeux, ils étaient déjà champions, pour toutes les difficultés qu’ils ont surmontées afin d’arriver à cette finale. » La satisfaction est déjà là. Ne manque maintenant qu’un surplus de gloire. Au rendez-vous des habitués L’Allemagne et le Brésil, qui s’affrontent demain à Yokohama en finale du Mondial, ont alternativement participé à 12 des 13 finales qui ont eu lieu depuis 1950, alors que curieusement, ils ne se sont jamais rencontrés en phase finale. Les Auriverde ont pris part aux finales de 1950 au Brésil (défaite face à l’Uruguay 2-1), 1958 en Suède (victoire face au pays organisateur 5-2), 1962 au Chili (victoire face à la Tchécoslovaquie 3-1), 1970 au Mexique (victoire face à l’Italie 4-1), 1994 aux États-Unis (victoire face à l’Italie, 0-0 après prolongation, 3-2 t.a.b.) et 1998 en France (défaite face au pays organisateur 3-0). Les Allemands, quant à eux, ont disputé celles de 1954 en Suisse (victoire de la RFA face à la Hongrie 3-2), 1966 en Angleterre (défaite face à l’Angleterre 4-2 a.p.), 1974 chez eux (victoire face aux Pays-Bas 2-1), 1982 en Espagne (défaite face à l’Italie 3-1), 1986 au Mexique (défaite face à l’Argentine 3-2) et 1990 en Italie (victoire face à l’Argentine 1-0). Depuis 1950, seule la finale de 1978 en Argentine (Argentine bat Pays-Bas 3-1 a.p.) ne comprenait ni l’Allemagne ni le Brésil. Oliver Kahn, l’homme mûr Mâchoires, épaules et propos carrés, Oliver Kahn n’a pas du mur que la carrure, chez lui le huis clos est une seconde nature : on ne passe pas, entrée interdite dans les buts de la Mannschaft dont il est le gardien, le capitaine qui entend embrasser dimanche la Coupe du monde de football. Si l’Allemagne a déjoué tous les pronostics pour être au rendez-vous de Yokohama, près de Tokyo, face au Brésil, « Olli », la grande muraille, y est pour beaucoup. Gardien suppléant de Bodo Illgner lors de l’édition 1994 puis de Andreas Koepke quatre ans plus tard, il veut profiter d’avoir, enfin, quitté le banc pour réaliser un coup de maître et ramener au pays la quatrième couronne mondiale de son histoire. « Mon petit doigt me dit que nous allons devenir champions du monde », a-t-il prophétisé quelques jours après avoir fêté, le 15 juin, jour du huitième de finale contre le Paraguay, ses 33 ans. Critiqué comme toute l’équipe lors de la débâcle de l’Euro 2000, où la Mannschaft avait été éliminée au premier tour, il relativise aujourd’hui les superlatifs. « Incroyable », s’est exclamé le chancelier Gerhard Schröder. « Fantastique », a concédé l’avare (en compliments) Franz Beckenbauer. « King Kahn », a titré la presse allemande. Même pas peur Il est le seul gardien de but à figurer parmi les dix joueurs présélectionnés par la Fédération internationale (Fifa) pour le Ballon d’or qui récompensera le meilleur joueur du Mondial 2002. Depuis la création en 1982 de ce trophée décerné à l’issue de chaque phase finale, jamais un gardien ne l’a emporté. Quand on vante son hermétisme – un seul but encaissé en six matches – il rappelle, comme l’acteur recevant l’Oscar, que le mérite en revient « à toute l’équipe ». Le secret de sa réussite : « C’est le résultat d’un travail acharné, depuis de nombreuses années, de l’expérience acquise, de ma capacité à me concentrer. Et d’un brin de chance. » Le « trident magique » des trois « R » brésiliens, Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho, ne lui fait même pas peur. « J’ai joué contre les meilleurs buteurs. Qu’ils me battent d’abord, qu’ils montrent ce dont ils sont capables. » Ce genre de réparties, prises hors contexte psychologique d’avant-match, lui