Les États-Unis, opportunistes et bien regroupés en défense, ont créé la surprise en se qualifiant pour les quarts de finale du Mondial de football, après avoir battu le Mexique (2-0), favori sans ressort, hier à Jeonj. Les Américains, transparents il y a quatre ans au Mondial 98 (3 défaites, 1 seul but marqué), s’offrent ainsi un tour de plus, un quart face à l’Allemagne le 21 juin à Ulsan. Un niveau que les États-Unis n’ont atteint qu’une seule fois dans leur histoire, lors de la première Coupe du monde, en Uruguay en 1930. Ils devaient ensuite s’incliner en demi-finales. Une qualification qui sonne comme une juste récompense après un premier tour où le succès inattendu mais mérité face au Portugal (3-2) puis le nul chèrement arraché face à la Corée du Sud (1-1) leur avaient octroyé un billet pour les huitièmes. Et même si la défaite au cours du dernier match face à la Pologne (3-1) avait fait douter, les hommes de Bruce Arena ont su rebondir. Pleins d’opportunisme, les Américains, que leurs adversaires avaient peut-être pris un peu de haut, se sont remarquablement tirés d’affaire. Effaçant les trois buts polonais, ils ont ainsi très bien tenu le coup en défense, malgré la suspension de Frankie Hejduk et le forfait de Jeff Agoos (blessé au mollet droit), et grâce à leur gardien, Brad Friedel, décisif. Contres exploités Et plus vifs que les « Aztèques », ils ont su exploiter au maximum les contres qui se présentaient, marquant sur deux d’entre eux (8e et 65e), à chaque fois après une nette période de domination mexicaine. Deux buts qui ont coupé les jambes des Mexicains. Trop justes physiquement pour rivaliser avec la vitesse américaine, ceux-ci ont en plus été inefficaces en attaque, maladroits et pas toujours inspirés pour exploiter les occasions. Au sortir d’un premier tour où ils avaient successivement battu la Croatie (1-0) et l’Équateur (2-1) et fait match nul avec l’Italie (1-1), les Mexicains de Javier Aguirre partaient pourtant favoris dans ce « classico » face aux voisins du Nord. Mais ils se sont cassé les dents, nonobstant une maîtrise du jeu pendant la presque totalité du match. Leurs mines sombres au coup de sifflet final contrastaient avec celles, enjouées, de la veille, lorsqu’ils n’imaginaient même pas ne pas se qualifier. Pour les Américains désormais, le belle aventure continue. Les éliminations surprise de l’Argentine, de la France et du Portugal dans un coin de la tête, le sélectionneur américain avait prévenu avant le match : « Contre le Mexique, je ne peux rien prédire, parce que nous vivons une Coupe du monde vraiment étrange. » Aujourd’hui, les Allemands sont prévenus. Défense compacte et contre-attaque : la recette américaine Les États-Unis, bousculant la hiérarchie, se sont invités en quarts de finale du Mondial de football, après une victoire plutôt inattendue mais méritée face au Mexique (2-0), hier à Jeonju, parfaitement construite grâce à une défense compacte et une grande habileté à jouer rapidement les contres. Alors que dans leur pays, c’est la quasi-indifférence qui accueillait jusqu’ici les performances de la sélection de « soccer », les Américains se sont pourtant permis de donner une leçon de football au Mexique, là même où ils sont des millions à s’enflammer pour les « Aztèques ». Même dominés pendant la totalité de la rencontre (67 % de possession de balle pour le Mexique), ils n’ont jamais donné l’opportunité aux Mexicains de prendre le dessus. En fait, huit minutes et l’ouverture du score par Brian McBride sur un contre mené par le capitaine Claudio Reyna ont suffi à mettre presque définitivement un terme aux ambitions mexicaines, le but de Landon Donovan, 20 ans et grand espoir du football nord-américain, parachevant le succès (65). « Je crois que nous avons perdu parce que les USA ont marqué les premiers », reconnaissait l’attaquant mexicain Jared Borgetti. « Le premier but a mis