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Actualités - Reportage

Perdu de vue - L’émir Farouk Abillama, « notre prince ambassadeur »(photo)

Farouk Abillama est resté « notre prince ambassadeur », comme il fut longtemps surnommé par les Français, même après avoir quitté ses fonctions et revêtu d’autres responsabilités politiques. Il est surtout resté fidèle à ses appartenances et à une certaine idée – noble – du Liban. n ne le devient pas, on naît émir. L’émir Farouk Abillama est né avec une élégance du geste et du mot, un humour subtil qui donne à son analyse politique et son regard sur les choses un recul et une finesse en toutes circonstances, même les plus sombres. Celles qu’il a connues, vécues et jamais vraiment oubliées. Inséparable cigarette accrochée à sa main fine, il affiche haut et fort ses faiblesses : la cigarette donc, la vodka citron, le poker, les femmes, toutes nationalités confondues pourvu qu’elles soient belles et le rendent heureux, et bien sûr et avant tout le Liban. Un solitaire qui n’a jamais voulu appartenir à un groupe ou un « label » particulier, « notre prince ambassadeur » a toujours fait cavalier seul dans ses idées, sa démarche et son parcours politique et personnel. Ses propos, même lorsqu’ils se veulent tendres, sont empreints d’une passion et d’un franc-parler qui relèvent parfois de l’impulsion. Mais rien de rien, il ne regrette rien de ce qu’il a pu dire, faire ou ne pas faire. Qu’il vous reçoive dans son appartement d’Achrafieh, perché au dixième étage d’une ville impatiente, ou dans sa magnifique demeure de Halate suspendue sur l’eau, avec vue imprenable sur la mer, monsieur l’ambassadeur reste simple et amical. Vrai surtout. Un hôte charmant et un charmant conteur de fables. Indiscipliné Élève indiscipliné, « ma mère avait fait vœu auprès de saint Antoine pour que je prenne un peu de poids ». Il deviendra plus tard et très naturellement un homme indiscipliné, « on me reproche souvent d’être un homme à femmes, je ne sais pas pourquoi ! », et un politicien indiscipliné qui n’en fera qu’à sa tête et avec son cœur. Après de sérieuses études en droit chez les très sérieux pères jésuites et un certificat de droit international à la Columbia University, le pas – très – sérieux jeune et ténébreux Farouk est rapatrié d’urgence, renvoyé au pays pour cause de confusions de sentiments, « un premier amour, une femme plus âgée que moi et que j’ai voulu épouser, ce qui a rendu fou mon père ». De retour au pays, le jeune avocat s’installe dans l’étude de maître Edmond Rabbath. De son premier chagrin, il confiera : « Six mois plus tard, je l’avais un peu oublié… » En 1960, il fonde son propre cabinet, chatouillé par des envies de politique, « j’étais chehabiste par respect et pour des raisons familiales ». Lorsqu’il est nommé directeur de la Sûreté générale, en 1977, il en est informé par le journal télévisé de 20 heures, « je croyais avoir mal entendu ». Étonné, « je n’avais rien d’un super flic en politique ». Il en aura la confirmation le lendemain matin, lors du rituel petit déjeuner avec son ami le président Élias Sarkis. « Nous avons vécu seize années d’une véritable amitié ». Pourtant, il restera directeur super flic quatre ans durant, avant d’être nommé, encore une fois à sa grande surprise, ambassadeur du Liban à Paris, sous le mandat du président Amine Gemayel. « J’adore la politique. La diplomatie, pas du tout ». Drôle d’aveu pour… un diplomate qui a parfaitement joué son rôle d’hôte et de politicien discret dans des circonstances difficiles. Ce poste est en effet un cadeau empoisonné, notre prince l’ambassadeur devant affronter les querelles internes qui secouent le pays, au même titre que le deuil et la colère des Français lors de l’attentat du Drakkar et celui de la rue de Rennes perpétré par les frères Abdallah ». J’ai vécu les pires moments. De 1982 à 1988, j’ai démissionné trois fois par an ! » « Les revers de la fonction », lui dira Charles Hernu. À son retour au pays, « j’ai voulu être président », il est nommé secrétaire général du ministère des Affaires étrangères puis il s’associe publiquement au combat du général Michel Aoun. « Je croyais surtout en la possibilité de changer quelque chose au Liban », avoue-t-il, bien amèrement. Depuis sa dernière démission, définitive, de la politique, en 1992, Farouk Abillama se dit « résigné et déçu ». Exilé de ce monde, il continue de s’y intéresser de loin, lui préférant des amours plus simples, la pêche, les amis, les petits dîners intimes « à caractère politique » et ce citronnier locataire de son balcon, ponctué de petits fruits jaunes que l’émir se refuse à cueillir ; un cavalier seul qui lui ressemble étrangement. « Il est beau, vous ne trouvez pas ? », convient-il fièrement. Carla HENOUD
Farouk Abillama est resté « notre prince ambassadeur », comme il fut longtemps surnommé par les Français, même après avoir quitté ses fonctions et revêtu d’autres responsabilités politiques. Il est surtout resté fidèle à ses appartenances et à une certaine idée – noble – du Liban. n ne le devient pas, on naît émir. L’émir Farouk Abillama est né avec une élégance du geste et du mot, un humour subtil qui donne à son analyse politique et son regard sur les choses un recul et une finesse en toutes circonstances, même les plus sombres. Celles qu’il a connues, vécues et jamais vraiment oubliées. Inséparable cigarette accrochée à sa main fine, il affiche haut et fort ses faiblesses : la cigarette donc, la vodka citron, le poker, les femmes, toutes nationalités confondues pourvu qu’elles soient belles et...