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Mondial L’Angleterre « out », Brésil et Allemagne passent(photos)

Nations les plus titrées du football international, le Brésil et l’Allemagne – sept Coupes du monde à eux deux – se sont ouvert la voie hier vers une augmentation de leur capital en se qualifiant pour les demi-finales du Mondial 2002. Le Brésil peut lorgner vers sa « penta », un cinquième trophée, après s’être débarrassé (2-1) à Shizuoka d’une Angleterre impuissante à profiter d’une supériorité numérique acquise à l’heure du jeu. Michael Owen avait tiré le premier mais, rattrapés juste avant la pause, les Britanniques cédaient encore cinq minutes après la reprise. Privée à la 57e minute de l’excellent Ronaldinho, exclu pour jeu dangereux, la Seleçao s’attachait alors à monopoliser le ballon sous le regard d’Anglais envoûtés par cette passe à dix. En demi-finale le 26 juin, le Brésil rencontrera le vainqueur du match entre le Sénégal et la Turquie, deux néophytes que seul un péché d’arrogance pourrait l’empêcher de dominer. Sénégalais et Turcs, qui ont d’ores et déjà réussi leur Mondial, sont opposés aujourd’hui à Osaka. À Ulsan (Corée du Sud), l’Allemagne s’attendait à un match physique face aux États-Unis. Elle avait raison. Bousculée, prise de vitesse en début de match, elle a su résister avant de desserrer l’étreinte et compter sur un Oliver Kahn de gala pour préserver le résultat (1-0). Les Américains craignaient la supériorité allemande sur les centres dans la surface. Ils n’avaient pas tort. C’est de la tête que Michael Ballack a fait la différence. La bande à Voeller a rendez-vous en demi-finale le 25 juin avec l’Espagne ou la Corée du Sud qui s’affrontent aujourd’hui à Gwangju (Corée du Sud). Le pays coorganisateur a éliminé l’Italie au tour précédent et, euphorie nationaliste oblige, le peuple tout entier lui réclame maintenant la tête de l’Ibère. Une glorieuse Seleçao face aux « Beckham Boys » Le Brésil s’est qualifié hier pour les demi-finales du Mondial 2002 de football, qui l’opposeront mercredi au vainqueur de Sénégal-Turquie, en battant l’Angleterre 2-1 dans un match intense, bien qu’il ait joué à dix après l’exclusion de Ronaldinho. Le jeune milieu offensif du Paris Saint-Germain, exclu à la 57e pour une semelle a priori non intentionnelle sur le défenseur anglais Danny Mills, a pourtant été le principal artisan de la victoire de la Seleçao. Celle-ci est désormais favorite pour succéder à la France, quatre ans après sa défaite face aux Bleus en finale du Mondial 98 (3-0). Car, à chaque fois que le Brésil a gagné contre l’Angleterre en Coupe du monde, en 1962 et en 1970, la Seleçao est devenue championne du monde par la suite. La meilleure attaque (Brésil) l’a donc emporté contre la meilleure défense (Angleterre) au cours d’un match crispé. Les Anglais avaient pourtant bénéficié de deux jours de repos supplémentaires depuis leur huitième de finale, mais ils sont tombés sur un Brésil plus défensif que prévu. Luiz Felipe Scolari avait en effet décidé de titulariser le milieu récupérateur Kleberson en lieu et place de Juninho. La jeune sélection anglaise, qui voyait dans ce Mondial un galop d’essai avant la « vraie » échéance de 2006 en Allemagne, avait pourtant bien débuté sa rencontre tactiquement. Le sélectionneur suédois Sven Goran Eriksson avait installé une équipe difficile à bouger, solide en charnière centrale comme sur les couloirs et efficace en contre avec David Beckham à la baguette, deux mois après sa fracture du pied. Mais le Brésil a eu le mérite, même réduit à dix et parfois pressuré par l’adversaire, de ne pas oublier ce qui traditionnellement fait son jeu, et ne s’est pas contenté de se replier pour défendre son avantage. Pour une fois en maillots bleus, les Brésiliens ont allumé la première mèche par Roberto Carlos sur un coup franc lointain finalement détourné en corner (14e), mais les deux équipes avaient apparemment prévu de faire un début de match très prudent. Le match s’est débloqué sur une grossière erreur de Lucio, le défenseur du Bayer Leverkusen, qui a loupé son contrôle et offert un face-à-face décisif à Owen, lequel n’a pas manqué l’occasion de tromper Marcos d’une petite balle piquée (23e). Ronaldinho passeur, buteur, exclu Mais le Brésil a égalisé juste avant le repos sur un exploit individuel de Ronaldinho dont le magnifique passement de jambes a mis Ashley Cole dans le vent, le joueur du PSG décalant ensuite Rivaldo qui a bien ouvert son pied gauche pour battre Seaman (45e). Ronaldinho n’a pas faibli au retour des vestiaires puisqu’il a rapidement inscrit un coup franc improbable des 35 mètres, son tir en cloche venant terminer sa course dans la lucarne de Seaman qui n’avait rien vu venir (50e). Ronaldinho a ainsi