d’emblée la pression sur les Mexicains, se réjouissait pour sa part Reyna. Ensuite, ils ont dû passer à la vitesse supérieure pour essayer de revenir au score, et ils ont ainsi perdu beaucoup d’énergie. » Habileté en contres Volontaires, mais dépourvus du dernier coup de rein nécessaire pour égaliser, les Mexicains ont en effet constamment buté sur le milieu et la défense américaine. Bien regroupée, à l’image du gardien Brad Friedel – qui a déjà arrêté deux penalties depuis le début du Mondial –, elle a toujours eu les ressources pour réduire à néant les offensives de Blanco, Borgetti et consorts. Éteinte lors du match contre la Pologne, vendredi, où elle avait encaissé trois buts, elle avait subi les foudres du sélectionneur Bruce Arena. « Le coach a su trouver les mots justes pour nous remonter », admettait Friedel. De surcroît, physiquement, même s’ils avaient un jour de plus de récupération, les Mexicains ont été dépassés par leurs adversaires, beaucoup plus toniques malgré le temps chaud et humide régnant sur Jeonju. « La condition physique est essentielle, avouait ainsi Arena. Nous n’avons pas eu beaucoup de temps depuis notre rencontre face aux Polonais vendredi soir. Mais, malgré la difficulté du match, notre travail de récupération a payé. » Quant au registre offensif, il a permis aux Américains de faire apprécier leur habileté en contres, les deux buts intervenant à chaque fois sur des contre-attaques au moment même où la pression mexicaine était la plus forte. Les grincheux reprocheront aux Américains d’être un peu attentistes (10 tirs dont 6 cadrés toutefois), mais personne ne pourra nier qu’ils ne jouent pas leurs coups à fond. Désormais, c’est l’Allemagne qui se profile pour les États-Unis. Une équipe très physique et qui ne devrait pas être victime de l’excès de confiance qui n’a, semble-t-il, pas arrangé les affaires des Mexicains. « Nous devons tout de même y croire et se préparer du mieux possible, concluait cependant le défenseur Pablo Mastroeni. Et puis nous n’avons pas les meilleurs joueurs de la planète, mais nous avons du cœur. » La gazette Statistiques. Après 52 matchs sur 64 prévus, 139 buts ont été marqués en Coupe du monde, soit une moyenne de 2,67 buts par rencontre, ce qui est l’exact équivalent des résultats du Mondial 98 en France. On a compté 4,23 cartons jaunes et un total de 14 cartons rouges, ce qui correspond à 0,27 par rencontre. Cabri. Après la victoire du Sénégal sur la Suède (2-1) dimanche, parmi les supporteurs des « Lions » qui ont envahi les rues de Dakar figurait... un cabri drapé dans les couleurs nationales. « C’est notre culture », s’est contenté d’expliquer Samba Ba, environ 30 ans, qui se promenait avec l’animal en laisse dans les rues de la Gueule Tapée, un quartier populaire de la capitale sénégalaise. Diktat. Le projet de la Fédération allemande de football (DFB), annoncé dimanche, d’aller directement d’Ulsan à Séoul après le quart de finale vendredi, quel que soit le résultat, et de ne pas retourner au camp de base à Seogwipo, comme initialement prévu, a provoqué un véritable tollé parmi les médias électroniques allemands. En effet, les deux chaînes de télévision publiques ARD et ZDF, qui avaient versé 125 millions d’euros au groupe Kirch pour les droits de retransmission, avaient investi une somme en euro « à six chiffres », selon un responsable de la ZDF, Dieter Gruschwitz, pour leur infrastructure à Seogwipo, et transporté 2,5 millions de tonnes de matériel du Japon, où l’Allemagne avait disputé le premier tour, à Seogwipo. « Sur les plans logistique et financier, nous n’avons pas les moyens pour un troisième centre de presse », a ajouté M. Gruschwitz. La demi-finale aura lieu à Séoul. Face aux protestations, la DFB a fait marche arrière. Pour faire « un pas envers les médias électroniques » et dans l’espoir d’« enterrer la hache de guerre », la DFB est revenue au projet initial, a déclaré le président de la DFB, Gerhard Mayer-Vorfelder. Un euphémisme. En réalité, la DFB a plié sous le diktat de la télévision. 