La blessure à l’adducteur droit de la star espagnole Raul Gonzalez le rend très incertain pour la rencontre de l’Espagne contre la Corée du Sud en quart de finale du Mondial 2002 de football, demain à Gwangju, et fait trembler toute l’Espagne. « Raul est là? », « Pas de Raul? » : c’était la question du jour à Ulsan sur le lieu de concentration de l’équipe espagnole à un jour du match face à la Corée. Et la réponse comme la veille et l’avant-veille a été : « Non ». Comme l’absence de Zinédine Zidane lors des deux premiers matchs de la France alimentait d’interminables débats sur le jeu de l’équipe de France, l’incertitude autour de la présence de Raul est la principale source d’inquiétude de la presse espagnole et des supporteurs espagnols. « S’il ne joue pas, un autre jouera », affirme José Antonio Camacho. Et le sélectionneur de poursuivre de manière tout aussi déconcertante : « Raul est un joueur important quand il joue. Mais quand il ne joue pas, il n’est pas important. S’il n’est pas là, il ne sera pas là ». « Le temps est venu pour que Raul soit celui qui tire le char », affirmait pourtant Camacho avant le Mondial, estimant qu’après ses années d’apprentissage, Raul, 24 ans seulement, devait désormais se conduire en patron. « Sa présence est importante » L’apport de Raul est, il est vrai, incontestable : en 55 sélections, il a perdu seulement dix rencontres (35 victoires, 10 nuls). Auteur de 28 buts (2e meilleur buteur derrière Hierro, 29), Raul était et est la pièce centrale du jeu espagnol et le système mis en place par Camacho, même s’il s’en défend, cherche à laisser au joueur une liberté de mouvement totale pour pouvoir profiter au maximum de ses éclairs de génie. « Bien sûr que la présence de Raul est importante mais nous sommes un groupe de 23 et l’objectif est commun, chacun de nous est prêt », précise Luis Enrique. Les indications médicales quant à la présence de la star sur le terrain sont minimes. « Le degré d’optimisme est modéré. Je regrette de ne pas pouvoir être plus précis mais il n’y a rien de concret », a affirmé le médecin de l’équipe Genaro Borras. Raul a quant à lui respecté 48 heures de repos total après le match de dimanche, selon le médecin, mais ne s’est pas montré une seule fois sur le terrain d’entraînement devant la presse entre mardi et jeudi soir. S’entraînerait-il en secret? La présence d’Albelda est également improbable. Le milieu de terrain valencien, victime d’un coup aux testicules contre l’Eire dimanche, s’est une nouvelle fois contenté de regarder ses coéquipiers depuis le bord de la touche. Quant à Luis Enrique, qui avait été préservé ces derniers jours en raison d’un coup à une jambe, il a en revanche pu participer à l’entraînement complet et devrait être titulaire demain. Visite présidentielle La séance d’entraînement d’hier n’a pas été éprouvante avec un petit footing d’échauffement puis un match au cours duquel les joueurs avaient le droit de prendre le ballon avec les mains mais devaient marquer du pied ou de la tête. Les joueurs, répartis en trois groupes, ont ensuite fait des matchs sur un petit terrain, l’équipe encaissant un but cédant sa place à celle qui était au repos. À ce petit jeu, trois joueurs ont tiré des penalties aux gardiens de but Iker Casillas et Ricardo : Diego Tristan, Hierro et Mendieta. Les deux premiers l’ont marqué, le dernier l’a raté en tirant à gauche de la cage gardée par Casillas. Mendieta et Hierro avaient tous deux marqué leur penalty contre l’Eire alors que Diego Tristan n’avait pas joué. Les joueurs ont reçu la visite du président de la Fédération espagnole Angel Maria Villar, qui venait de la réunion d’arbitrage de la Fifa à Tokyo et a notamment affirmé être très « confiant dans l’arbitrage du match de samedi parce que l’Égyptien Gamal Ghandour est très bon, l’un des meilleurs de la CAF », et qu’en général il avait été « satisfait de l’arbitrage pendant le Mondial ». Hiddink, un connaisseur de la Liga Guus Hiddink, l’entraîneur néerlandais de la Corée du Sud qualifiée pour les quarts de finale du Mondial 2002 de football, connaît bien l’Espagne pour y avoir entraîné Valence de 1991 à 1993, le Real Madrid de 1998 à 1999 et le Betis Séville en 2000 avec des fortunes diverses. « Le match sera spécial pour moi car l’Espagne est dans mon cœur », a affirmé Guus Hiddink après la