L’armée du président élu de Madagascar Marc Ravalomanana a ralenti jeudi sa progression en direction d’Antsiranana, l’un des deux derniers bastions du président sortant Didier Ratsiraka, en raison d’une contre-attaque et de la menace qui pèse sur des « otages » aux mains du camp adverse. Dans le même temps, les États-Unis ont confirmé concrètement leur reconnaissance officielle, annoncée la veille, du gouvernement de M. Ravalomanana : le secrétaire d’État américain Colin Powell a débloqué les avoirs extérieurs de l’État malgache gelés aux États-Unis depuis le début de la crise, en février. Washington est ainsi devenue la première capitale des grands bailleurs de fonds internationaux à reconnaître la légalité de M. Ravalomanana. Plusieurs autres ont fait savoir par leurs diplomates qu’ils allaient « bientôt » emboîter le pas aux États-Unis. Les grands bailleurs de fonds de Madagascar, pays ou organisations, avaient tous envoyé leurs ambassadeurs à la célébration de l’indépendance malgache présidée par M. Ravalomanana à Antananarivo, à l’exception remarquée du plus important d’entre eux, la France, ancienne puissance coloniale du pays. Le Quai d’Orsay a fait savoir que la France s’alignait sur la position de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui refuse pour l’heure de choisir entre MM. Ravalomanana et Ratsiraka. Paris avait toutefois implicitement reconnu que le principal responsable de la crise était M. Ratsiraka en réclamant récemment l’arrêt immédiat des violences contre les civils, du sabotage des infrastructures et du recours à des mercenaires. Trois allusions claires aux exactions perpétrées par le camp Ratsiraka, selon les diplomates occidentaux unanimes. Le camp de M. Ratsiraka est désormais acculé dans ses deux bastions, les grands ports de Toamasina, sur la côte est, et d’Antsiranana, dans l’extrême nord du pays. L’avance de l’armée de M. Ravalomanana vers Antsiranana a stagné jeudi. Le gros de ses troupes est depuis plusieurs jours à Ambilobe, à 135 km au sud de l’objectif, mais des éléments précurseurs avaient pu s’en approcher mercredi à quelques dizaines de kilomètres, selon son état-major et des témoins. Une tentative de contre-attaque a été repoussée dans la nuit de mercredi à jeudi à quelques kilomètres au nord d’Ambilobe, laissant un mort dans les rangs pro-Ravalomanana et deux chez les militaires et miliciens ratsirakistes, selon les généraux du président élu. L’état-major de M. Ravalomanana explique aussi qu’il temporise en raison de la menace qui pèse sur 71 jeunes civils. Accusés par les militaires de M. Ratsiraka d’être des « mercenaires », ils ont été enchaînés lundi sept heures durant aux grilles du gouvernorat d’Antsiranana, exhibés aux médias locaux, avant d’être emprisonnés dans un camp militaire. Ces jeunes gens, dont deux femmes, portaient tous des vêtements civils, ils étaient très maigres, et tous du même groupe ethnique que M. Ravalomanana, ont confirmé de nombreux témoins. « Ils en ont fait des boucliers humains, des otages, et nous tentons de négocier pour qu’il ne leur arrive rien, nous ne pouvons pas foncer comme cela », a expliqué un officier supérieur de M. Ravalomanana. « Un général a adressé une lettre au gouverneur d’Antsiranana pour qu’il ne touche pas à ces innocents », a-t-il ajouté. « J’ai reçu une lettre demandant aux militaires de rentrer dans les casernes, de dissoudre le gouvernorat et de me rendre », a déclaré le gouverneur ratsirakiste, Jean-Robert Gara. « Pas question, si je me rends, ils me tueront », a-t-il ajouté.
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