La Corée du Sud a réalisé hier le même exploit que sa sœur ennemie du Nord il y a 36 ans en éliminant l’Italie d’une phase finale de Coupe du monde de football tandis que l’autre pays organisateur du Mondial 2002, le Japon, a cédé face à la Turquie. À Daejeon, en terre adverse, les Italiens ont retrouvé leurs fantômes. De 1966 mais aussi de 2000. Ils ont été rejoints à la marque dans les ultimes minutes du temps réglementaire et ils ont abordé la peur au ventre une prolongation qui leur a été fatale. Score final 2 buts à 1, sur un but en or. Comme en finale de l’Euro 2000 face à la France. Soutenus par leurs Diables rouges de supporteurs, les Coréens ont dû leur succès à une opiniâtreté de tous les instants, à une condition physique qui les a fait déferler, inépuisables, par vagues incessantes. Une leçon bien apprise de leur entraîneur néerlandais Guus Hiddink. Samedi, c’est l’Espagne, en quart de finale, qui se mesurera à cette « orange mécanique » à la mode asiatique. À Miyagi, chez eux, les Japonais ont encaissé dès la 12e minute un but après lequel ils ont couru, au propre comme au figuré, tout le match. Débauche d’efforts et enthousiasme n’y ont rien fait. Pour les Turcs, l’exploit est de taille. En 1954, pour leur première participation à un Mondial, ils avaient été éliminés au premier tour. Pour leur deuxième tentative, 48 ans plus tard, ils joueront samedi pour une place dans le dernier carré contre le Sénégal. L’aventure nippone a pris fin dans les larmes mais sur un bilan largement positif. Aujourd’hui est le premier jour de relâche du Mondial 2002 avec, pour la première fois depuis le 31 mai, aucun match à l’affiche. Repos aussi demain et reprise des hostilités vendredi avec deux quarts de finale : un énorme Angleterre-Brésil et un inattendu Allemagne-États-Unis. La Corée entre dans l’histoire La Corée du Sud a battu hier l’Italie 2-1 en inscrivant un but en or dans la prolongation du dernier huitième de finale de la Coupe du monde de football, et s’est qualifiée en quart de finale pour la première fois de son histoire. En quart de finale, la Corée du Sud, pays coorganisateur du Mondial, rencontrera samedi les Espagnols, difficiles vainqueurs des Irlandais dimanche dernier. Privé de ses deux défenseurs titulaires Alessandro Nesta (blessé) et Fabio Cannavaro (suspendu), le sélectionneur italien Giovanni Trapattoni avait pourtant décidé d’aligner d’entrée en attaque son triangle magique : Francesco Totti, Christian Vieri et Alessandro Del Piero. Dans le stade de Daejon garni de 40 000 « Diables rouges » coréens, une immense banderole « Again 1966 » avait été déployée avant le coup d’envoi pour rappeler qu’il y a 36 ans, la Corée du Nord avait déjà battu l’Italie 1-0 au premier tour du Mondial anglais. Après avoir manqué un penalty dans les premières minutes du match, les Coréens ont rapidement cédé sur une tête de Vieri qui a marqué son quatrième but de la compétition, son neuvième en phase finale de Coupe du monde. La Corée du Sud a égalisé à deux minutes de la fin du temps réglementaire par son buteur Seol Ki-hyeon qui a trompé le gardien italien Gianluigi Buffon d’un tir écrasé aux dix mètres, devant une foule en délire. Totti exclu pour une faute simulée dans la prolongation, les Italiens ont terminé le match à dix et n’ont pas résisté aux Coréens qui ont finalement inscrit le deuxième but en or de ce Mondial, grâce à la tête de Ahn Jung-hwan, à la 116e. Coup de théâtre Le match n’avait pas tardé à se décanter puisque l’arbitre équatorien Byron Moreno a sifflé dès la 5e minute un penalty en faveur des Sud-Coréens pour un tirage de maillot dans la surface signé Christian Panucci. Mais le gardien de la Juventus Gianluigi Buffon s’est superbement détendu pour détourner le penalty pourtant bien tiré de l’attaquant Ahn Jung-hwan (6e). Après ce coup de théâtre, les Italiens ont fait parler leur technique pour faire le siège des buts coréens, et Vieri n’a pas manqué sa première occasion d’ouvrir le score en mettant sa tête à bout portant sur un corner de Totti (18e). Les deux équipes se sont ensuite neutralisées en milieu de terrain, jusqu’à ce que Ahn n’arrive à prendre le dessus sur Mark Iulano avant de manquer son tir sur Buffon (36e). La Squadra Azzurra a voulu tout de suite réagir, mais Damiano Tommasi, intelligemment servi par Totti dans le dos de la défense, s’est heurté au gardien coréen Lee Woon-jae (38e). Le défenseur italien Francesco Coco s’est ouvert l’arcade sourcilière juste avant le repos et a dû terminer la rencontre avec un imposant bandage sur la tête. Del Piero sorti par Trapattoni à l’heure de jeu, la deuxième mi-temps s’est résumée à une bataille de milieu de terrain dont