victoire des Sud-Coréens contre l’Italie en huitièmes de finale grâce à un but en or (2-1). Le technicien batave, désormais adulé en Corée et salué pour sa réussite, n’a toutefois pas connu un parcours aussi glorieux en Espagne. Ancien entraîneur à succès du PSV Eindhoven, Hiddink, qui arborait alors la moustache, a profité de la « mode néerlandaise » créée par la présence du mythe Johan Cruyff sur le banc du Barça pour prendre les rênes de Valence CF en 1991. Hiddink est resté presque deux ans au club et a été limogé après une défaite contre le Real Madrid. Malgré deux saisons sans titre, les supporteurs gardent un bon souvenir du coach néerlandais qui avait su imprimer à Valence un des styles de jeu les plus offensifs de la Liga : « Nous avons gagné le championnat cette année-là, mais l’équipe jouait mieux à l’époque de Hiddink », pouvait-on entendre cette saison du côté du stade de Mestalla. Mais le titre de gloire de son passage à Valence est extrasportif : découvrant une banderole raciste accrochée dans le stade, il l’avait fait enlever sous peine de ne pas laisser son équipe jouer la rencontre. Après avoir entraîné l’équipe des Pays-Bas avec un certain succès (quart de finaliste de l’Euro-96, battu aux tirs au buts par la France puis demi-finaliste de la Coupe du monde, battu aux tirs au but en 1998 par le Brésil), Guus Hiddink a alors signé au Real Madrid succédant alors à... José Antonio Camacho, l’actuel entraîneur espagnol qu’il doit rencontrer demain. Il y dirige notamment l’actuel capitaine espagnol Fernando Hierro et l’attaquant vedette Raul. Adepte d’entraînements très physiques, multipliant les séances, Hiddink s’est rapidement attiré les foudres des stars de l’équipe habitués à des régimes moins sévères. En janvier 1999, alors que le club n’est qu’à trois points de la tête de la Liga, le président du Real, Lorenzo Sanz, saisit l’occasion d’une humiliante défaite contre La Corogne (4-0) pour limoger son coach, précisant par la suite : « J’avais le choix entre virer Hiddink ou virer la moitié de l’équipe. J’ai choisi la solution de facilité ». En février 2000, Hiddink retrouve l’Espagne et le Betis Séville. Il succède à l’Argentin Carlos Timoteo Griguol, limogé pour mauvais résultats et qui laisse le club en fond de classement. Hiddink ne réussira pas à redresser la barre. Il est à nouveau limogé en mai, trois journées avant la fin de la Liga qui verra la relégation du club. La presse espagnole, qui soulignait alors avec délectation que Hiddink avait été limogé deux fois en quatorze mois, doit cette fois, dans l’attente du match, adopter profil bas. Le foot japonais veut se lancer dans l’export Le parcours de l’équipe nationale de football du Japon dans le Mondial asiatique a permis à quelques stars locales du ballon rond de se faire connaître hors de l’archipel : beaucoup voudraient désormais profiter de leur gloire éphémère pour trouver des contrats en Europe. Après leur élimination par la Turquie (1-0) mardi dernier, les joueurs nippons se sont montrés très disponibles pour les interviews et déclarations dans la presse où plusieurs ont ouvertement déjà fait savoir qu’ils suivraient volontiers les pas de leurs quatre camarades qui jouent déjà dans des grands clubs du Vieux Continent. « Je veux jouer à l’étranger, si c’est possible. Je veux me mettre dans une situation où j’aurai faim », dit le milieu de terrain Daisuke Ichikawa du club de J-League (première division japonaise) Shimizu S-Pulse. L’entraîneur des Bleus japonais, le Français Philippe Troussier, l’a dit maintes fois avant et pendant la Coupe du monde : les Japonais, champions d’Asie, sont trop loin encore de « l’art du jeu âpre » qui se joue en Europe, et s’ils veulent progresser ils doivent se frotter à ce football-là. « Je veux qu’il y ait au moins douze Japonais qui jouent à l’étranger », a-t-il dit après le dernier match de Coupe des Japonais. « Il faut que l’équipe du Japon rencontre des équipes plus fortes. » L’effet Mondial Après le Mondial-98 en France, le Japonais Hidetoshi Nakata avait été recruté par le club italien de Pérouse. L’ont suivi en juillet 2001 Shinji Ono au Feyenoord Rotterdam (D1 néerlandaise), Junichi Inamoto à Arsenal (D1 anglaise), et le gardien Yoshikatsu Kawaguchi à Portsmouth (D2 anglaise). Le Nippo-Brésilien Alessandro « Alex » Santos, 24 