inscrit son deuxième but du Mondial, après le penalty contre la Chine au premier tour (4-0). Puis l’arbitre mexicain Felipe Ramos Rizo a été à l’origine d’un nouveau coup de théâtre : pour une légère semelle de Ronaldinho sur Danny Mills, l’homme en noir a sorti directement le carton rouge pour le Brésilien du PSG, ravivant les espoirs anglais pour la dernière demi-heure (57e). « Nous nous sommes parfois entraînés à 10. Les gens me demandaient pourquoi, mais maintenant vous savez » a déclaré Scolari. Seaman pleure Ronaldo sorti et remplacé par Edilson (70e), l’Angleterre a ensuite renouvelé son attaque en faisant rentrer Darius Vassell et Teddy Sheringham (80e), mais en vain. Incapables de se créer la moindre occasion malgré leur supériorité numérique, les équipiers de David Beckham se sont rués à l’attaque dans les dernières minutes. « On a poussé, poussé. Je ne pense pas que l’on ait eu un seul tir cadré à 11 contre 10. Les gars ont tout essayé », a constaté Eriksson. Mais la défense des quadruples champions du monde, peu sollicitée durant la rencontre, a finalement résisté aux faibles assauts anglais. « Félicitations au Brésil, a déclaré l’entraîneur anglais après la rencontre. Ils ont une très bonne équipe et jouent un très bon football ». « J’espérais que nous aurions pu jouer un petit mieux à 11 contre 10, mais il était déjà trop tard et nous étions fatigués. Mais il n’y a pas de regrets à avoir. Les Brésiliens ont été meilleurs que nous dans la conservation du ballon. Je pense que c’est ce qui a fait la différence », a conclu Sven-Goran Eriksson. Plusieurs images marqueront la fin de cette partie. Celle des tribunes anglaises, à l’enthousiasme dévorant tout au long du Mondial, se vidant peu à peu aux cris de « England, England ». Et celle, plus triste, de David Seaman (39 ans en septembre) en larmes après ce qui était sans doute le dernier match de Coupe du monde de sa vie. Déclarations Ronaldo : « Je crois que le Brésil s’est imposé parce qu’il a désarticulé le jeu anglais au milieu du terrain. Ils ont une grande équipe mais dans la dernière demi-heure, nous avons eu des espaces pour diriger le jeu. Nous devons maintenant nous reposer. Nous ne savons pas encore quel sera notre adversaire en demi-finale et pour cette raison, nous ne pouvons penser déjà à la finale. J’ai ressenti une douleur musculaire que j’attribue à la fatigue. La défense anglaise a très bien joué, laissant peu d’espaces. C’était très difficile de se trouver avec Ronaldinho et Rivaldo. J’ai essayé de reculer pour aller chercher des ballons. » Rivaldo : « Nous avons su passer outre toutes les difficultés qui se sont présentées à nous. Nous avons été capables de remonter un but de retard devant une très bonne équipe. Nous avons pratiquement joué toute la seconde période avec un homme en moins et pourtant, nous avons gagné. Cela ne nous donne que davantage de confiance pour la suite. (Sur le fait de rejoindre son coéquipier Ronaldo en tête du classement des buteurs avec l’Allemand Miroslav Klose). Dans le fond, cela ne m’intéresse pas. C’est super de marquer, mais je ne pense pas à ça. Car nous visons tous la même chose, gagner et être champions du monde. Chaque victoire est importante, mais elle l’est davantage contre un adversaire du niveau de l’Angleterre, de surcroît pour une place en demi-finale de Coupe du monde. Nous devons rester concentrés jusqu’à la finale. Nous devons prouver sur le terrain que nous sommes bien les favoris. » Trois R pour une victoire Un Ronaldo peu en vue, un Ronaldinho étincelant avant son exclusion et un Rivaldo bien présent : les trois R du Brésil ont vécu chacun à leur manière la victoire hier face à l’Angleterre. Ronaldinho, s’il n’avait pas été exclu un peu sévèrement à la 57e minute pour une intervention à contretemps sur la cheville de Danny Mills, aurait sans doute été élu homme du match. Les deux buts « auriverde », malgré le maillot bleu des Brésiliens pour l’occasion, viennent de lui et sont des modèles, chacun dans son genre. Sur le premier, il s’enfonce dans la défense anglaise, jusqu’alors solide, et l’embarque par une série de passements de jambes, geste pour lequel il est doué mais qu’il n’utilise pas toujours à bon escient comme il l’a montré dans le championnat de France au Paris-SG, avant de passer à Rivaldo. Le deuxième est un coup franc lobé d’école, ce qui confirme une nouvelle fois son talent sur coups de pied arrêtés, qui lui a permis cette saison d’inscrire la majorité de ses 9 buts avec le PSG. Sa prestation avant l’exclusion a ainsi renforcé les choix du sélectionneur Luiz Felipe Scolari pour sa liste des 23, où l’attaquant Romario ne figurait pas, au grand dam de l’opinion brésilienne. Au passage, Scolari a apporté un cinglant démenti à ceux qui lui