La priorité des Italiens, dans leur huitième de finale du Mondial 2002 aujourd’hui à Daejeon, sera de mater la fougue offensive des Coréens, qui leur sont en théorie inférieurs mais seront poussés par un stade en ébullition, avant de faire parler leurs atouts offensifs. Lors de leur victoire face aux Portugais, les hommes de Guus Hiddink ont à nouveau impressionné par leur préparation physique. Leur pressing incessant, qu’ils ont encore travaillé lors de leur dernier entraînement hier, a fini par faire craquer les Européens. Face à l’Italie, les Coréens ne varieront pas. « Mes joueurs ne seraient pas capables de changer de style de jeu et je ne le leur demanderai pas », a expliqué Hiddink, désormais idole du pays du matin calme. Selon lui, il faut donc s’attendre à un « match curieux » avec « une des plus petites nations du football qui va attaquer contre l’une des plus grandes ». Le principal souci de son homologue italien Giovanni Trapattoni concerne justement sa défense. Si le gardien Gianluigi Buffon n’a rien à se reprocher sur les trois buts du premier tour, ce n’est pas le cas de l’arrière latéral droit Marco Materazzi. De l’autre côté, pour son quatrième Mondial, Paolo Maldini semble vieillissant. Certes, la charnière centrale Fabio Cannavaro-Alessandro Nesta est l’une des meilleures, si ce n’est la meilleure au monde. Mais le premier sera suspendu et le second, qui ne s’est toujours pas entraîné hier, risque fort d’être forfait. Trapattoni va devoir bâtir une nouvelle défense, peut-être à trois éléments, dirigée par Mark Iuliano épaulé par Paolo Maldini (à gauche) et Christian Panucci (à droite), tout en renforçant son milieu pour contrer le pressing très haut des Coréens. « Ils n’ont qu’un seul attaquant, je ne vais pas ajouter un défenseur », a déclaré le « Trap ». Francesco Coco devrait être aligné. Il présente l’avantage de pouvoir jouer au milieu ou en défense selon les choix de Trapattoni. Hiddink sait que, face à la Squadra Azzurra, dont l’ambition est de rejoindre le Brésil avec quatre titres, ce sera « dur, dur, dur ». D’autant que les Italiens, après être passés très près de l’élimination, comme la France et l’Argentine, abordent le second tour avec un moral de fer, même s’ils présentent encore des lacunes physiques. Ils ont les moyens de contenir les velléités offensives des Asiatiques, qui « courent vite et longtemps », reconnaît Francesco Totti qui ajoute toutefois : « Nous sommes supérieurs techniquement. » Et « notre attaque peut marquer quand elle veut », selon Totti. Le seul problème de Trapattoni sera de choisir. Totti, malgré un début de tournoi moyen, et Christian Vieri seront alignés. Ils devraient être épaulés par Alessandro Del Piero, dont le but face au Mexique juste avant son entrée a marqué les esprits (1-1) et qui présente l’avantage de pouvoir jouer plus bas que Filippo Inzaghi. Mais « on a aussi Vincenzo Montella », rappelle Trapattoni comme pour souligner que l’attaque italienne a le potentiel pour réduire au silence un stade. Même rempli de Coréens hurlant leur passion pour les « Reds ». Les équipes probables Corée du Sud : Lee Woon-jae - Choi Jin-cheul, Hong Myung-bo, Kim Tae-young - Song Chong-gug, Kim Nam-il, Yoo Sang-chul, Lee Young-pyo - Park Ji-sung, Seol Ki-hyeon - Hwang Seon-hong. Italie : Buffon - Panucci, Iuliano ou Nesta, Maldini (cap) - Zambrotta, Tommasi, Zanetti, Coco - Del Piero, Totti - Vieri. Daejeon promet l’enfer à la Squadra Azzurra Les Italiens n’en ont plus que pour quelques heures de calme car, aujourd’hui, à 14h30 heure de Beyrouth, ils vont plonger dans l’enfer du stade de Daejeon où ils devront lutter 90 minutes pour venir à bout de onze joueurs coréens déchaînés et soutenus par plus de 40 000 supporteurs. Le stade de Daejeon, couvert, sera une parfaite caisse de résonance pour les 42 477 spectateurs, dont une immense majorité acquise à la cause des joueurs asiatiques lors de ce huitième de finale du Mondial 2002 de football. Hier, pour leur dernier entraînement avant le match, les Italiens ont eu un avant-goût de ce qui les attend. Ils ont dû mener leur séance sous une requête qui leur était destinée autant qu’aux joueurs coréens, peinte dans une tribune du stade : « Again 1966 ». Refaites le coup de 1966 quand l’équipe du frère ennemi nord-coréen avait sorti la « Squadra Azzurra » du Mondial anglais en les battant à la surprise générale à Middlesbrough (1-0), au premier tour. Ce message a eu le don d’agacer la délégation