ont valu une réputation d’arrogance. Grande gueule, traduisent certains. Ses échanges d’amabilités, par presse interposée, avec un autre poète des surfaces de réparation, son collègue paraguayen Jose Luis Chilavert, ont fait le bonheur des gazettes. Le Guarani, tireur patenté de coups francs, rêvait de lui marquer un but. Le grand blond lui a rétorqué qu’il devrait surtout se préoccuper de ne pas en encaisser. Quoique. Lui-même avoue qu’il goûterait bien à la poussée d’adrénaline du buteur. « On rêve certes de marquer le but décisif. Je veux rester à ma place et me concentrer sur ma tâche, mais cela ne veut pas dire que je ne pourrais et n’irais pas tirer un penalty. » Relique Avec sa tignasse d’un blond vénitien frisant parfois l’hirsute, ses rouflaquettes, sa dentition carnassière et un regard contraint d’être perçant entre arcade proéminente et pommette saillante, l’homme, 1,88 m pour 90 kg, s’est bâti brique à brique en quinze ans de carrière. Débuts en championnat d’Allemagne au SC Karlsruhe en 1987, à l’âge de 18 ans. Transfert sept ans plus tard au Bayern Munich, pour 2,5 millions d’euros, record d’Allemagne pour un gardien. Le palmarès peut alors croître et embellir : quatre titres de champion d’Allemagne, deux Coupes nationales, une de l’UEFA et la Ligue des champions. Avec la Mannschaft, l’aventure commence le 23 juin 1995 par un succès 2-1 face à la Suisse à Berne. Le 30 juin, Olli revêtira en finale du Mondial son 52e maillot d’international. Dont il espère faire une relique. Marié à Simone et père d’une Katherina-Maria de trois ans, il veille jalousement à préserver son intimité familiale. « Tant qu’il sera là, personne ne pourra le concurrencer », a affirmé Sepp Maier, légendaire gardien de but de la Mannschaft dont il entraîne aujourd’hui les gardiens. Une retraite qui, pour le malheur de ses doublures, pourrait ne pas sonner avant le Mondial 2006 organisé en Allemagne. Après, il sera temps pour l’homme devenu mûr de se consacrer à ses affaires, à ses bonnes actions (en Bourse) et au golf qu’il pratique déjà avec talent. Meilleur buteur : franchir la barre des 6 Le meilleur buteur du Mondial 2002 de football n’a aucune chance, sauf invraisemblable exploit, de battre ni même approcher le record de 13 buts marqués lors du tournoi 1958 en Suède par le Français Just Fontaine, mais un défi est à sa portée : inscrire plus de 6 buts pour la première fois depuis 28 ans. En 1974, au Mondial organisé en Allemagne encore de l’Ouest, le Polona Grzegorz Lato avait inscrit à la 76e minute du match de classement pour la 3e place face au Brésil le but unique et victorieux de la rencontre, le 7e pour son compte personnel d’un tournoi dont il était couronné meilleur buteur. Depuis, en six Coupes du monde, les lauréats de ce trophée ont tous atteint, mais jamais dépassé la barre des 6 buts. L’Argentin Mario Kempes en 1978, l’Italien Paolo Rossi en 1982, l’Anglais Gary Lineker en 1986, l’Italien Salvatore « Toto » Schillaci en 1990, le Russe Oleg Salenko et le Bulgare Hristo Stoïchkov en 1994 ainsi que le Croate Davor Suker en 1998 ont tous bloqué leur compteur sur ce chiffre devenu fatidique. Au Mondial 2002, le Brésilien Ronaldo est, avant la finale qui opposera demain la Seleçao à l’Allemagne, en tête du classement avec... 6 buts. Il est talonné par son compatriote Rivaldo et l’Allemand Miroslav Klose, cinq buts chacun. Ronaldo mais également ses deux poursuivants ont la possibilité demain, d’en finir avec la malédiction du 6. À la condition pour les deux Brésiliens d’en terminer aussi avec une autre statistique, plus