900e. En marquant son troisième but du Mondial contre l’Eire lundi, Morientes, auteur de 17 buts en équipe nationale, a aussi eu le privilège de marquer le 900e but de l’histoire de la sélection espagnole. Il rejoint dans le club des centenaires : Elicegui, auteur du 100e but contre la Bulgarie en 1933 (13-0), le mythique Zarra, auteur du 200e contre la Suisse en 1951 (6-3), le non moins mythique Alfredo Di Stefano, auteur du 300e contre le Chili en 1960 (4-1), l’ancien joueur du Real Pirri, auteur du 400e contre Chypre en 1971 (7-0), Juanito, auteur du 500e contre la Yougoslavie en 1982 (2-1), Andrinua, auteur du 600e contre la Suisse en 1988 (1-1), le Barcelonais Sergi qui s’est blessé avant ce Mondial, auteur du 700e contre la Pologne en 1994 (1-1) et son coéquipier Raul, auteur du 800e contre l’Italie en 1998 (2-2). L’Espagne n’a donc jamais perdu les rencontres lors desquelles elle a marqué ses buts « centenaires ». Il lui sera toutefois impossible d’atteindre la grandiose barre des 1 000 pendant ce Mondial. Respirez. Il n’y a pas que les supporteurs anglais qui respirent dans cette Coupe du monde. Un joueur aussi : Paul Scholes, milieu de terrain de Manchester United et asthmatique, qui a été décisif dans la qualification de son équipe en huitièmes de finale, avait très peur du climat japonais, chaud et humide en cette saison. De plus, le médicament qu’il prend en cas de crise, du Salbutamol, est sur la liste des substances interdites par la Fédération internationale (Fifa). Il a fallu que la fédération anglaise demande une autorisation spéciale pour que Scholes ne risque pas d’être contrôlé positif lors d’un test antidopage. Pelé. Ronaldo a admis qu’il avait déprimé et que sans l’intervention du meilleur joueur de tous les temps, il n’aurait pas récupéré si vite de ses blessures à répétition. « Pelé m’a dit que pendant la Coupe du monde de 1966, il avait été blessé grièvement. On lui avait alors prédit la fin de sa carrière ». Mais non seulement il a rejoué, mais en plus il a gagné le Mondial 70 et a été désigné meilleur joueur. « Pelé m’a donné le courage de persévérer ». Têtus. Bien qu’informés qu’il n’y avait plus de places, deux cents supporteurs coréens ont fait la queue en vain devant le stade de Daejeon pour obtenir des billets d’entrée pour le match Corée du Sud-Italie d’aujourd’hui. Certains attendaient depuis vendredi, s’étant installés devant les guichets dès après la victoire contre le Portugal qui qualifiait la Corée pour les huitièmes de finale. « On a eu beau leur dire qu’il n’y avait plus de places à vendre, a expliqué la police, ils ne nous ont pas crus et sont restés ». Les 1 459 billets, des invendus à l’étranger, mis en vente hier à l’aube via Internet par le comité d’organisation coréen (Kowoc), sont partis en trois minutes. Argentins. Avant la rencontre Mexique-États-Unis d’hier, il restait deux « Argentins » dans le Mondial. Gabriel Caballero, qui joue dans l’équipe mexicaine, et Pablo Mastroeni, qui joue avec les États-Unis, sont tous deux argentins d’origine naturalisés dans leur nouveau pays. Désormais, il n’en reste plus qu’un... Classement des buteurs Voici le classement des buteurs de la Coupe du monde de football 2002 après les huitièmes de finale disputés hier : 5 - Ronaldo (Bré), Miroslav Klose (All) 4 - Rivaldo (Bré), Jon Dahl Tomasson (Dan) 3 - Marc Wilmots (Bel), Robbie Keane (Irl), Christian Vieri (Ita), Pauleta (Por), Pape Bouba Diop (Sén), Raul (Esp), Henrik Larsson (Suè), Fernando Morientes (Esp) 2 - Ronald Gomez (Costa Rica), Junichi Inamoto (Jap), Jared Borgetti (Mex), Nelson Cuevas (Par), Henri Camara (Sén), Fernando Hierro (Esp), Hasan Sas (Tur), Landon Donovan (É-U), Brian McBride (É-U)
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