italienne. Pour les Coréens, une redite paraît désormais naturelle. Depuis le début du Mondial, une marée rouge de millions de personnes a déferlé dans les rues des principales villes de Corée du Sud pour saluer chacune de leurs deux victoires, face à la Pologne (2-0) et au Portugal (1-0). La télévision consacre depuis trois jours la quasi-totalité de ses journaux télévisés au choc. Des supporteurs dorment aux abords du stade en espérant un miracle qui leur permettrait de décrocher le sésame, un billet. Les derniers, mis en vente hier matin sur Internet, sont partis en trois minutes. Au marché noir, la place se négocie à 1 000 dollars et même à 3 000 dollars sur la toile. Pression sur l’arbitre Dans une ambiance de veillée d’armes, avec des hélicoptères militaires survolant l’enceinte, l’apparition furtive de joueurs entraperçus pendant l’entraînement a suscité des crises d’hystérie de jeunes supportrices. Autant de passion n’impressionne pas Francesco Totti : « J’ai l’habitude de jouer chaque week-end devant 80 000 personnes ». Mais sans doute pas aussi survoltées que les supporteurs coréens. Malgré ses habituelles phrases de circonstance (« Mes joueurs seront professionnels »), Giovanni Trapattoni est plus circonspect et met un début de pression sur l’arbitre de la rencontre, l’Équatorien Byron Moreno : « Je fais confiance au professionnalisme de l’arbitre pour résister » au public. « J’espère qu’il est expérimenté, rétorque Guus Hiddink. Il faut de l’expérience pour arbitrer une rencontre entre une équipe expérimentée qui connaît toutes les lois du jeu, l’Italie, et une formation comme la nôtre. Je n’ose imaginer qu’un arbitre puisse aider une grosse équipe à passer au tour suivant. » En matière de déclarations d’avant-match, Hiddink n’a rien à apprendre de l’expérience du Trap. Japon-Turquie : une première attendue par tout un peuple Le huitième de finale du Mondial de football Japon-Turquie, aujourd’hui à Miyagi (9h30 heure de Beyrouth), plonge dans l’attente des millions de supporteurs nippons, qui croient en un exploit historique des leurs pour ce match inédit en compétition officielle. Dans la ville de Sendai, où est descendue la sélection du Français Philippe Troussier, les supporteurs étaient en pleine effervescence hier, cherchant désespérément à entrevoir les joueurs à l’hôtel ou à l’entraînement. Confirmant la règle selon laquelle un pays organisateur est rarement ridicule, leur sélection est aux portes des quarts de finale, elle qui n’avait jusque-là pris part qu’au Mondial 98 en France, le quittant presque aussitôt, avec trois défaites en autant de matchs. De quoi renforcer le statut d’idoles de la plupart des joueurs, ce dont Troussier ne veut pas entendre parler. « Les chances de se qualifier sont de 50-50 », a-t-il averti, mettant implicitement en garde certaines stars comme Hidetoshi Nakata (Parme) ou Shinji Ono (Feyenoord) contre tout relâchement : « Les joueurs qui pensent d’abord à leur carte personnelle resteront sur le banc et je donnerai plutôt leur chance à ceux qui n’ont pas encore joué, s’ils ont davantage faim de ballon. » De son côté, le sélectionneur turc Senol Gunes prétend lui aussi à l’exploit. La Turquie n’avait également jusque-là qu’une participation à son actif, en 1954 (élimination au premier tour). Interrogé sur l’ambiance de feu que risquent de mettre les supporteurs nippons, il s’est contenté d’une réponse politiquement correcte : « Si nous jouons un beau football, la foule nous encouragera. » « Le Japon est fort, mais la Turquie va gagner », a-t-il encore estimé. Antagonisme Les deux équipes ne se sont affrontées qu’une fois (15 juin 1997, victoire du Japon 1-0 à Osaka en amical). Cette méconnaissance réciproque ainsi que leur manque d’expérience au Mondial promet une confrontation ouverte, toutes deux n’ayant rien à perdre et beaucoup à gagner. Sur le plan du jeu, l’antagonisme est total. Le Japon mise sur la vivacité, tandis que la Turquie s’appuie sur un jeu défensif. Au premier tour, les Turcs ont tenu la dragée haute au Brésil, malgré leur défaite 1-2. Mais ensuite, l’explosivité des attaquants du Costa Rica a posé problème à cette équipe qui ne brille pas par sa rapidité (1-1). Elle peut s’attendre au même type de jeu de la part des Japonais. « Ils étaient rapides contre la Belgique (2-2), mais ont lutté pour battre la Russie (1-0), et ont vaincu la Tunisie (2-0) grâce à leur meilleure maîtrise du jeu, pas à leur vitesse », nuance cependant