ans, affirme de son côté avoir fait le tour de la J-League au bout de cinq ans : « Je veux aller dans des pays comme l’Espagne ou l’Italie, où jouent les meilleurs du monde. » Santos, brésilien d’origine, est arrivé au Japon en 1994 dans le cadre d’un échange d’étudiants. Il est Japonais depuis novembre dernier. Kazuyuki Toda, le défenseur à la crête rouge, qui a pris quatre cartons jaunes en sept matches pendant la saison, espère de son côté que sa défense pendant la Coupe aura impressionné. « Si j’ai une proposition, je compte partir. Je serais très heureux que ma performance dans ce Mondial ait été appréciée à l’étranger », explique le joueur de Shimizu, âgé de 24 ans. Selon la presse japonaise, Santos est convoité par cinq clubs en Italie (dont Bologne), en Espagne (La Corogne) et au Portugal (FC Porto). Feyenoord et Pérouse seraient sur la piste de Miyamoto et Brescia serait intéressé par Toda. Pourtant le cas d’Inamoto devrait en faire réfléchir plus d’un. Le blondinet au grand sourire, recruté par Arsenal, n’a pas joué un seul match de championnat avec l’équipe première la saison dernière, se contentant de deux apparitions en fin de match en Ligue des champions. Pérouse se venge, Ahn dit merci Le club de Pérouse a coupé les ponts avec son attaquant sud-coréen Ahn Jung-hwan en représailles du but en or qui a éliminé mardi la Squadra Azzurra du Mondial 2002 de football, ce qui n’a pas empêché le joueur de remercier le football italien pour tout ce qu’il y a appris. Ahn, 26 ans, avait été prêté à Pérouse (D1 italienne) en août 2000 par le club sud-coréen de Busan et le contrat avait été renouvelé pour la saison 2001-2002. Il ne le sera pas pour la prochaine saison. Modèle de fair-play, le président du club Luciano Gaucci a fait savoir qu’il ne prolongerait pas l’expérience en reprochant au joueur le but, fatal à l’Italie, marqué à la 117e minute en huitième de finale du Mondial. Ahn, même s’il y a fait le plus souvent banquette, sait pour sa part gré à Pérouse de lui avoir permis d’apprendre au contact du Calcio. « La raison de ma bonne performance à cette Coupe du monde est que j’ai beaucoup appris avec Pérouse. Cela n’a pas été facile (d’être sur le banc) mais, en même temps, je me suis imprégné de la façon de jouer en Italie », a-t-il déclaré. Un hommage qui n’a pas ému le président Gaucci. « Je ne le prolonge pas, il ne le mérite pas. Quand il est arrivé chez nous, c’était une brebis égarée qui n’avait même pas de quoi se payer un sandwich. Il est devenu riche sans fournir de prestations exceptionnelles », a-t-il déclaré. La Fédération internationale (Fifa) a considéré que cette affaire n’était pas de son ressort mais regardait « le club et le joueur ». Ce dernier ne s’est pas formalisé de la vengeance de Gaucci. « Même s’il m’avait demandé de rester, j’avais prévu de quitter Pérouse, a-t-il affirmé. Je vais faire de mon mieux pour jouer dans un meilleur championnat et pour une meilleure équipe. » Son entraîneur en sélection et la Confédération asiatique n’ont pas mâché leurs mots. Infantile « Si Gaucci a dit cela, c’est infantile, a estimé le Néerlandais Guus Hiddink. C’est un combat entre pays. Voulait-il dire que Ahn aurait dû s’interdire de marquer (contre l’Italie) ? En un mot, c’est ridicule. » « En tant que joueur, Ahn se doit d’être loyal tant avec sa sélection nationale qu’avec son club. Il fera le choix de son avenir après avoir donné le meilleur de lui-même jusqu’à la fin de ce tournoi », a-t-il ajouté. Le secrétaire général de la Confédération asiatique de football (AFC), Peter Velappan, a appelé pour sa part à réagir à ces représailles par un boycott de Pérouse. « J’ai mis en garde les dirigeants chinois, coréens et japonais contre tout transfert de joueur à Pérouse parce que ce club n’est intéressé que par l’argent qu’il peut faire grâce au commerce des joueurs », a-t-il déclaré. Avant d’ironiser : « De toute façon, qui se soucie de Pérouse ? » Certainement pas Ahn. Le « golden boy » jouissait déjà d’une popularité de pop star en Corée où ses longs cheveux bouclés, son œil rieur et son profil de médaille éclatent sur de nombreux placards publicitaires comme sur des posters. Son but « historique » contre l’Italie en a fait une idole des jeunes, presque un héros national, alors...
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