reprochaient sa tactique trop défensive, puisque, même à dix, le Brésil ne s’est jamais replié dans sa zone. « Ronaldinho ne méritait pas d’être exclu, s’est désolé le sélectionneur. Il y avait une faute sur lui juste avant, et sa propre faute n’était vraiment pas intentionnelle. » L’Angleterre sans rougir Il n’empêche, Ronaldinho sera suspendu pour la demi-finale de mercredi, face au Sénégal ou à la Turquie, pour laquelle le Brésil est, quoi qu’il arrive, favori. De même qu’il l’est désormais dans sa quête d’une cinquième couronne mondiale. Rivaldo, pour sa part, a une nouvelle fois été solide, comme l’atteste sa conclusion impeccable sur le premier but, même s’il a eu du mal à peser sur son couloir gauche, surtout en début de rencontre. Son but lui a permis d’être désigné homme du match, et il a rejoint provisoirement l’Allemand Miroslav Klose et Ronaldo en tête du classement des buteurs (avec 5 réalisations). Enfin, Ronaldo, contrairement à Rivaldo, a échoué dans sa tentative de marquer pour son cinquième match d’affilée et ne s’est que peu montré dans la partie. « Il y avait peu d’espaces dans la défense anglaise, et c’était difficile de jouer en triangle avec Rivaldo et Ronaldinho », a déclaré Ronaldo, remplacé à la 70e par le remuant Edilson en raison, selon lui, d’une douleur musculaire. De son côté, l’Angleterre n’a pas à rougir de son Mondial. Elle a disputé son premier quart de finale depuis 1990, alors qu’elle avait abordé cette Coupe du monde comme un galop d’essai avant l’Euro 2004 (au Portugal) puis le Mondial 2006 (en Allemagne). Et la défaite face au Brésil est sa première – et dernière – de la compétition, lors de laquelle elle a notamment battu au premier tour le « rival honni », l’Argentine (1-0). Beckham, l’ex-bouc émissaire, défend Seaman Le capitaine de l’Angleterre David Beckham a défendu le gardien David Seaman, lobé sur le but de la victoire du Brésil en quarts de finale du Mondial, alors que lui-même avait été tenu pour responsable par ses compatriotes de l’élimination au Mondial 98. « Ce serait une honte absolue de faire de David Seaman un bouc émissaire, car il a été le meilleur gardien du Mondial », a affirmé Beckham. « Ce but n’était pas de sa faute, c’était un but chanceux. C’était une transversale qui a fini dans les filets », a poursuivi Beckham. Pour sa part, Seaman, les larmes aux yeux, a déclaré : « C’est très dur, mais c’est le métier de gardien qui veut ça. Je suis vraiment désolé pour les gens que j’ai déçus aujourd’hui. » Enfin, l’attaquant Teddy Sheringham a affirmé : « David est très ennuyé, mais ce n’est pas sa faute, ça arrive. Pour moi, c’est toujours le meilleur au monde ». Un soutien également exprimé par les deux autres gardiens, David James et Nigel Martyn. À la fin du match, Seaman, qui aura 39 ans en septembre, s’était effondré en larmes. Alors que les deux équipes étaient à égalité, le but de Ronaldinho sur coup franc a permis aux Brésiliens de prendre l’avantage à la 50e minute. Ronaldinho, sur un coup franc de 30 mètres, a lobé Seaman, trop avancé, trouvant la lucarne, alors que les joueurs étaient massés dans la surface pour récupérer de la tête la balle du jeune attaquant. Ronaldinho, de son côté, a expliqué : « Cafu m’avait dit que Seaman était avancé, et j’espérais trouver la tête de quelqu’un. C’est allé un peu plus loin, mais je voulais de toute façon surprendre Seaman. Il a reculé, mais un peu trop tard. » Beckham est bien placé pour connaître l’impression qu’on ressent quand on est considéré comme un bouc émissaire par tout un pays. Au Mondial 98, il avait été exclu en huitièmes de finale contre l’Argentine pour un geste d’énervement envers Diego Simeone et avait été tenu pour responsable par de nombreux Anglais de l’élimination qui s’en était suivie. Le joueur de Manchester United était fréquemment hué loin d’Old Trafford et accueilli avant les matchs par des banderoles insultantes, du style « Nous espérons que tes enfants auront le cancer ».
Nations les plus titrées du football international, le Brésil et l’Allemagne – sept Coupes du monde à eux deux – se sont ouvert la voie hier vers une augmentation de leur capital en se qualifiant pour les demi-finales du Mondial 2002. Le Brésil peut lorgner vers sa « penta », un cinquième trophée, après s’être débarrassé (2-1) à Shizuoka d’une Angleterre impuissante à profiter d’une supériorité numérique acquise à l’heure du jeu. Michael Owen avait tiré le premier mais, rattrapés juste avant la pause, les Britanniques cédaient encore cinq minutes après la reprise. Privée à la 57e minute de l’excellent Ronaldinho, exclu pour jeu dangereux, la Seleçao s’attachait alors à monopoliser le ballon sous le regard d’Anglais envoûtés par cette passe à dix. En demi-finale le 26 juin, le Brésil...