que trentenaire celle-ci : le dernier but marqué en finale de Coupe du monde par un joueur de la Seleçao est l’œuvre de Carlos Alberto à la 87e minute du match victorieux (4-1) contre l’Italie en 1970. Les Brésiliens ont joué deux finales depuis, mais sans marquer le moindre but. En 1994, ils l’ont emporté aux tirs au but (3-2) sur l’Italie après un match nul 0-0. En 1998, ils ont été battus 3-0 par la France. Un seul but de Ronaldo clorait demain ces deux chapitres. La gazette Amour. L’arbitre de la finale du Mondial, l’Italien Pierluigi Collina, a commencé sa conférence de presse hier par une pensée tendre pour sa famille : « Je saisis l’occasion pour envoyer toutes mes pensées à ceux que j’aime, ma femme et mes deux filles, Francesca Romana et Carolina ». Puis il a regardé intensément l’assemblée des journalistes, en attendant les questions. Chapelle. Les Brésiliens, dont l’équipe compte de fervents catholiques, pourront accomplir leur devoir de chrétiens et assister à la messe demain avant la finale du Mondial sans se déplacer trop loin. Dans leur luxueux hôtel de Yokohama est installée une petite chapelle, où trône une grande croix argentée. Exquises. L’arrivée de l’équipe allemande hier matin à l’aéroport de Haneda, près de Tokyo, a provoqué une mini-manifestation très disciplinée d’une quarantaine de jeunes supportrices japonaises, vêtues du maillot de la Mannschaft et drapeau tricolore allemand à la main. Très disciplinées car, malgré leurs petits cris, elles n’ont à aucun moment franchi la ligne qui délimitait le chemin des passagers sortant et, lorsqu’elles sont montées sur les sièges de l’aéroport pour un dernier regard au bus de l’équipe qui partait pour l’hôtel, elles ont, toutes, enlevé leurs chaussures. Biblique. La finale du Mondial 2002, prévue demain à Yokohama, aura des allures de prédiction biblique, car « les derniers seront les premiers », écrit le quotidien privé dakarois Sud quotidien. Le Brésil et l’Allemagne, qui vont s’affronter pour la Coupe du monde, « sont aujourd’hui les premiers à monter sur le podium » alors qu’ils « ont été les derniers à obtenir leurs billets pour l’Asie », relève le journal, rappelant que c’est « dans des conditions difficiles que ces ténors habitués des phases finales ont arraché leurs qualifications ». Photo. Il y a parfois des situations cocasses sur un terrain de football, après le coup de sifflet final. Pierluigi Collina, l’arbitre italien du dernier match du Mondial, raconte que lors des Jeux olympiques de 96, il arbitrait un match de foot féminin avec la Chine qui se jouait à Miami. À la fin de la partie, une joueuse chinoise est venue lui demander s’il accepterait de poser pour une photo avec elle. Il a accepté. Du coup, toute l’équipe a voulu la même chose.
Trois titres mondiaux contre quatre, les héritiers de Beckenbauer contre ceux de Pelé, la discipline contre l’inspiration : c’est tout un pan de l’histoire du football qui tient dans l’affiche Allemagne-Brésil, finale du Mondial 2002, demain à Yokohama (14h heure de Beyrouth). Pour sa dix-septième édition, la première du XXIe siècle, la Coupe du monde s’est offert en clôture un affrontement de titans, entre les deux équipes les plus titrées du siècle précédent, et alternativement présentes à 12 des 13 finales depuis 1950. Pourtant, ultime pirouette d’un Mondial qui n’en a pas manqué, la Seleçao et la Mannschaft ne s’étaient jamais rencontrées en phase finale, malgré respectivement seize et quatorze participations jusqu’alors et six finales chacune. Le poids de la tradition est donc énorme, et les...