les Coréens sont finalement sortis vainqueurs. Seul fait marquant de ce début de seconde période, l’attaquant coréen Hwang Sun-hong, 33 ans, a fêté sa 100e sélection en remplaçant le défenseur Kim Tae-young (63e). Vieri a failli ensuite doubler la marque sur une belle contre-attaque menée depuis le rond central mais le buteur de l’Inter Milan, pourtant impressionnant durant cette rencontre, n’a pas réussi à cadrer son tir (73e). Totti voit du rouge Vieri pourra s’en vouloir longtemps puisque le Coréen Seol Ki-hyeon n’a pas manqué de profiter d’une nouvelle erreur de Christian Panucci, qui avait déjà commis la faute à l’origine du penalty, pour ajuster Buffon aux dix mètres (88e). Dans une fin de match débridée, chacune des deux équipes a eu l’occasion de tuer la partie, Vieri manquant une reprise devant le but vide (89e) tandis que Cha adressait un retourné acrobatique directement dans les bras de Buffon (90e). En prolongation, le gardien italien a sorti un nouvel arrêt décisif sur un coup franc à ras de terre de Hwang (101e), avant que Totti, sur l’action suivante, ne reçoive un second carton jaune pour une faute simulée dans la surface (103e). Totti exclu, Gennaro Gattuso a eu ensuite la balle de match au bout du pied, mais son tir à bout portant a été magnifiquement sauvé par le gardien Lee (113e). Au terme d’un match tendu et passionnant, Ahn a finalement trouvé la faille en plaçant sa tête à la 116e minute, libérant les millions de Sud-Coréens massés dans les rues de Séoul pour fêter cette qualification historique en quart de finale. « On a joué face à l’une des équipes les plus fortes et les plus intelligentes au monde », se félicite Guus Hiddink. Dans la tribune de presse, les papiers vantant le réalisme et la solidité italiennes étaient déjà prêts à être envoyés. Même dans le stade, le volume sonore avait semblé fléchir. L’Italie a fait durant 88 minutes un match qui faisait plus que jamais d’elle un candidat sérieux au titre. Mais les Coréens, servis par une condition physique impressionnante, un « fighting spirit » qui est leur slogan, mais aussi par une bonne technique à l’image de Sed Ki-hyeon, auteur de l’égalisation, ont su ne pas s’énerver pour l’emporter à l’italienne. « Tactiquement, mes joueurs ont progressé de manière totalement inattendue », selon Hiddink. Ils ont en effet tiré pleinement profit de la seule erreur défensive italienne commise par Christian Panucci, arrivée seulement à deux minutes de la fin. La veille du match, Hiddink avait rendu hommage aux buteurs italiens « qui n’ont besoin que d’une ou deux occasions pour marquer ». Ses attaquants n’ont guère eu de chances de tirer au but hier. Ils ne l’ont fait qu’à douze reprises, mais ils ont cadré huit tentatives. Soit beaucoup mieux que les Italiens avec cinq tirs sur onze cadrés. Durant la prolongation, leur condition physique a encore impressionné. Avant la Coupe du monde, les Français s’étaient déjà étonnés des progrès fulgurants des performances de joueurs qu’ils avaient écrasé un an auparavant (5-0). Poussés par un public exceptionnel, les Coréens seront des adversaires coriaces. « On a tiré notre énergie de ce public », explique le défenseur Hong Myung-bo. « Notre but était premièrement d’être compétitif, deuxièmement de remporter une victoire, troisièmement de passer au second tour », résume Guus Hiddink. « Désormais, nous n’avons plus d’objectif défini. Allons vers notre prochain défi. » Les Espagnols, qui les rencontrent samedi en quart de finale, sont prévenus. Trapattoni : L’Italie a été « pénalisée » par l’arbitrage Le sélectionneur de l’équipe d’Italie Giovanni Trappatoni a implicitement mis en cause le traitement réservé par l’arbitre du 8e de finale du Mondial 2002 de football face à la Corée du Sud, jugeant que son équipe avait été « pénalisée » par des « décisions étranges. » « Tout le monde a vu le match. Il y a eu des décisions étranges dans certaines situations », a déclaré le Trap, visage impassible après la rencontre, sans jamais dire le mot « arbitre. » « Si une équipe méritait d’aller en quart de finale, c’est l’Italie », a encore dit l’ancien entraîneur du Milan AC, selon qui son équipe « a fait un bon match et sort la tête haute. » « On aurait dû tuer le match avant. On s’est créé trois ou quatre occasions importantes en fin de match par Vieri, Gattuso et le but en or », en allusion à un but refusé en prolongation à Damiano Tommasi pour un hors-jeu guère évident. « Je n’ai pas compris l’exclusion de Francesco Totti pour simulation lors de la prolongation », a encore dit Trapattoni. Cinq buts ont été refusés à l’Italie durant ce Mondial, deux face à la Croatie (1-2), autant contre le Mexique (1-1) et un contre les Sud-Coréens (1-2). Avant la rencontre, Trapattoni avait dit sa « confiance » dans le « professionnalisme de l’arbitre » Byron Moreno « pour résister » à la pression du public. À la fin de la rencontre, plusieurs joueurs italiens sont allés serrer la main de M. Moreno, qui avait également accordé un penalty aux Sud-Coréens en début de rencontre, détourné par Gianluigi Buffon. Le sélectionneur néerlandais de la Corée du Sud Guus Hiddink a reconnu que l’arbitre avait « fait quelques petites erreurs ». Mais, selon lui, ce n’était « pas à des moments décisifs ». « Pour en parler sans passion, il faut attendre de revoir les images », a ajouté Hiddink. Deuil et colère en Italie Toute l’Italie est en deuil, après l’élimination de la Squadra Azzurra, sortie dès les huitièmes de finale de la Coupe du monde par la Corée du Sud, grâce à un but en or du « faux frère » Ahn Jung hwan qui joue dans le Calcio à Pérouse (D1). Les tifosi qui avaient envahi par centaines de milliers tous les bars, restaurants, cafés, établissements, munis de téléviseurs bien avant l’heure du coup d’envoi, sont restés sans voix, complètement abasourdis, K.O. debout, face à leur immense déception. Sur la Piazza del Popolo à Rome, par une chaleur de 41 degrés, ou sur les autres places des grandes villes où avait été placé un écran géant, un silence de mort a pris la place de l’enthousiasme délirant qui avait accueilli le premier but de Christian Vieri (18e). À la gare Termini dans la capitale, plusieurs groupes de Coréens, sortis pour fêter la victoire de leurs favoris, ont été pris à partie par des « ultras » italiens qui n’ont pas hésité à jeter dans leur direction toutes sortes d’objets, bouteilles en plastique et autres, obligeant la police à intervenir. « Une journée historique » À Milan, 50 000 personnes qui avaient bravé la chaleur torride ont manifesté leur mauvaise humeur en lançant des bouteilles en plastique, quand y apparaissait l’arbitre équatorien Byron Moreno. La communauté coréenne en Italie, présidée par Ko Hwang Ho, a donné libre cours à son immense joie : « C’est une journée historique pour nous, c’est le symbole de la renaissance de la Corée, même en football, la victoire de notre orgueil », commente Kim, un étudiant au conservatoire de la capitale. Les tifosi, longtemps prostrés après une élimination qu’ils n’attendaient pas, n’ont pas caché leur colère contre un arbitrage, selon eux, encore une fois défavorable à leur équipe. « C’est scandaleux, on ne voulait pas de nous dans cette Coupe du monde et on a tout fait pour nous faire sortir, cela s’est vu dès le début », s’est exclamée Patricia, jeune vendeuse d’un grand magasin. Tout proche d’elle, Fabrizio, son fiancé, est plus nuancé sur l’arbitrage et tire à boulets rouges sur le sélectionneur Giovanni Trapattoni. « Il n’aurait pas dû défendre un mince avantage de 1-0, mais bien tenter de tuer le match, en appelant Vincenzo Montella, ou Filippo Inzaghi. Trap doit comprendre une fois pour toutes que l’on gagne les matchs en attaquant et non pas en restant derrière. Qu’il prenne exemple sur le Brésil. » Le mot de la fin pour Luca, petit tifosi de 10 ans, mais déjà expert ès football : « L’Italie a été volée. Un but refusé, un joueur expulsé pour simulation alors qu’il avait été projeté au sol. Ce n’était pas la première fois que l’Italie était volée dans cette Coupe du monde. C’est vraiment un scandale. » Newcastle s’intéresse à Rivaldo L’entraîneur de Newcastle Bobby Robson a confirmé que le club anglais était intéressé par l’attaquant du FC Barcelone et de l’équipe du Brésil Rivaldo. « Le président (du club) étudie la situation de Rivaldo et quelles seraient les implications financières » , a déclaré Bobby Robson à la BBC. « Nous en saurons plus dans quelques semaines » , a-t-il ajouté. Des médias britanniques ont affirmé la semaine dernière que le club du nord-est de l’Angleterre avait proposé un montant de 10 millions de livres sterling (14,79 millions de dollars) à Barcelone pour acquérir le Ballon d’Or 1999. Le Barça pourrait être tenté par le transfert de son joueur brésilien de 30 ans, arrivé au club en 1997 en provenance de La Corogne, auquel il ne reste qu’une année de contrat en Espagne. En juin 2003, Rivaldo serait alors libre de négocier avec le club de son choix et Barcelone ne percevrait aucune indemnité de transfert. Un départ de Rivaldo du club catalan est d’autant plus d’actualité que l’entraîneur néerlandais Louis Van Gaal revient cette saison à Barcelone. Les deux hommes entretenaient des relations tendues lors du premier passage de Van Gaal à Barcelone entre 1997 et 2000.
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