Gunes. Au rayon blessés et suspendus, avantage au Japon, qui dispose de tous ses hommes. Gunes, lui, fait face à quelques incertitudes : l’impeccable gardien Rustu et l’attaquant Hasan Sas se ressentent encore d’une douleur à une cuisse, mais pourraient jouer. En revanche, aucune décision n’a été prise concernant l’attaquant vedette Hakan Sukur, qui souffre d’une hanche. Enfin, les Turcs sont privés de deux pièces-maîtresses, les deux Emre, le milieu Belozoglu et le défenseur Asik, suspendus. Les équipes probables Japon : Narazaki – Miyamoto (cap), Matsuda, K. Nakata – Myojin, H. Nakata, Inamoto, Toda, Ono – Yanagisawa, Suzuki. Turquie : Rustu – Fatih, Bulent, Hakan Unsal (cap), Umit Ozat – Tugay, Okan, Basturk, Umit Davala – Hasan Sas, Ilhan. Le programme d’aujourd’hui Huitièmes de finale 18 juin Japon-Turquie Miyaki 9h30 18 juin Corée du Sud-Italie Taejeon 14h30 Les résultats d’hier Huitièmes de finale Mexique-États-Unis 0-2 Brésil-Belgique 2-0. Les tifosis retiennent leur souffle Selon un scénario déjà parfaitement rodé, depuis son match d’entrée contre l’Équateur (2-0), les tifosi italiens s’apprêtent à envahir, par centaines de milliers, du Nord au Sud, tous les bars, restaurants, cafés, établissements publics munis de téléviseurs ou d’écrans géants, pour ne pas perdre une miette de ce match-couperet. La décevante prestation de la « Squadra Azzurra » dominée par le Mexique, avant d’être sauvée à la fois par le but du « Juventino » Alessandro Del Piero (1-1), et un autre de l’Équatorien Mendez contre la Croatie (1-0), n’incitent guère à un optimisme béat. Les tifosi craignent d’une part la valeur de la formation coréenne, d’autre part les carences de leur équipe, qui s’est montrée incapable d’imposer jusqu’à présent la qualité de son jeu et de ses riches individualités. « La Corée constitue pour nous un mauvais souvenir car elle nous a sortis (celle du Nord) au premier tour du Mondial 1966, je ne voudrai pas que l’histoire se répète, d’autant que cette Corée-là est bien supérieure à l’autre », commente Mario, employé de banque, fidèle assidu devant le petit écran d’un restaurant de Rome. « Un voyage pour rien » Anastasia, une belle jeune fille vêtue d’un tee-shirt bleu en l’honneur de la « Squadra », est d’un avis diamétralement opposé « Si nous jouons à notre niveau, il n’y aura pas de match, nous gagnons 3-0, et nous pourrons penser à l’Espagne de Raul et de Morientes, ce sera une autre histoire... » La formation dirigée par le Néerlandais Gus Hiddink a favorablement impressionné par la qualité mais surtout la vitesse de son jeu. « Ils courent inlassablement et sont présents sur tous les ballons. On dirait parfois qu’ils jouent à 22 et non pas à 11. Nous devrons poser le jeu et éviter de tomber dans leur piège, car alors, ce sera la fin », explique Anita, une petite infirmière blonde qui est parvenue à changer son horaire de vacation dans sa clinique pour voir plus tranquillement la partie. Chiara, supportrice de l’AS Rome, étudiante en journalisme, est assez catégorique : « Les Coréens sont forts, sans doute, mais si nous ne gagnons pas contre eux, alors nous aurons fait un voyage pour rien en Asie. » L’Italie a intérêt à éviter les tirs au but L’Italie, réputée prudente, ferait mieux de marquer contre la Corée du Sud aujourd’hui et ne pas attendre les tirs au but pour se qualifier en quart de finale du Mondial 2002 de football, un exercice qui ne lui a pas porté chance par le passé mais où ses adversaires excellent. Lors des trois derniers Mondiaux, les Italiens ont été éliminés aux tirs au but. En 1998 en France (0-0), une tentative sur la barre de Luigi Di Biagio avait envoyé le pays-hôte en demi-finale et l’Italie à la maison. En 1994 aux États-Unis, la Squadra Azzurra avait dû laisser au Brésil le bonheur d’un quatrième sacre mondial, le pauvre Roberto Baggio, après les échecs de Baresi et d’Albertini, voyant son tir s’envoler dans les tribunes de Rose Bowl de Pasadena. Quatre ans avant, le rêve d’un titre conquis devant son public s’était écroulé pour l’Italie en demi-finale, contre l’Argentine. En revanche, les Sud-Coréens sont des habitués. Le match nul n’existant pas dans leur championnat national, les équipes qui terminent la rencontre sur un score de parité se départagent aux tirs au but. Le gardien Lee Woon-jae est, paraît-il, un spécialiste du genre avec son club des Suwon Blue Wings, champion d’Asie des clubs champions.
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